Alors que l’Inde accélère sa quête de supériorité aérienne face aux tensions croissantes dans l’Indo-Pacifique, la France mise sur une stratégie « Make in India » pour ses avions de chasse Dassault Rafale. Dans une interview accordée cette semaine, l’ambassadeur de France en Inde, Thierry Mathou, a souligné l’engagement de Paris à co-produire ces avions polyvalents sur le sol indien, considérant ce partenariat comme un pilier clé d’une coopération axée sur la défense, la protection de l’environnement et les liens entre les peuples.
« Nous avons déjà conclu deux accords concernant les Rafale et sommes prêts à en signer un nouveau », a déclaré Thierry Mathou, réaffirmant la position proactive de la France sur le marché mondial de la défense. « Je tiens à préciser que notre industrie est pleinement engagée dans la fabrication en Inde, à la différence d’autres acteurs. » Il a notamment mis en avant la volonté de Dassault Aviation d’installer une chaîne d’assemblage finale en Inde, en parfaite adéquation avec les exigences de New Delhi en matière d’autochtone. Cette initiative pourrait transformer la relation bilatérale en un véritable pôle industriel de défense.
Parallèlement, l’Inde prépare une commande majeure d’au moins 114 Rafale pour son armée de l’air (IAF), avec une finalisation du contrat prévue pour 2026. Cette commande, sous la forme d’un accord gouvernement à gouvernement (G2G), prévoit la livraison initiale d’au moins 18 avions « fly-away », c’est-à-dire entièrement assemblés et prêts à être déployés immédiatement, tandis que la production locale serait progressivement renforcée pour le reste des appareils. L’objectif est d’atteindre un contenu local de 60 % minimum, incluant les composants critiques comme les fuselages et les moteurs, via des coentreprises avec des industriels indiens tels que Hindustan Aeronautics Limited (HAL) et des acteurs privés.
La collaboration de l’Inde avec le Rafale a débuté en 2016, avec un contrat gouvernement à gouvernement de 7,8 milliards d’euros portant sur 36 appareils destinés à renforcer une flotte éprouvée par des retraits et accidents. Les livraisons ont commencé en 2020, intégrant des armements avancés comme les missiles de croisière SCALP et les missiles air-air Meteor à longue portée, salués notamment lors de l’exercice Tarang Shakti 2024. En avril 2025, un nouvel accord de 7 milliards d’euros a concerné 26 Rafale Marine adaptés à la marine indienne et au porte-avions INS Vikrant, incluant l’intégration du missile indigène Astra et la création d’une unité de production de fuselages à Hyderabad.
Ces accords ont positionné l’Inde comme le deuxième opérateur mondial de Rafale, derrière la France qui dispose d’une flotte de plus de 200 appareils. Le troisième volet, portant sur 114 Rafale Standard F4+, dotés de radars améliorés, d’équipements de guerre électronique renforcés et compatibles avec la triade nucléaire indienne, pourrait propulser New Delhi en tête des utilisateurs mondiaux, selon les experts. « Nous savons que ce sujet sera abordé lors des prochaines discussions, » a ajouté Thierry Mathou, « et nous sommes très impatients, non seulement de vendre le Rafale, mais aussi de le construire en Inde. »
| Étape | Détails | Valeur/Impact |
|---|---|---|
| 2016 – Contrat IAF | 36 Rafale (G2G) | 7,8 milliards d’euros ; Premier avion étranger depuis des décennies |
| 2025 – Contrat Marine | 26 Rafale Marine (IGA signé le 28 avril) | 7 milliards d’euros ; Opérations porte-avions + intégration Astra |
| 2026 – Contrat proposé | 114 Rafale F4+ (G2G, 18 fly-away) | Environ 20 milliards de dollars ; 60 % d’indigénisation, ligne d’assemblage |
| Projection flotte totale | Plus de 176 appareils | Inde premier opérateur non français |