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Des panneaux d’affichage numériques installés près du quartier général du Commandement Sud des États-Unis à Doral, en Floride, invitent les soldats à ne pas « violer la loi » lors des frappes dans la région des Caraïbes. Ces messages interviennent alors que les opérations militaires américaines dans la mer des Caraïbes sont intensifiées sous la supervision de ce commandement.

Ces panneaux ont été érigés en réaction aux frappes militaires continues ordonnées par l’administration de Donald Trump, que la Maison-Blanche et le Pentagone présentent comme une campagne ciblée contre les « narco-terroristes ».

Les vétérans à l’origine de cette campagne d’affichage, membres des associations Win Without War et About Face: Veterans Against The War, dénoncent ces opérations comme des « frappes illégales répétées contre des bateaux près des côtes sud-américaines ».

Cette initiative publique marque la volonté de ces anciens militaires de faire pression en réponse à l’usage inédit de la force militaire par l’administration Trump, qui s’illustre notamment par une mobilisation accrue de la Garde nationale à des fins de maintien de l’ordre intérieur, ainsi qu’un important déploiement de près de 10 000 soldats, navires de guerre, destroyers lance-missiles, avions de surveillance et drones dans la région des Caraïbes.

Au cours des derniers mois, le Pentagone a mené au moins 11 frappes meurtrières contre des embarcations de pêche dans les Caraïbes. Les autorités militaires expliquent ces opérations par la nécessité de « démanteler les organisations criminelles transnationales » et de « lutter contre le narco-terrorisme ».

Dans une publication sur le réseau X, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a annoncé des frappes contre quatre navires impliqués dans le trafic de narcotiques dans le Pacifique oriental, faisant 14 morts et un survivant. Il a déclaré : « Le Département (de la Défense) a passé plus de deux décennies à défendre d’autres territoires. Aujourd’hui, nous défendons notre propre pays. »

Ces panneaux ont également pour but d’informer les soldats sur les ressources juridiques disponibles, alors que certains dénoncent une « mauvaise utilisation des forces armées » et que des troupes sont appelées à exécuter des ordres qu’elles peuvent percevoir comme « illégaux et inconstitutionnels », selon Harrison Mann, directeur adjoint pour la politique et les campagnes chez Win Without War, lui-même ancien officier de l’armée de terre.

Pour Mann, « les frappes du Commandement Sud représentent probablement l’acte le plus ouvertement illégal que cette administration ait imposé à l’armée ».

La légalité et l’autorisation de ces frappes sont contestées par des membres du Congrès et des experts juridiques, qui critiquent le manque de transparence concernant les justifications de la campagne militaire et pointent les zones d’ombre sur les implications juridiques pour les soldats impliqués. Ces opérations ont aussi été condamnées par John Yoo, ancien sous-procureur général adjoint et auteur des controversés « Torture Memos » sous l’administration George W. Bush.

Historiquement, après des opérations militaires controversées, comme en Libye en 2011 ou en Syrie en 2018 sous la présidence Obama, le Département de la Justice avait publié des justifications légales. Cependant, l’administration actuelle n’a pas encore fourni de tels documents concernant les frappes dans les Caraïbes, comme le souligne un article du blog Just Security rédigé par Mark Nevitt, ancien avocat de la marine et professeur de droit à l’Académie navale américaine, et Sarah Harrison, ancienne juriste au Département de la Défense.

Un panneau d'affichage à Chicago, Illinois, financé par Win Without War.
Un panneau d’affichage à Chicago, Illinois, financé par Win Without War.

Brittany Ramos DeBarros, directrice de campagne chez About Face: Veterans Against The War, s’appuie sur son expérience de soldate déployée en Afghanistan pour qualifier ces frappes récentes de « violation évidente » de la doctrine militaire enseignée.

« Lors de ma déploiement, il fallait obtenir une identification positive de quelqu’un qui n’était pas simplement un potentiel ennemi, mais qui nous attaquait activement pour pouvoir riposter », explique-t-elle. « Une action d’interdiction ou une fouille du navire seraient plus conformes aux règles d’engagement dans ce genre de situation, mais passer directement à des frappes létales est choquant. »

Ces derniers mois, les associations ont déployé des panneaux d’affichage permanents dénonçant le déploiement de la Garde nationale à proximité de deux des plus grandes bases militaires en Caroline du Nord, Fort Bragg pour l’armée de terre et Camp Lejeune pour le corps des Marines, ainsi qu’un panneau mobile circulant dans Washington, D.C.

Un panneau près de Fort Bragg, Caroline du Nord, mettant en avant un article sur des militaires envisagés pour un déploiement à Portland, Oregon.
Un panneau près de Fort Bragg, Caroline du Nord, mettant en avant un article sur des soldats envisagés pour un déploiement à Portland, Oregon.

Des campagnes similaires ont été menées à Chicago et Memphis, où s’engagent des batailles juridiques entre élus locaux et au niveau de la Cour suprême des États-Unis.

Depuis l’installation de ces panneaux, Brittany Ramos DeBarros rapporte recevoir des témoignages de membres de la Garde nationale prêts à refuser des ordres de mobilisation, comme cela a été observé en Californie et est en cours de préparation à Chicago. Ces refus sont pour la plupart traités administrativement à ce jour.