Dans le domaine exigeant du combat aérien moderne, où chaque module d’émission/réception (TRM) d’un radar à antenne active à balayage électronique (AESA) peut faire la différence entre la détection et la catastrophe, le chasseur indien Tejas Mk1A se distingue par un avantage inattendu par rapport au Dassault Rafale, pourtant éprouvé au combat. Le radar Uttam de Tejas intègre plus de 900 TRM — précisément 912 dans sa version Mk-1 — dépassant ainsi les quelque 838 modules du radar Thales RBE2-AA du Rafale. Cette supériorité n’est pas simplement une question de chiffres ou de fierté nationale, mais le fruit d’un compromis de conception astucieux, illustrant l’ingéniosité des plateformes compactes face aux menaces multiples.
Au premier abord, ce décompte peut surprendre les passionnés d’aviation. Le Rafale, un appareil multirôle de 4,5e génération avec une envergure de 15,3 mètres et une configuration delta-canard, dispose d’une impressionnante capacité en termes de fusion de capteurs. Son radar RBE2-AA, basé sur le Gallium Arséniure, offre un suivi multi-cibles robuste jusqu’à 200 km, et s’intègre parfaitement au système de guerre électronique Spectra. Pourtant, le Tejas Mk1A — un chasseur léger et agile de 13,2 mètres, optimisé pour les différents scénarios opérationnels indiens — parvient à embarquer davantage de TRM, ce qui se traduit par une meilleure agilité de faisceau, une puissance de sortie plus élevée (potentiellement jusqu’à 12 kW en pic) et une résolution supérieure, particulièrement utile dans des environnements complexes comme celui de l’Himalaya.
Un compromis spatial déterminant
Le secret réside dans l’occupation de l’espace à l’avant de l’appareil. « Le radôme du Rafale accueille aussi des unités LRUs importantes comme le FSO (Front Sector Optronics) », explique un spécialiste du DRDO en référence au système infrarouge de détection et de poursuite (IRST) du Rafale. Ce « système redoutable », un pod sensoriel proéminent placé devant le cockpit, consomme un volume précieux, ce qui contraint la taille de l’antenne RBE2-AA pour s’insérer dans l’écosystème avionique global de l’appareil. En revanche, le design plus épuré du Tejas, monoplace à aile delta et moteur unique, privilégie la suprématie radar dans le secteur avant, permettant au radar Uttam de déployer une ouverture effective plus large sans compromettre d’autres fonctions. C’est un compromis classique : la polyvalence et la diversité des capteurs du Rafale face à la focalisation du Tejas sur la maîtrise électromagnétique.
Optimisation pratique au service de la performance
Cette quête d’optimisation s’étend à d’autres aspects du Tejas Mk1A, comme sa perche de ravitaillement en vol fixe. « La compacité de la plateforme justifie également que cette perche soit fixe », précise un responsable de conception de HAL, en soulignant que le poids à vide de 6,5 tonnes et la longueur de 13 mètres limitent les possibilités d’intégrer des mécanismes rétractables, sources de traînée, de complexité et de maintenance. Fixé rigidement sur le fuselage tribord, ce dispositif, développé localement par HAL, permet des ravitaillements fluides auprès des avions-citernes Il-78, augmentant ainsi l’endurance des missions de patrouille aux frontières, sans la pénalité de 50 à 100 kg associée aux bras repliables comme sur le Rafale. Plus simple, plus léger et plus fiable, il illustre la philosophie du Tejas : maximiser la durée d’action en conservant un profil discret, difficile à détecter par les radars ennemis.
Une stratégie adaptée aux exigences indiennes
Ces choix ne résultent pas d’une concession mais d’un calcul stratégique. Le Tejas Mk1A, dont la commande atteindra 83 appareils dans un contexte de tensions au sein des escadrons de l’armée de l’air indienne, est conçu pour des tactiques de saturation efficaces : jouer sur la quantité et la supériorité radar afin de contrer des adversaires numériques comme le J-10C chinois. Les TRM en GaAs du radar Uttam, validés après 230 heures de vol sur prototypes, offrent 18 modes dont la cartographie à synthèse d’ouverture et la télémétrie air-sol, tout en consommant peu d’énergie grâce au réacteur GE F404. Pendant ce temps, le Rafale, dont 36 exemplaires sont en service dans l’IAF à Ambala et Hasimara, excelle dans les rôles de frappe profonde avec une charge utile de 9,5 tonnes, largement supérieure aux 3,5 tonnes du Tejas, son bras de ravitaillement fixe complétant ce rôle.