Face à l’accent renforcé de l’armée indienne sur la guerre en haute altitude le long de la Ligne de contrôle réel (LAC), le programme national de char léger indigène (Indigenous Light Tank – ILT) devient un élément clé pour les divisions de montagne. Il vise à fournir un blindé agile, transportable par air, capable de contrer les chars légers chinois Type 15. En 2025, trois entreprises indiennes sont en lice dans cette initiative Make-I, mais seules TATA Defence (désignée L1) et Mahindra Defence (L2) ont officiellement franchi la phase de développement de prototypes indigènes.
Parallèlement, la collaboration entre Larsen & Toubro (L&T) et le DRDO sur la plateforme Zorawar domine la course, avec des prototypes déjà en essais avancés. Les conceptions de TATA et Mahindra n’en sont qu’à la phase initiale financée. Ce concours multi-partenaires, doté d’un budget supérieur à 2 300 crores de roupies pour les premières commandes, prévoit la livraison de 59 chars d’ici 2028, évoluant vers un total de 354 unités réparties dans six régiments.
Le programme ILT, approuvé dans le cadre de la procédure Make-I pour encourager l’innovation privée, répond à la nouvelle doctrine militaire indienne favorisant des blindés plus légers et déployables rapidement dans le terrain difficile de l’Himalaya. Les chars principaux traditionnels tels que le T-90 Bhishma peinent à opérer au-dessus de 4 000 mètres d’altitude, en raison de contraintes moteurs et logistiques, exposant les fantassins aux incursions chinoises. Le char léger, d’environ 25 à 30 tonnes, équipé d’un canon de 105 mm et d’une propulsion hybride, doit pouvoir être largué rapidement par des avions C-17 Globemaster. Il intégrera des capacités d’autonomie assistée par intelligence artificielle pour des opérations sans équipage et sera amphibie pour franchir les cours d’eau.
Le DRDO supervise le projet via son établissement de recherche sur les véhicules de combat (CVRDE), mais l’implication croissante du secteur privé témoigne d’un écosystème industriel en maturation. Sur cinq candidatures reçues en juillet 2025, la sélection s’est resserrée à trois principaux concurrents, combinant acteurs établis et challengers prometteurs.
Les candidats : TATA et Mahindra lancent leur phase prototype
TATA Defence, en tant que soumissionnaire le mieux classé (L1), et Mahindra Defence (L2), ont franchi les étapes initiales pour obtenir un financement de 2 343 crores de roupies destiné à la fabrication et aux essais de prototypes. Dans le cadre de Make-I, ces entreprises doivent concevoir, développer et valider deux prototypes chacune, sous 36 mois, intégrant des sous-systèmes nationaux comme le système de contrôle de tir de Bharat Electronics et les brouilleurs anti-drones du DRDO. TATA s’appuie sur son expérience de la plate-forme blindée à roues WhAP 8×8 et propose une version à chenilles avec propulsion électrique pour une infiltration silencieuse dans les vallées. Mahindra mise sur son expertise acquise avec son véhicule spécialisé blindé (Armored Specialist Vehicle – ASV), mettant l’accent sur un blindage modulaire pouvant être changé rapidement selon la mission (reconnaissance ou assaut).
Ces deux industriels sont encore en phase de conception, avec les premières découpes de métal attendues pour mi-2026. Ils représentent une alternative solide au cas où le projet Zorawar rencontrerait des difficultés, garantissant une saine concurrence favorisant l’innovation et la maîtrise des coûts.
Zorawar : l’avance de L&T et DRDO
Le partenariat entre L&T et le DRDO a pris une nette longueur d’avance, avec un premier prototype dévoilé en février 2025 sur le site de Hazira (Gujarat), et un deuxième prévu pour des essais sur le terrain d’ici fin septembre. Nommé en hommage au roi guerrier du XIIIe siècle, ce char de 25 tonnes embarque un canon Cockerill de 105 mm et une propulsion hybride diesel-électrique offrant une autonomie de 500 km. Son système d’intelligence artificielle permet la détection et l’acquisition de cibles à 5 km grâce à des capteurs électro-optiques. Ce modèle amphibie est capable de traverser des cours d’eau jusqu’à 4 mètres de profondeur et peut être transporté par hélicoptères Chinook, spécifiquement conçu pour surpasser les capacités du Type 15 chinois en altitude dans la région du Ladakh.
La joint-venture de John Cockerill Defense en mars 2025 pour produire la tourelle en Inde accélère la maturité de Zorawar, avec des commandes initiales confirmées pour 59 unités. Contrairement aux projets plus récents de TATA et Mahindra, les prototypes Zorawar subissent actuellement des essais hivernaux au Sikkim, affichant un contenu indigène de 70 % et un système de dégradation progressive assurant une résilience en cas de dommages au combat.
| Candidat | Statut (2025) | Caractéristiques clés | Calendrier Prototype |
|---|---|---|---|
| L&T-DRDO Zorawar | Essais avancés ; prototypes prêts | Autonomie IA ; propulsion hybride ; amphibie | Essais terrain : fin 2025 |
| TATA Defence (L1) | Phase financée Make-I ; conception en cours | Propulsion électrique ; blindage modulaire | Découpe métal : mi-2026 |
| Mahindra Defence (L2) | Phase financée Make-I ; conception en cours | Modules à échange rapide ; héritage ASV | Découpe métal : mi-2026 |
Le dispositif de l’appel d’offres Make-I, prévoyant un financement gouvernemental de 50 % en amont et des pénalités en cas de retard, garantit une forte responsabilité des entreprises. De plus, la conservation des droits de propriété intellectuelle donne aux vainqueurs un avantage pour d’éventuelles exportations. Si cinq offres ont été reçues en juillet, seuls ces trois acteurs ont été retenus après une sélection rigoureuse menée par la Direction générale des forces mécanisées de l’armée. La position dominante de Zorawar n’exclut pas des partenariats hybrides : TATA ou Mahindra pourraient intégrer certains sous-systèmes sous licence, favorisant ainsi une collaboration industrielle durable.