Un nouveau rapport du Council on Geostrategy met en garde contre des lacunes critiques au sein des armées européennes de l’OTAN, susceptibles de compromettre la dissuasion face à la Russie. Après des décennies de sous-investissement, les priorités mondiales changeantes et une Moscou de plus en plus agressive confrontent les forces alliées à de sérieux défis.
Intitulée Collective Defence, the SDR, and Capability Gaps, cette étude souligne les faiblesses notables dans les capacités aériennes, navales et terrestres, et insiste sur la nécessité d’une réforme urgente et d’une meilleure intégration pour que les alliés européens puissent répondre efficacement aux crises à venir sur le continent.
Le rapport s’ouvre sur une préface du général (2S) Sir Richard Barrons, co-auteur de la Revue stratégique de défense 2025, qui déplore que l’«espoir et le déni» remplacent trop souvent une stratégie cohérente dans la planification de la défense européenne.
L’analyse met en évidence des faiblesses variées, allant d’une capacité de défense antimissile limitée à des taux de production trop lents, en passant par des systèmes de lutte anti-drones insuffisants et des carences en guerre anti-sous-marine.
Elle signale également des vulnérabilités grandissantes dans la logistique et la résilience industrielle, la plupart des membres de l’OTAN étant dépendants du transport commercial et de chaînes d’approvisionnement peu adaptées aux situations de guerre. Sir Richard Barrons insiste : « nous savons ce qui doit être fait. Il reste à décider de le faire à la vitesse dictée par les risques.»
L’auteur du rapport, William Freer, chercheur en sécurité nationale au Council on Geostrategy, explique que l’étude vise à donner «une image claire de l’OTAN européenne et de ses capacités actuelles face à une armée russe capable de poser des défis qui pourraient remettre en cause les fondements de l’alliance.» Selon lui, une fois le conflit en Ukraine terminé, la Russie devrait disposer d’«une armée d’infanterie massive, appuyée par un important arsenal d’armes de tir longue portée renouvelables, protégée par des systèmes anti-accès/zone d’exclusion (A2/AD) et soutenue par un puissant arsenal nucléaire.»
Parmi ses recommandations, le rapport prône une structure de forces britannique plus ciblée, mettant davantage l’accent sur le pouvoir aérien et naval, une augmentation des capacités de production de missiles, ainsi que l’étude d’un missile nucléaire sub-stratégique fabriqué au Royaume-Uni pour renforcer la dissuasion. Il appelle également à une intégration approfondie entre alliés européens pour éviter les doublons et combler plus rapidement les lacunes.
William Freer souligne que les marines européennes sont particulièrement exposées, avec moins de la moitié des navires de surface de l’OTAN mis en service au cours des 15 dernières années, et aucun ne disposant de capacités de défense antimissile balistique. Malgré les récentes hausses des budgets de défense, il avertit que «les lacunes persistent. Il est essentiel que la dissuasion en Euro-Atlantique reste solide.»