Trois ans après les premières allusions du Dr V. Madhusudana Rao, directeur de projet du Light Combat Aircraft (LCA) Mk2 à l’Aeronautical Development Agency (ADA), évoquant un intérêt international naissant lors de DefExpo 2022, le programme Tejas MkII est passé d’un prototype prometteur à un véritable aimant géopolitique. Lors d’un entretien à Gandhinagar en marge de l’événement, Rao a révélé que « plusieurs pays ont manifesté un vif intérêt » pour ce chasseur de 4,5e génération conçu en Inde. Cette tendance est confirmée par des sources qui confirment que 4 à 5 nations suivent de près l’évolution du projet via leurs ambassades. Aujourd’hui, cet intérêt s’étend à 16 pays, avec des négociations exploratoires en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, positionnant le MkII de 17,5 tonnes comme un atout majeur à l’export pour l’Inde dans un contexte mondial où la demande pour des plateformes multirôles abordables explose.
Le Tejas MkII, conçu comme une évolution plus lourde et polyvalente du Mk1A, présente une aile delta équipée de moteurs GE F414 développant 1 100 kW de poussée, un radar AESA avancé et un contenu local de 59 %, en faisant un appareil agile capable de missions de supériorité aérienne, d’attaques au sol et de rôles maritimes. Le déploiement du prototype est attendu pour la fin de l’année, avec un premier vol planifié à la mi-2026. Ce programme illustre la transition de l’Inde d’un chasseur léger à un appareil de poids moyen, capable de remplacer les flottes vieillissantes sans entraîner de coûts prohibitifs.
Les révélations du Dr Rao en 2022 n’étaient pas exagérées. Lors de DefExpo, le plus grand salon de la défense en Inde, plusieurs délégations internationales se sont succédé pour obtenir des informations sur les commandes de vol électriques, l’intégration aux réseaux de combat et l’avionique modulaire du MkII. À l’époque, plusieurs pays – probablement le Vietnam, les Philippines et certains alliés du Moyen-Orient – avaient officiellement exprimé leur intérêt, leurs représentants à New Delhi recevant des mises à jour régulières sur les essais en soufflerie et les validations des sous-systèmes.
Ce qui distingue le MkII comme « prêt à l’export » comparé au Mk1A plus léger de 13,5 tonnes, c’est sa masse supérieure : avec un poids maximal au décollage de 17,5 tonnes, le MkII peut emporter des charges utiles plus lourdes (jusqu’à 6 500 kg), disposer d’un rayon d’action accru (plus de 3 500 km en ferry) et d’une motorisation bi-réacteur offrant une redondance accrue – des caractéristiques essentielles pour un véritable chasseur multirôle, contre une configuration monomoteur pour le Mk1A. Selon un expert, « le marché du chasseur léger se réduit, les utilisateurs recherchant plus de polyvalence sans pour autant payer le prix d’un F-35 ». Le coût unitaire estimé du MkII oscille entre 50 et 60 millions de dollars, soit environ la moitié d’un Gripen E ou d’un Rafale.
Les flottilles aériennes internationales vieillissent : les Super Étendard argentins rouillent, le Brésil cherche un successeur pour ses F-5, tandis que plusieurs forces aériennes d’Asie du Sud-Est doivent gérer le retrait progressif des Mirage 2000. L’intérêt autour du MkII réside dans sa « létalité abordable » : un radar Uttam AESA capable d’engagements au-delà de la portée visuelle, l’intégration du missile BrahMos pour les frappes anti-navires, et des coûts de cycle de vie maîtrisés grâce à l’écosystème industriel de HAL à Nashik. Contrairement aux 83 exemplaires commandés du Mk1A par l’Indian Air Force (IAF), avec une montée en puissance prévue à plus de 180 appareils, le MkII bénéficie d’une maturité de conception renforcée par les données de neuf prototypes de Mk1, promettant des adaptations plus rapides, comme l’ajout de réservoirs conformes pour les patrouilles dans le Pacifique.
L’engagement ferme de l’IAF pour 120 MkII – destinés à équiper six escadrons d’ici 2035 – constitue la boussole du programme. Selon Rao en 2022, « cet engagement, sans prototypes supplémentaires, dé-risque la chaîne d’approvisionnement », une anticipation confirmée par le contrat de production de Mk1A attribué à HAL d’une valeur de 48 000 crores de roupies. Aujourd’hui, alors que les premières livraisons du Mk1A débutent progressivement (83 appareils d’ici 2028-29), la production en série du MkII vise 120 unités à l’horizon 2034.