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Le programme indien ambitieux du canon électromagnétique, porté par l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO), est sur le point d’obtenir un financement officiel du ministère de la Défense pour passer des démonstrations à grande échelle au développement de prototypes. Selon des sources proches de la Défense indienne, la technologie a atteint un stade avancé grâce à de nombreux essais, avec des résultats encourageants ouvrant la voie à un investissement conséquent.

La Marine indienne et la DRDO collaborent étroitement sur ce projet, qui promet de révolutionner la guerre navale future. Un modèle réduit du railgun a récemment été présenté au ministre de la Défense Rajnath Singh lors d’un événement majeur, soulignant la maturité du système et sa capacité à accélérer son développement.

Une avancée majeure en artillerie électromagnétique

Les canons électromagnétiques utilisent la force de Lorentz, générée par un courant électrique intense, pour propulser des projectiles à des vitesses hypersoniques atteignant Mach 7 à 8, sans recours à des propulseurs chimiques traditionnels. Cette technologie offre des portées étendues variant entre 100 et 400 km selon les charges, ainsi qu’une grande précision, idéale pour les missions anti-navires, anti-aériennes et contre des cibles terrestres. La DRDO, via son Centre de Recherche en Armement (ARDE), s’attache à résoudre des problématiques complexes telles que l’érosion des rails, la gestion énergétique et thermique.

La maturité du programme a été mise en lumière lors du salon Aero India 2025, où un modèle compact et transportable de railgun a été dévoilé, démontrant son potentiel d’intégration sur des plateformes mobiles et navires de guerre. Cette présentation intervient après l’ouverture en mai 2025 du Centre pour la Technologie de Lancement Électromagnétique (CEMaLT) au sein de l’ARDE, un site dédié à la R&D avancée sur les canons railgun, incluant notamment des rails multi-boucles augmentées pour une accélération à haute vitesse ainsi que le développement de supercondensateurs.

Les tests à l’échelle réduite se sont révélés particulièrement prometteurs, avec des prototypes affichant une décharge énergétique stable et des vitesses de projectile maîtrisées en environnements contrôlés. Selon les sources de la Défense indienne, ces résultats ont convaincu les décideurs que la technologie est prête pour une phase prototype, nécessitant un important financement du ministère de la Défense pouvant atteindre 250 crores de roupies, dans le cadre du régime « Make-I » offrant un soutien à hauteur de 70 % pour la fabrication de prototypes.

La vision de la Marine indienne, visant à doter ses futurs bâtiments de guerre de canons railgun, a renforcé la coopération avec des laboratoires de la DRDO tels que le Laboratoire des Systèmes Avancés (ASL) et le Laboratoire de Balistique Terminale (TBRL). Ce partenariat s’inscrit dans la volonté de la Marine d’adopter des armes à énergie dirigée indigènes, avec un déploiement envisagé sur des plateformes comme les destroyers du Projet 18 et les porte-avions à venir.

Les récents essais, incluant la validation des systèmes d’alimentation et des mécanismes d’atténuation du recul, ont surpassé les attentes, renforçant la confiance dans le passage à une production à grande échelle. L’accent mis par la Marine sur l’autonomie technologique s’accorde avec les objectifs du ministère de la Défense, qui vise à atteindre 1,75 lakh crore de roupies en production de défense d’ici 2025, faisant du railgun un élément clé pour renforcer la capacité d’action en haute mer dans la région Indo-Pacifique.

Le 16 octobre 2025, le ministre Rajnath Singh a présidé une réunion du Comité Consultatif sur la Défense à l’ARDE de Pune, où le modèle réduit de railgun a occupé une place centrale aux côtés d’innovations en robotique et dans les systèmes de lancement électromagnétique d’aéronefs. Cette démonstration, intégrée à une exposition d’artillerie comprenant des systèmes comme le char léger Zorawar et le robot UXOR pour neutralisation d’engins explosifs, a permis au comité d’apprécier les avancées du programme.

Rajnath Singh a insisté sur la nécessité d’une innovation rapide, déclarant que l’Inde doit non seulement adopter, mais aussi développer des technologies de pointe dans une perspective de mission nationale. Cette visite traduit un fort soutien politique, les sources évoquant une approbation prochaine du financement pour aligner le projet avec la « Année des réformes » dans le domaine des acquisitions de défense.

Alors que des puissances mondiales comme les États-Unis, la Chine et le Japon font progresser leurs programmes railgun — le Japon ayant réalisé des essais en mer en 2025 — l’initiative indienne renforce son avantage stratégique face aux forces adverses dans les zones maritimes contestées. Des prototypes complets pourraient être prêts pour des essais utilisateurs entre 2028 et 2030, intégrant des munitions hypersoniques pour une défense multicouche.