Article de 852 mots ⏱️ 4 min de lecture

La France a dévoilé une version modernisée de son missile balistique stratégique M51 lancé depuis sous-marin, annonçant un « jalon important » dans la modernisation de sa dissuasion nucléaire océanique, a indiqué mardi le ministère des Armées.

La troisième et plus récente version du M51 intègre de nouvelles ogives nucléaires, ainsi qu’une portée accrue, une précision améliorée et une meilleure capacité à pénétrer les défenses adverses, selon un communiqué du ministère.

Le M51.3 sera déployé à bord des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de la classe Le Triomphant, équipés de missiles balistiques à propulsion nucléaire.

« Le M51.3 garantit la crédibilité continue du composant océanique face à l’évolution des défenses antimissiles ennemies », a souligné le ministère.

Cette mise à jour intervient dans un contexte que l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm a décrit en juin comme une nouvelle et dangereuse course aux armements nucléaires, où presque tous les États possédant l’arme nucléaire s’emploient à moderniser leurs arsenaux et à développer des versions plus avancées.

Alors que des adversaires potentiels, tels que la Russie, modernisent leurs capacités antimissiles, les systèmes plus anciens risquent fortement d’être interceptés. Cela pourrait diminuer la capacité de la France à assurer une crédible capacité de seconde frappe, facteur central de sa stratégie de dissuasion nucléaire.

La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a signé vendredi la mise en service opérationnelle du missile M51.3. « Ce succès incarne l’une des ambitions majeures de la Loi de programmation militaire 2024-2030 : accélérer la modernisation de nos capacités et garantir la crédibilité durable de notre dissuasion, pilier souverain de notre sécurité », a-t-elle déclaré sur les réseaux sociaux.

Cette amélioration traduit également la volonté de la France de préserver ce qu’elle qualifie d’autonomie stratégique au sein de l’OTAN. Le pays maintient ses forces nucléaires indépendantes de la structure de commandement et de contrôle de l’alliance, même si, en juillet, la France et le Royaume-Uni se sont engagés à coordonner potentiellement leurs mesures de dissuasion respectives.

Le programme M51.3 est piloté par la Direction générale de l’armement (DGA), avec la nouvelle ogive TNO-2 développée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et ArianeGroup responsable de la conception et de la propulsion du missile.

Le missile M51, de portée intercontinentale, dispose de multiples ogives nucléaires. Chaque SNLE français est armé de 16 missiles, constitués d’un lanceur à trois étages à propergol solide, pesant plus de 50 tonnes métriques et mesurant 12 mètres de long, selon ArianeGroup.

Bien que la portée exacte du missile ne soit pas révélée, ArianeGroup indique que le M51 atteint une altitude supérieure à 2 000 kilomètres avant de rentrer dans l’atmosphère à une vitesse de Mach 20, pouvant parcourir plusieurs milliers de kilomètres.

Le M51.3 est estimé avoir une portée de plus de 9 500 kilomètres, contre plus de 9 000 kilomètres pour la version précédente, selon le Bulletin of the Atomic Scientists.

Le missile est équipé de quatre à six véhicules de rentrée à ogives multiples et indépendantes (MIRV), chacun avec une puissance estimée à 100 kilotonnes, soit plus de six fois la puissance de la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima en 1945.

Les travaux sur le M51.3 ont débuté en 2014, tandis que le développement de l’ogive TNO-2 remonte à 2013. ArianeGroup et la DGA ont réalisé le premier tir d’essai du missile M51.3 depuis la base de lancement de Biscarrosse, dans le sud-ouest de la France, en novembre 2023.

La première version du missile balistique M51 est entrée en service en 2010. En août dernier, la DGA a confié à ArianeGroup le développement de la future version M51.4.

Parallèlement à la modernisation du missile M51, la France prépare le remplacement des SNLE de la classe Le Triomphant à partir des années 2030, dans le cadre de sa modernisation nucléaire. Naval Group a procédé à la découpe du premier acier du programme SNLE 3G en mars dernier. L’objectif est d’opérer ces sous-marins de nouvelle génération à des fins de dissuasion nucléaire jusqu’à la fin des années 2080.

Outre la mise à niveau de la dissuasion océanique, la France développe le missile hypersonique ASN4G, lancé depuis les airs, destiné à remplacer le missile de croisière nucléaire ASMP-A armé par le Rafale. Ce nouveau missile sera intégré à la future standard F5 du Rafale.

Enfin, Paris mise également sur le Futur système de combat aérien (FCAS), un projet franco-allemand-espagnol actuellement confronté à des tensions internes entre Dassault Aviation et Airbus, pour constituer l’avenir de sa composante aérienne de dissuasion nucléaire. Parmi les exigences françaises figurent la capacité à porter une arme nucléaire et à opérer depuis un porte-avions.

Rudy Ruitenberg