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Le partenariat stratégique entre l’Inde et le groupe aéronautique français Safran pour le co-développement d’un moteur de nouvelle génération destiné à l’avion de combat avancé AMCA franchit une étape décisive vers l’approbation gouvernementale. Selon un rapport détaillé, seules deux séries d’autorisations cruciales précèdent l’accord final du Comité de Sécurité du Cabinet (CCS), présidé par le Premier ministre Narendra Modi, qui pourrait intervenir d’ici la fin de l’année.

La décision de principe en faveur de Safran, spécialiste renommé des turbofans militaires équipant notamment les Rafale et Eurofighter, avait été validée plus tôt dans l’année lors d’une réunion de haut niveau dirigée par le ministre de la Défense Rajnath Singh. Parmi les participants figuraient de hauts responsables de l’Armée de l’air indienne (IAF), de l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) ainsi que du ministère de la Défense. Ce choix stratégique s’est imposé face à d’autres candidats majeurs comme Rolls-Royce (Royaume-Uni), General Electric (États-Unis) et même des offres initiales de firmes russes, témoignant de la volonté de New Delhi de renforcer ses liens franco-indiens dans le cadre de la politique « Atmanirbhar Bharat » visant à une autonomie accrue dans le domaine de la défense.

Un projet estimé à plus de 20 000 crores de roupies, ce partenariat entend combiner l’expertise de pointe de Safran en propulsion avec les capacités de design propres à la Gas Turbine Research Establishment (GTRE) et à la DRDO. Le moteur, dont la poussée devrait atteindre entre 110 et 120 kN, intégrera des matériaux avancés pour optimiser la furtivité et permettre la supercroisière. Il constituera le cœur propulsif de l’AMCA, chasseur furtif de cinquième génération prévu pour une entrée en service au début des années 2030. Cet appareil bi-moteur est destiné à équiper six escadrons de l’IAF, comblant ainsi un manque crucial en capacités de combat au-delà de la portée visuelle et dans des environnements à haute menace, notamment le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) et au-delà.

Cependant, des obstacles bureaucratiques subsistent. Tandis que l’IAF, principal utilisateur, finalise son dossier, un processus d’examen interne au ministère de la Défense précède la consultation entre différents ministères. « Les autorisations intra-ministérielles et inter-ministérielles sont indispensables », rapportent des sources proches du dossier, soulignant la nécessité d’obtenir l’aval du ministère des Finances sur les aspects budgétaires ainsi que du Secrétariat du Conseil de Sécurité Nationale (NSCS), dirigé par le conseiller à la sécurité nationale Ajit Doval, quant à l’alignement stratégique global. Une fois ces étapes franchies, le dossier sera soumis au CCS, où la détermination de Narendra Modi avait déjà accéléré l’acquisition d’équipements majeurs, à l’instar des systèmes de missiles S-400.

Ce contrat moteur intervient à un moment particulièrement favorable pour l’aéronautique indienne. Il s’appuie sur l’accord de 2023 entre General Electric et Hindustan Aeronautics Limited (HAL) pour les moteurs F414 qui équipent le Tejas Mk2, mais affiche une ambition supérieure en matière de co-développement et de transfert de technologie — piliers de la vision « Make in India » impulsée par Modi. L’engagement de Safran pourrait permettre une indigenisation allant jusqu’à 70% à terme, incluant la production locale de composants critiques tels que les pales de compresseur et les post-combusteurs, générant potentiellement des milliers d’emplois qualifiés dans la région de Bundelkhand (Uttar Pradesh), où un pôle industriel dédié aux moteurs aéronautiques est envisagé.