La Marine indienne cherche à renforcer ses capacités de surveillance maritime et ses missions de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) en s’intéressant à la version Short Take-Off and Landing (STOL) du drone MQ-9B Predator. Développé par General Atomics Aeronautical Systems (GA-ASI), ce programme pourrait transformer les opérations embarquées en permettant à cet aéronef sans pilote à haute altitude et longue endurance (HALE) d’être lancé et récupéré depuis des porte-avions tels que l’INS Vikrant et l’INS Vikramaditya.
Doté d’un mécanisme d’ailes repliables, probablement basé sur les améliorations innovantes de la technologie de fabrication ManTech, le MQ-9B STOL offrirait à ces bâtiments un nouvel « œil » dans le ciel, renforçant considérablement les capacités ISR dans la zone océan Indien (Indian Ocean Region, IOR). Selon des sources du milieu de la défense, cet engouement de la Marine est fondé sur une expérience concluante avec les versions actuelles du MQ-9B, qui ont déjà allégé la charge opérationnelle de la flotte de P-8I Poseidon.
La relation de la Marine indienne avec le MQ-9B a débuté en 2020 avec la signature d’un contrat pour la location de deux variantes SeaGuardian, configurées pour la patrouille maritime avec des radars avancés et des capteurs électro-optiques/infrarouges (EO/IR). Exploités depuis des bases terrestres telles que l’INS Rajali au Tamil Nadu, ces drones ont accumulé des milliers d’heures de vol, offrant une conscience maritime en temps réel sur des routes maritimes stratégiques. La Marine loue leur endurance − pouvant atteindre 40 heures par mission − leur capacité multi-capteurs et leur aptitude à détecter et suivre des navires de surface, des sous-marins, ainsi que des menaces volant à basse altitude à plus de 200 milles nautiques.
Fort de ce succès, la Marine indienne a passé commande ferme pour douze autres MQ-9B SeaGuardians, pour un montant supérieur à 3 milliards de dollars, avec des livraisons prévues à partir de 2027. Ces drones seront déployés sur des bases aéronavales réparties le long des 7 500 km de littoral indien, de Porbandar à l’ouest jusqu’à Campbell Bay aux îles Andaman. Cette acquisition s’inscrit dans le cadre du Maritime Capability Perspective Plan (MCPP) qui vise à intégrer 30 drones d’ici la fin de la décennie afin de contrer des menaces asymétriques telles que la piraterie, la contrebande et les incursions hostiles de pays comme la Chine et le Pakistan. En déchargeant les missions de surveillance habituelles des P-8I — essentiels dans la lutte anti-sous-marine (ASW) et les opérations ISR de longue portée — le MQ-9B optimise l’allocation des ressources et réduit l’usure de la flotte composée de 12 avions P-8I.
Le MQ-9B classique, avec une envergure de 20 mètres et nécessitant des pistes conventionnelles, ne convient pas à l’espace restreint des porte-avions. Le programme STOL de GA-ASI surmonte cette limitation grâce à des avancées récentes, notamment un train d’atterrissage renforcé, une puissance accrue du moteur turbopropulseur Honeywell TPE331-10 et des améliorations aérodynamiques. Ces évolutions permettent des décollages en moins de 150 mètres et des atterrissages sur des pistes encore plus courtes, adaptées aux ponts inclinés des porte-avions. Le mécanisme d’ailes repliables, issu des initiatives ManTech, facilite le rangement en hangar et libère de l’espace pour les avions pilotés, comme les MiG-29K ou les futurs avions de conception indigène.
Pour la Marine indienne, cela signifie transformer ses porte-avions en plates-formes multi-domaines capables d’une surveillance ISR persistante, sans compromettre les missions de frappe ou de lutte ASM. Le MQ-9B déployé depuis l’INS Vikrant lors d’exercices dans la région indienne pourrait fournir des données de ciblage au-delà de l’horizon pour les missiles BrahMos ou surveiller en temps réel les mouvements de la marine chinoise. Ses charges utiles spécifiques, telles que le radar SeaVue pour la recherche de surface et le système Gorgon Stare pour la surveillance à large zone, étendraient la capacité sensorielle du porte-avions de plusieurs centaines de kilomètres, agissant comme un multiplicateur de force dans des eaux contestées.
Des discussions préliminaires avec GA-ASI ont déjà eu lieu, la Marine explorant les modes d’intégration, dont la compatibilité avec un système CATOBAR (décollage assisté par catapulte et récupération par brin d’arrêt) pour les futurs porte-avions. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement mondial : la Marine américaine teste des concepts similaires avec le MQ-25 Stingray et des alliés comme le Royaume-Uni considèrent des drones pour leurs porte-avions de classe Queen Elizabeth. Pour l’Inde, adopter le MQ-9B STOL améliorerait la flexibilité opérationnelle tout en soutenant l’écosystème local de drones, via un potentiel transfert technologique sous le modèle de Partenariat Stratégique.
Les fonctions de pliage des ailes et le décollage court répondent également aux défis logistiques liés aux opérations dans l’archipel indien, où les bases avancées sont limitées. En opérant depuis les porte-avions, la Marine peut projeter ses capacités ISR de manière dynamique, réagissant aux menaces dans la mer d’Arabie ou le golfe du Bengale sans dépendre de bases fixes. Ce changement permet aussi de réduire le nombre de sorties des P-8I, actuellement sous forte pression liée à l’entretien, en les libérant pour des missions de frappe ou de lutte ASM plus profondes.
Cette intégration du MQ-9B STOL aux opérations embarquées n’est cependant pas sans défis. Des adaptations du pont pour la manutention des drones, la compatibilité électromagnétique avec les systèmes du navire et la formation des équipages aux opérations conjointes homme-machine nécessiteront des investissements. Les essais en cours chez GA-ASI, dont des démonstrations STOL lors du salon Sea-Air-Space de cette année, témoignent d’une technologie mature, mais l’Inde devra négocier des compensations industrielles avantageuses, avec pour objectif un contenu local de 30 à 40 % sur les capteurs et les stations au sol.