Alors que la Marine indienne vise la maîtrise des zones océaniques lointaines, son ambitieux programme de Landing Platform Docks (LPD) s’apprête à franchir une étape majeure : devenir les premiers navires de guerre indiens à adopter la propulsion électrique intégrée (IFEP) via la turbine à gaz Rolls-Royce MT-30. Avec l’Approbation de Nécessité (AoN) récemment obtenue pour quatre géants de 29 000 tonnes d’une valeur de 33 000 crore de roupies (environ 3,75 milliards de dollars), ces puissants bâtiments amphibies assureront non seulement le transport de troupes et de blindés à travers des zones contestées, mais inaugureront aussi une révolution technologique née d’une collaboration indo-britannique. Cette introduction d’une propulsion électrique de haute densité, combinée à une capacité de navire mère pour systèmes non habités, positionne les LPD comme des piliers majeurs des opérations expéditionnaires dans l’Indo-Pacifique, allant des incursions aux îles Andaman jusqu’aux missions humanitaires.
Le feu vert, validé lors d’une réunion du ministère de la Défense en septembre 2025, fait suite à un accord conclu en 2024 entre l’Inde et le Royaume-Uni sur les systèmes maritimes électriques, doté d’un investissement initial de 250 millions de livres sterling pour lancer un transfert technologique local. Alors que les appels d’offres sont attendus d’ici la fin de l’année, ces LPD symbolisent la transition de l’Inde d’une flotte à propulsion diesel-mécanique vers une marine plus efficace et électrifiée, dépassant même le deuxième porte-avions indigène (IAC-2) dans l’adoption de cette technologie de rupture.
Conçus comme des bases flottantes d’environ 220 mètres de long (±5%), les LPD afficheront un déplacement de 29 000 tonnes (±10%), embarquant 900 soldats, 30 chars ainsi qu’une flottille de véhicules de débarquement mécanisés tels que les LCM et les LCVP. Au-delà de leur puissance de feu pour les débarquements, ces bâtiments polyvalents rempliront aussi des missions de maintien de la paix, d’aide en cas de catastrophe, et serviront de postes de commandement pour des essaims de moyens sans pilote, déployant des véhicules téléopérés, des drones aériens et des planeurs pour une supériorité ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance). Les ponts hélistes pourront accueillir 12 hélicoptères, dont des Chinook, tandis que des radars multifonctions, des systèmes de surveillance aérienne et un système de gestion de combat garantiront une vigilance à 360 degrés.
Le design et la construction, à dominante indienne, seront probablement réalisés dans les chantiers Larsen & Toubro à Kattupalli ou Mazagon Dock, avec un contenu local attendu à 60%, tout en collaborant avec des partenaires étrangers pour les coques furtives et les capteurs. Ces quatre navires renforceront la composante amphibie de la Marine actuellement assurée par l’ancien INS Jalashwa, permettant des opérations interarmées dans un contexte régional marqué par la présence des porte-hélicoptères amphibies chinois Type 075 dans l’océan Indien. La pose de la quille est prévue dès 2027 avec une mise en service entre 2032 et 2035, en lien avec l’objectif d’une flotte de 175 navires de guerre.
Au cœur de cette évolution technologique se trouve la turbine à gaz Rolls-Royce MT-30, dérivée du moteur aéronautique Trent 800, éprouvée depuis 2008 sur le littoral combat ship USS Freedom de l’US Navy et le porte-hélicoptères italien Trieste. Chaque MT-30 développe une puissance de 40 MW et constitue le cœur des systèmes IFEP qui convertissent la rotation de la turbine en poussée électrique via des propulseurs pod et des propulseurs azimutaux. Cette architecture réduit considérablement le bruit, améliore de 20 % l’efficacité énergétique et permet une alimentation silencieuse des systèmes « hotel load » à bord.
Pour les LPD indiens, l’intégration du MT-30 représente une première, devançant des projets antérieurs comme le porte-avions INS Vishal (IAC-2), où la turbine devait fournir une puissance totale de 110 MW (deux MT-30 avec moteurs diesel). Un protocole d’accord signé en mai 2025 entre HAL (Hindustan Aeronautics Limited) et Rolls-Royce prévoit l’assemblage local et la maintenance, en phase avec la politique « Make in India » visant à réduire les importations et à favoriser les exportations. Les avantages notables incluent une puissance cumulée supérieure à 70 MW grâce à des alternateurs doubles pour maintenir des vitesses supérieures à 20 nœuds, un freinage régénératif pour économiser le carburant, et une réduction significative des signatures infrarouges, idéal pour les missions furtives dans des points stratégiques comme le détroit de Malacca.
Cette propulsion n’est pas une nouveauté pour les marines avancées : la Royal Navy britannique utilise des MT-30 sur le porte-avions HMS Queen Elizabeth, une référence que l’Inde a étudiée lors des exercices conjoints de 2025. Comme l’a souligné un analyste, « la maturité du MT-30 en fait un choix à faible risque pour les LPD, libérant ainsi les turbines GE LM2500 pour les destroyers. »
| Comparaison MT-30 vs propulsion conventionnelle | MT-30 IFEP (LPDs) | Conventional (ex. LM2500) |
|---|---|---|
| Puissance | 40 MW par unité (extensible à +80 MW) | 25-30 MW par unité |
| Efficacité | +20 % d’économie de carburant ; flexibilité électrique | Transmission mécanique directe |
| Bruit / Signature IR | Faible (propulseurs podded) | Empreinte acoustique plus élevée |
| Maintenance | Soutien local HAL après MoU | Dépendance aux importations |
| Plateformes éprouvées | US LCS, porte-avions UK, LHD italien | Vikrant, classe Kolkata |
Cette transition vers la propulsion électrique s’appuie sur un accord signé en décembre 2024 entre l’Inde et le Royaume-Uni sur les technologies maritimes électriques, donnant lieu à une recherche et développement commune sur les moteurs hybrides-électriques. La proposition de Rolls-Royce visant des « capacités navales de nouvelle génération », adaptée aux ambitions indiennes de neutralité carbone d’ici 2030, inclut un transfert technologique avec l’assemblage du MT-30 envisagé dans les lignes de HAL à Bangalore. Cette stratégie permet de contourner les problèmes d’approvisionnement liés aux moteurs géants GE ou Zorya ukrainiens, et diversifie les sources loin des moteurs diesel russes, impactés par le conflit en Ukraine.