Les projets de création d’une force d’intervention nationale de la Garde nationale américaine, dédiée aux opérations sur le territoire intérieur, prennent de l’ampleur. Selon un mémorandum du ministère de la Défense, la plupart des États ainsi que le territoire de Porto Rico devraient maintenir environ 500 soldats en alerte permanente, avec des effectifs plus réduits pour certaines zones : 350 pour l’Alaska, 250 pour le Delaware, 100 pour Guam et 50 pour le district fédéral de Washington D.C.
Au total, cette force formerait un ensemble d’environ 23 500 militaires, prêts à intervenir en cas de troubles civils majeurs sur le sol américain. L’administration du président Donald Trump prévoit de doter chaque territoire de 100 kits d’équipement spécifiques à cet effet. Initialement, 600 soldats devaient être maintenus en état d’alerte sur deux bases militaires situées en Alabama et en Arizona, avec une capacité de mobilisation en une heure. Ces troupes devaient être réparties équitablement dans les zones géographiques séparées par le Mississippi.
Une montée en puissance susceptible d’aggraver les débats
La plupart des États disposent déjà de forces d’intervention placées sous l’autorité de leur gouverneur respectif. Toutefois, ces nouvelles dispositions viseraient des opérations à l’échelle fédérale, sous le commandement direct du gouvernement de Washington, conformément au Titre 10 de la législation américaine. L’augmentation significative des effectifs dans le mémorandum devrait alimenter la controverse, notamment depuis que Donald Trump a déployé la Garde nationale dans plusieurs métropoles dirigées par des démocrates sans l’accord de leurs gouverneurs.
Parmi ces interventions figurent celles de Los Angeles, Washington D.C. et Chicago. Elles ont été justifiées par la nécessité de protéger le personnel fédéral et les installations gouvernementales face à des manifestations contre la politique d’expulsion ou présumées recrudescences de la criminalité. L’opération à Portland est actuellement bloquée par des recours judiciaires ; un tribunal d’appel a en effet suspendu cette semaine la mission prévue de 200 gardes en Oregon.
Entre lutte contre la criminalité et missions civiles controversées
Des contestations juridiques persistent également pour d’autres déploiements. À Chicago, des unités de la Garde nationale du Texas, État républicain, ont été envoyées en Illinois, mais leur entrée en ville est suspendue en raison de procédures judiciaires en cours. Mercredi, la Cour suprême des États-Unis a requis des informations complémentaires dans le cadre d’un appel de l’administration Trump sur une décision défavorable des juridictions inférieures.
En revanche, l’intervention à Memphis, Tennessee, bénéficie du soutien du gouverneur républicain local. Bien que cette ville soit gouvernée par un démocrate, elle fait partie des zones les plus exposées à la criminalité aux États-Unis. Par ailleurs, des critiques portent sur l’usage des gardes nationaux à Washington, utilisés notamment pour des tâches comme la collecte des déchets ou l’entretien des espaces verts — des missions qui relevaient auparavant du National Park Service, dont certains agents ont été licenciés en raison de coupes budgétaires.

Menaces d’un déploiement de forces « au-delà de la Garde nationale »
Le président Trump évoque régulièrement de nouvelles opérations dans d’autres villes, avant de revenir sur ces déclarations, comme ce fut le cas récemment pour San Francisco. Lors d’une visite au Japon mardi, il a dit pouvoir déployer « plus que la Garde nationale ». Auparavant, menacé de mobiliser des forces à Chicago, il avait fait allusion au souhait de rebaptiser le ministère de la Défense en « Department of War », avant de revenir sur ses propos.
Les détracteurs dénoncent une tentative de militarisation de la police à des fins de démonstration de force politique et d’intimidation des opposants. Cette semaine, deux membres de la Garde nationale de l’Illinois, candidats à des mandats politiques, ont affirmé qu’ils refuseraient d’exécuter de tels ordres. Le Posse Comitatus Act de 1878 interdit en principe l’usage des forces fédérales à des fins policières. Quant à l’Insurrection Act de 1807, qui prévoit des exceptions pour réprimer des insurrections, il n’a pas été invoqué par Trump à ce jour.
Stefan Axel Boes