Près de dix ans après la signature du contrat majeur de 7,8 milliards d’euros pour 36 chasseurs Dassault Rafale en Inde, la promesse de cet avion en tant que vecteur de supériorité aérienne régionale reste incertaine — principalement en raison de l’absence flagrante de son arme phare : le missile air-air à longue portée MBDA Meteor. Présenté comme l’antidote aux F-16 pakistanais équipés d’AMRAAM, le Rafale est arrivé en Inde dépourvu de cet avantage crucial propulsé par un statoréacteur, contraignant l’Indian Air Force (IAF) à improviser dans le brouillard électromagnétique des combats aériens modernes. Aujourd’hui, à l’aune de l’Opération Sindoor en mai 2025, le Meteor fait un retour attendu, sans pour autant éteindre les suspicions liées aux dysfonctionnements d’acquisition que certains analysent comme proches de la corruption.
Cette situation met en lumière une réalité sévère : à une époque où la domination aérienne repose sur des zones sans échappatoire dépassant 150 km, les meilleurs jets indiens ont longtemps évolué à puissance réduite. Tandis que l’IAF envisage un achat de Meteor évalué à 1 500 crores d’roupies dans une proposition avancée, la question demeure : cette omission était-elle une économie volontaire, une erreur de négociation, ou cache-t-elle des motifs plus obscurs ? Et pourquoi a-t-il fallu frôler une crise majeure avec Islamabad pour corriger cette lacune ?
Le traité intergouvernemental de 2016 avec la France promettait un doublement de force dans le ciel, en réponse au besoin urgent de l’IAF de faire face aux F-16 pakistanais modernisés, équipés des AIM-120C AMRAAM de Raytheon, capables de plus de 100 km de portée. Le Rafale, avec son radar à antenne active RBE2-AA et sa suite de guerre électronique Spectra, semblait la solution idéale. Toutefois, la véritable force de frappe, le Meteor avec son statoréacteur à poussée variable garantissant une portée d’environ 200 km, n’apparaissait pas dans les clauses contractuelles.
Selon les données de SIPRI, les Meteor commandés ont bien été livrés en Inde, mais aucune explication officielle ne confirme pourquoi ils ne sont pas opérationnels sur les Rafale en service depuis cinq ans. Les spéculations évoquent des exigences spécifiques de l’IAF, des personnalisations encore en cours de validation, limitant l’autorisation d’emploi opérationnel du Meteor aux seuls 36 Rafale initialement fournis.
Depuis le début, ce choix suscite des inquiétudes dans les cercles de la défense. « L’ensemble de la stratégie reposait sur la neutralisation des menaces AMRAAM à distance de sécurité. Sans le Meteor, c’est comme déployer une Ferrari sans son turbo », soulignait récemment l’amiral de l’air Anil Khosla (à la retraite) dans une tribune. Les compensations liées au contrat, incluant un réinvestissement de 50 % en industrie indienne, ont notamment profité à Reliance Defence d’Anil Ambani, mais sans intégrer le Meteor, contraignant l’IAF à se rabattre sur les missiles MICA à plus courte portée. Ce déficit a réduit l’avantage qualitatif du Rafale, le cantonnant à un rôle d’appoint au Su-30MKI plutôt que le transformant en un facteur décisif.
Le différend est rapidement devenu un scandale ouvert. Menée notamment par le parti du Congrès, l’opposition a dénoncé une surfacturation (1 670 crores par avion contre 526 crores dans l’appel d’offres initial MMRCA) et des pratiques de favoritisme, avec des médias français tels que Mediapart alléguant des rétrocommissions et la suppression de clauses anticorruption. L’absence du Meteor a alimenté la controverse : pourquoi acquérir le Rafale sans son « arme emblématique », comme l’a résumé un enquêteur français ? La Cour Suprême indienne a rejeté les recours en 2018, jugeant « aucune preuve de favoritisme commercial ou d’irrégularités », verdict confirmé en 2022. Néanmoins, des sceptiques comme Prashant Bhushan persistent à qualifier ce dossier de « demi-contrat » flirtant avec la malversation, d’autant que les enquêtes françaises poursuivent leur travail sur des accusations de pots-de-vin de 50 millions d’euros, malgré la réticence du gouvernement Modi à coopérer.
Sur la plateforme X, le débat reste vif : un utilisateur déplorait « Rafale sans Meteor ? C’est comme acheter un tireur d’élite sans balles — précipité après le fiasco initial avec des missiles BVR moins performants », évoquant les craintes de restrictions après l’attentat de Pulwama. Les défenseurs avancent que les retards sont liés aux « améliorations spécifiques à l’Inde », non à la corruption.
Cette problématique est devenue tangible lors de l’Opération Sindoor, une crise indo-pakistanaise de quatre jours du 7 au 10 mai 2025, déclenchée par un attentat contre des touristes au Cachemire causant 26 morts. L’Inde a riposté par des frappes précises sur des camps terroristes et des positions militaires pakistanaises en territoire contrôlé par le Pakistan, déployant des Rafale armés de missiles de croisière SCALP-EG pour des frappes à distance. Le faible profil radar des appareils et leurs communications anti-brouillage ont permis d’échapper aux missiles sol-air HQ-9 et aux radars JF-17 pakistanais.
La réponse pakistanaise, un déluge de missiles chinois PL-15 lancés par des J-10C, a certes inquiété, mais sans abattre d’avions indiens. Certains appareils de la PAF ont été interceptés par les systèmes S-400 Triumf de l’IAF. Toutefois, ces affrontements rapprochés ont révélé une faille : la portée de 200 km du PL-15 dépasse largement celle des MICA indiens (80 km), obligeant les Rafale à s’exposer davantage. « C’était un rappel brutal : on avait la Ferrari, mais le Pakistan avait la nitro », résume un analyste en défense.
Dans les bilans post-opération, dont un rapport du Carnegie Endowment, le Rafale a été salué pour sa fusion de renseignements ISR, mais sévèrement critiqué pour sa faiblesse en BVR : « Sans Meteor, la flotte indienne flirtait avec la parité contre le PL-15. » Cet épisode a accéléré les essais du missile indigène Astra Mk-3, mais le déficit technologique étranger demeure criant.
Un achat de Meteor pour 1 500 crores (environ 180 millions de dollars), à valider prochainement par le Defence Acquisition Council, vise plus de 100 unités intégrables aux Rafale d’ici 2027. La technologie ramjet de MBDA, dotée de poussée vectorielle pour des manœuvres en milieu de trajectoire, associée au radar RBE2-AA du Rafale, assurera une supériorité de « tir et oubli », surpassant les AMRAAM et PL-15 lors de la phase finale de l’engagement.
Le retard a eu un coût : un adversaire renforcé et une dissuasion affaiblie. Qui a validé ce contrat amputé — les négociateurs de l’ère Modi ou les tractations pour les compensations Dassault ? Les audits du Comptroller and Auditor General (CAG) en 2019 ont pointé des manquements procéduraux, sans qu’aucune sanction ne soit prononcée.