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Dans le cadre de son effort pour moderniser et diversifier sa flotte de chasseurs, l’Ukraine envisage d’acquérir des avions de combat Dassault Rafale, ajoutant ainsi la France à sa liste grandissante de partenaires. Cette démarche s’inscrit parallèlement aux livraisons en cours de F-16 américaines et à la reprise des négociations avec la Suède concernant les Saab Gripen E/F.

Lors d’une conférence de presse à Kiev, le président Volodymyr Zelenskyy a défendu la récente décision d’acheter entre 100 et 150 chasseurs Gripen E/F, qualifiant l’appareil suédois de rentable et rapidement intégrable. « L’entretien du Gripen est le plus économique car il nécessite le moins de personnel », a-t-il expliqué. « Concernant la formation de nos pilotes expérimentés, elle ne dure pas un an et demi comme pour le F-16, mais seulement six mois. De plus, les capacités techniques d’atterrissage et de décollage du Gripen sont un atout : il peut opérer depuis des pistes sommairement équipées. »

Le chef de l’État a également souligné la grande flexibilité de l’appareil en matière d’intégration d’armements occidentaux : « Pour le Gripen, tout s’y adapte. Probablement que presque toute la panoplie d’armes ukrainiennes — missiles et autres — peut être intégrée. »

Selon Zelenskyy, un accord a été trouvé avec la Suède pour localiser certaines opérations liées aux Gripen en Ukraine, ce qu’il a qualifié d’« historique ».

Une stratégie basée sur trois plateformes

L’Ukraine estime avoir besoin d’environ 250 avions de combat pour reconstruire son aviation militaire, fortement affectée depuis l’invasion russe à grande échelle de 2022.

« Je mène trois négociations parallèles concernant les avions avec les Suédois, les Français et les Américains », a déclaré Zelenskyy, confirmant que le F-16, le Gripen et le Rafale sont les trois plateformes retenues pour la future architecture aérienne ukrainienne.

Une source proche de Dassault Aviation a confirmé que des discussions sont en cours avec Kiev. L’entourage du constructeur français indique être prêt à répondre à une éventuelle demande ukrainienne.

Perspectives à moyen terme et défis opérationnels

En 2021, certaines sources évoquaient la possibilité que Paris propose des Rafale dans le cadre du programme « Vision 2035 » visant à moderniser l’armée de l’air ukrainienne pour atteindre les standards occidentaux, mais cette idée ne dépassa pas le stade des débats préliminaires.

L’intérêt pour le Rafale a resurgi après l’invasion russe de 2023, lorsque le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, qualifia l’appareil de « investissement stratégique à long terme ».

Cependant, en octobre 2024, le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a exclu toute cession d’appareils Rafale d’occasion, invoquant la nécessité de préserver la flotte nationale dans un contexte où la production est dominée par des commandes à l’export.

La France a donc privilégié la livraison de chasseurs Mirage 2000-5F, retirés du service actif de la Force aérienne et spatiale française. Ces appareils sont déjà intégrés dans l’aviation ukrainienne et, le 24 octobre 2025, le président Emmanuel Macron a annoncé la remise de nouveaux Mirage 2000-5F accompagnés de missiles sol-air Aster destinés aux systèmes SAMP/T ukrainiens.

L’intégration du Rafale améliorerait considérablement les capacités aériennes ukrainiennes, mais complexifierait la formation des pilotes, la logistique et la maintenance, déjà sollicitées par l’arrivée des F-16 et des Mirage. Étant donné que les lignes de production de Dassault sont concentrées sur les besoins français et les clients exportateurs, l’acquisition du Rafale apparaît davantage comme un objectif moyen terme plutôt qu’un renforcement immédiat, à l’image de ce qui a été observé avec le Gripen E/F.

Clément Charpentreau