Vingt-trois ans après l’introduction du HAL Dhruv, hélicoptère léger avancé emblématique de l’Inde, la nécessité de préparer son successeur se fait de plus en plus pressante. Entré en service en 2002 au sein des trois armées indiennes, le Dhruv a su démontrer sa polyvalence, du secours en haute altitude à la lutte anti-sous-marine, accumulant des millions d’heures de vol.
Cependant, avec une série de 23 accidents majeurs depuis sa mise en service et des interruptions temporaires d’activité seulement levées en mai 2025, Hindustan Aeronautics Limited (HAL) doit impérativement accélérer la recherche et développement de son successeur prévu pour 2040. Ce nouvel appareil devra intégrer une propulsion hybride-électrique, abandonnant les traditionnels turboshafts, afin de répondre aux exigences d’efficacité énergétique et environnementale du champ de bataille moderne. Plus qu’une simple évolution, il s’agira d’un saut technologique pour s’inscrire dans l’ère du rotorcraft hybride.
Le Dhruv, lancé sous le Programme Light Helicopter, a marqué l’émancipation aéronautique de l’Inde en offrant un hélicoptère multi-rôle capable d’opérer aussi bien dans les conditions extrêmes du Siachen que sur les eaux de l’archipel des Andaman. Modulaire, il combine des variantes utilitaires, d’attaque et navales, constituant ainsi un outil polyvalent pour les forces armées.
Malgré ses succès, la flotte Dhruv n’a pas été à l’abri d’accidents : vingt-trois incidents graves ont été recensés depuis 2002, dont un accident fatal en janvier 2025 qui a conduit à une mise au sol temporaire. Les enquêtes ont souvent pointé une fatigue des bielles de commande et des anomalies moteurs, ce qui a entraîné la mise en œuvre d’un vaste programme de maintenance et de modernisation. À l’été 2025, tous les correctifs nécessaires avaient été appliqués, validant à nouveau la navigabilité par le Centre pour la navigabilité militaire et la certification (CEMILAC).
Le Dhruv a également bénéficié d’améliorations continues afin de prolonger sa durée de vie opérationnelle. La version Mk III destinée aux opérations en mer pour la Garde-côtière indienne, introduite en février 2025, intègre notamment des cockpits à affichage numérique et une meilleure résistance à la corrosion. En parallèle, la collaboration entre HAL et Safran pour développer des turboshafts de nouvelle génération annonce une puissance de 2 500 shp pour l’Indian Multi-Role Helicopter (IMRH) attendu vers 2030 — une évolution mais sans rupture technologique majeure. Par ailleurs, le Light Utility Helicopter (LUH), dérivé plus léger du Dhruv, devrait prochainement équiper l’armée de terre et l’armée de l’air pour des missions en haute altitude, tout en conservant une propulsion conventionnelle.
Or, la fatigue structurelle des cellules impose une limite de service autour de 35 à 40 ans, soit vers 2040. Avec un déficit de plus de 500 hélicoptères de transport et utilitaires, les armées indiennes doivent anticiper en repensant fondamentalement cette flotte. Le Plan Perspective Intégré à Long Terme 2027 projette l’acquisition de 814 nouveaux appareils rotorcraft, mais sans intégrer la propulsion hybride, HAL risquerait de prendre du retard face à des concurrents internationaux comme Sikorsky, déjà engagé dans l’électrification de ses appareils.
La propulsion hybride-électrique (PHE) représente une révolution dans le domaine des hélicoptères en combinant turbines à gaz, batteries et moteurs électriques. Cette technologie promet des économies de carburant de 20 à 30 %, une réduction notable des émissions polluantes, ainsi qu’une meilleure discrétion acoustique. À l’échelle mondiale, Sikorsky dans son rapport de juillet 2025 salue cette innovation comme l’avenir du vol vertical, notamment grâce à la propulsion distribuée qui améliore l’efficacité en vol stationnaire et diminue la signature infrarouge, un atout majeur pour les missions furtives de lutte anti-sous-marine ou d’insertion spéciale.
Les tendances s’intensifient avec le développement du CityAirbus NextGen d’Airbus, visant une certification dès 2030 et une réduction de 50 % des émissions de CO2, ou les recherches menées par la NASA depuis 2018 sur l’Hybrid XV-15 qui ciblent les difficultés techniques, notamment en gestion thermique. Le marché des hélicoptères hybrides-électriques connaît une croissance explosive, passant de 3,31 milliards de dollars en 2024 à une projection de 465,60 milliards en 2050, soutenue par les exigences liées aux mobilités urbaines aériennes (UAM) et les objectifs militaires de neutralité carbone à l’horizon 2050.
En Inde, cette propulsion hybride s’inscrit pleinement dans la stratégie Aatmanirbhar Bharat, avec des laboratoires du DRDO déjà actifs sur des prototypes électriques et une coopération avec Safran qui pourrait intégrer ces technologies hybrides dans la future génération de l’IMRH. Les avantages sont multiples : réduction du poids de l’appareil permettant une hausse de 20 % de la charge utile, freinage régénératif prolongeant l’endurance en vol stationnaire, et autonomie accrue notamment pour les bases avancées en zones isolées. Face à des concurrents comme la Chine, avec ses hélicoptères hybrides Z-20, il est essentiel pour HAL de lancer dès aujourd’hui le développement afin de respecter le cycle de 15 ans nécessaire à cette transition d’ici 2040.
| Avantages de la propulsion hybride | Modèle conventionnel (Dhruv) | Futur hybride-électrique |
|---|---|---|
| Consommation de carburant | 250-300 kg/h | Réduction de 20-30 % |
| Émissions | Élevées (CO2 et bruit) | Réduction de 50 %; plus furtif |
| Autonomie/Endurance | 650 km / 4 heures | +15-20 % grâce à la récupération d’énergie |
| Coût par heure de vol | Plus de 50 000 roupies | 25 % moins élevé sur le cycle de vie |
| Niveau de maturité technologique | Proven (Shakti) | En maturation (Sikorsky, Airbus) |
Le carnet de commandes de HAL, représentant 2,7 lakh crore roupies pour des avions de chasse et des hélicoptères, est chargé. Mais continuer à ignorer la fin de vie du Dhruv risquerait de conduire à une obsolescence rapide. Le partenariat 2023 avec Safran pour les moteurs de l’IMRH et du DBMRH est un pas important, mais l’incorporation de technologies hybrides via les travaux sur les piles à combustible du DRDO pourrait donner naissance à un « Dhruv 2.0 » dès 2035, prêt à intégrer les escadrons de 2040.