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À l’approche d’un accord historique entre l’Inde et le groupe aéronautique français Safran pour la co-conception de moteurs avancés pour avions de combat, l’industrie de défense indienne milite pour une initiative ambitieuse visant à réduire la dépendance étrangère. La Society of Indian Defence Manufacturers (SIDM) appelle le gouvernement à lancer la « Mission Moteur Aéro », un programme national global pour concevoir et fabriquer localement des moteurs à forte poussée destinés aux aéronefs militaires et civils.

Cette recommandation intervient dans un contexte d’inquiétudes croissantes sur la vulnérabilité géopolitique du secteur aéronautique indien. Dans un rapport récent intitulé Une feuille de route pour le développement des moteurs aéronautiques en Inde, la SIDM met en garde contre les risques liés à la dépendance excessive à des partenaires étrangers, qui pourrait exposer le pays à des sanctions, des perturbations des chaînes d’approvisionnement ou des retards dus aux tensions internationales. Présenté lundi par le ministre de la Défense Rajnath Singh, ce document souligne l’urgence d’atteindre une véritable autonomie stratégique sous la bannière Aatmanirbhar Bharat.

« L’Inde est extrêmement vulnérable, et toute restriction ou sanction — qu’elle vienne des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France ou de la Russie — pourrait gravement affecter nos forces armées ainsi que le secteur civil de l’aviation, en forte croissance », avertit le rapport. Avec la hausse des exportations de défense indiennes et un marché de l’aviation civile qui devrait devenir le troisième plus important mondial d’ici 2030, les enjeux sont considérables. Un simple déficit en moteurs pourrait immobiliser des escadrons ou paralyser des flottes commerciales, exacerbant les risques en matière de sécurité nationale et d’économie.

La « Mission Moteur Aéro » envisagée par la SIDM est conçue comme un projet phare alliant la dynamique du secteur privé à un soutien public renforcé. L’objectif est de développer un moteur cœur de poussée d’environ 110 kN, un propulseur polyvalent adapté aux futurs chasseurs de nouvelle génération, avec une possible adaptation pour des avions civils.

Les axes principaux du projet comprennent :

  • Leadership du secteur privé : des entreprises indiennes en charge de la conception, du développement et de la production, soutenues par des subventions gouvernementales, des avantages fiscaux et des prêts à taux réduits.
  • Mise à profit des expertises existantes : collaboration avec le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), un laboratoire relevant de l’Organisme indien de recherche et développement pour la défense (DRDO), pour bénéficier de compétences techniques et d’infrastructures d’essais.
  • Phasage progressif : priorité au prototypage dans les cinq premières années, suivi des certifications et du lancement de la production en série, avec une attention particulière portée au transfert de technologies issues de partenariats internationaux éventuels.

Le rapport prévoit une demande colossale : l’Inde aura besoin d’au moins 712 moteurs de cette catégorie dans les vingt prochaines années pour équiper les différentes versions de l’avion de combat léger Tejas (Mk-1, Mk-1A et Mk-2) ainsi que le futur Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA). Ce seul volume représenterait un marché de plus de 60 000 crore de roupies (soit environ 7,2 milliards de dollars), dynamisant la chaîne d’approvisionnement locale et générant des milliers d’emplois qualifiés.

Le ministre de la Défense Rajnath Singh, lors de la présentation du rapport, a repris les préoccupations de l’industrie : « L’autonomie ne doit pas rester un simple slogan, c’est une nécessité stratégique. Des initiatives comme la Mission Moteur Aéro garantiront que nos cieux demeurent sous contrôle indien », annonçant ainsi des crédits budgétaires potentiels dans le prochain budget de l’Union.