Dans le domaine discret de la défense où le secret est primordial, Tata Advanced Systems Limited (TASL) a dévoilé une première image floue et améliorée par intelligence artificielle de son futur drone haute altitude, présenté sous la bannière « Autonomous Platforms ». Révélé furtivement lors de l’événement de l’Indian National Academy of Engineering (INAE) en début de semaine, ce cliché conceptuel, diffusé sur les réseaux sociaux, illustre l’ambitieuse entrée de TASL dans le secteur des drones longue endurance et haute altitude (HALE).
Les détails restent rares, aussi obscurs que la qualité originale de l’image, mais la silhouette du drone témoigne de la volonté de l’Inde de développer une capacité nationale d’observation aérienne persistante, susceptible de rivaliser avec les plateformes mondiales telles que le RQ-4 Global Hawk.
L’image, initialement partagée sur X, montre un monoplan à voilure haute, élégant et profilé, sur fond de ciel bleu azur, évoquant la légèreté caractéristique des sentinelles stratosphériques. En haut de l’image, l’inscription blanche « AUTONOMOUS PLATFORMS » encadre un label bleu indiquant « High Altitude UAV ». L’appareil apparaît très aérodynamique : fuselage mince principalement blanc, nez sombre probablement équipé de capteurs électro-optiques/infrarouges (EO/IR) de pointe, deux empennages verticaux pour le contrôle de lacet, ainsi qu’une hélice propulsive placée à l’arrière, vraisemblablement entraînée par un turbopropulseur assurant une poussée efficace en haute altitude. Les ailes droites, à fort allongement et envergure estimée entre 20 et 25 mètres, sont optimisées pour générer de la portance dans l’air raréfié et dotées de petits winglets limitant la traînée.
Ce premier aperçu intervient alors que TASL renforce son écosystème drone, jusqu’ici marqué par des munitions autonomes kamikazes comme les ALS-50 et ALS-250 — des plateformes déjà éprouvées au combat, saluées lors du salon DEFEA 2025 à Athènes pour leur autonomie dépassant 250 km et leur lancement en haute altitude, au-delà de 3 000 mètres. Le futur drone HALE représente quant à lui un véritable saut technologique, opérant au-dessus de 9 000 mètres, souvent jusqu’à plus de 18 000 mètres, échappant ainsi à la plupart des menaces sol-air tout en permettant des missions d’observation, de patrouille maritime ou même de frappe durant 24 à 30 heures, voire plus. La configuration propulsive à hélice arrière libère le champ de détection frontale, à l’image du Northrop Grumman Triton, tout en réduisant les signatures acoustiques et infrarouges, un atout pour la discrétion opérationnelle.
À partir du rendu et du savoir-faire de TASL, on peut supposer les caractéristiques principales suivantes :
- Endurance et portée : conçus pour rester en vol 24 à 48 heures avec une autonomie de 1 500 à 2 000 km, grâce à un turbopropulseur économe en carburant (probablement une version sous licence du Honeywell TPE331) ou une propulsion hybride électrique. Un apport solaire sur les surfaces alaires pourrait prolonger les missions sur plusieurs jours, à l’instar du Zephyr d’Airbus.
- Plafond opérationnel : altitudes de croisière entre 12 000 et 15 000 mètres, avec pics possibles jusqu’à 18 000 mètres, offrant une couverture de surveillance indépendante des conditions météorologiques sur une surface de plus de 200 000 km².
- Charge utile : baies modulaires capables d’emporter entre 200 et 500 kg, comprenant radar à synthèse d’ouverture (SAR), pods de renseignement électronique (SIGINT), désignateurs laser ou munitions de précision telles que l’arme anti-aérodrome indigène Smart Anti-Airfield Weapon (SAAW). Le nez noir suggère une tourelle stabilisée EO/IR pour le ciblage de jour comme de nuit.
- Autonomie de vol : pilotage entièrement autonome avec navigation guidée par intelligence artificielle, évitement d’obstacles et capacité à opérer en essaim, intégrant les autopilotes développés par C-DAC de TASL. Des systèmes anti-brouillage GNSS compatibles NavIC et des relais de liaison de données garantissent des opérations au-delà de la ligne de vue jusqu’à 300 km.
- Robustesse de la cellule : construction composite pour un poids total inférieur à 2 000 kg, équipés de systèmes de dégivrage adaptés à la stratosphère et de commandes de vol redondantes assurant la tolérance aux pannes durant les missions.
TASL ne démarre pas ex nihilo dans le domaine HALE. L’entreprise s’est déjà illustrée avec un drone moyenne altitude longue endurance (MALE) dévoilé en juillet 2025, capable de 30 heures d’autonomie et doté d’une propulsion frontale, ainsi qu’une version propulsée par jet testée en avril. Des rumeurs dans les couloirs aéronautiques d’Hyderabad évoquent un partenariat étroit avec l’Aeronautical Development Establishment (ADE) du DRDO, appuyé par des données issues de la soufflerie trisonique de 1,2 mètre.
Le projet Grob G-180, une collaboration germano-indienne autour d’un HALE bimoteur turbopropulseur, n’ayant pas abouti, cette initiative 100 % indienne marque un tournant important. Lors de l’INAE 2025, une démonstration vidéo non publiée aurait présenté des vols simulés, alimentant les spéculations autour d’un premier prototype attendu dès 2027.