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La guerre en Ukraine a des répercussions complexes sur les chaînes d’approvisionnement mondiales en matériel de défense, avec une mise en garde russe adressée aux entreprises indiennes impliquées dans des réseaux illicites de pièces détachées. Moscou a signalé les tentatives récentes de transfert de composants pour les avions MiG-29 et Su-27 ainsi que pour les hélicoptères Mi-8 et Mi-24 par des circuits non officiels, sous-entendant des violations potentielles des contrôles à l’exportation et des relations bilatérales. Malgré l’arrivée des avions occidentaux F-16 renforçant la force aérienne ukrainienne, la dépendance aux plateformes d’origine russe persiste, accentuant la crise et poussant la Russie à appeler à la vigilance des fournisseurs indiens pour éviter toute complicité involontaire.

Ce rappel, transmis lors de discussions de haut niveau fin septembre 2025, illustre l’envers du décor de la guerre : face aux sanctions asphyxiantes, des tiers comme des entreprises indiennes, actrices majeures de la maintenance aéronautique à l’échelle mondiale, subissent des pressions d’intermédiaires pour détourner des pièces, s’exposant ainsi à d’éventuelles sanctions secondaires des États-Unis et de l’UE.

Le secteur aéronautique ukrainien, autrefois fleuron soviétique, fait face aujourd’hui à un parc fragmenté dominé par des appareils russes. Le MiG-29 Fulcrum et le Su-27 Flanker constituent l’ossature de la flotte de chasse, avec plus de 50 MiG-29 et une quinzaine de Su-27 opérationnels à la mi-2025, d’après le recensement open source Oryx OSINT. Ces avions, essentiels pour conserver la supériorité aérienne face aux incursions russes, nécessitent des pièces spécifiques — des moteurs RD-33 aux modules avioniques — qui se font de plus en plus rares depuis l’invasion de 2022.

Les hélicoptères sont également en difficulté : les flottes de Mi-8 Hip de transport et de Mi-24 Hind d’attaque, respectivement composées de plus de 60 et 30 appareils, jouent un rôle crucial dans les missions de transport et d’appui aérien rapproché, mais affichent un taux d’indisponibilité de 40 % lié au manque de pièces de rechange, selon une évaluation interne ukrainienne divulguée. Les 42 F-16 promis par les alliés de l’OTAN, dont les premières livraisons ont débuté en juillet 2025, apportent un soutien avec des munitions occidentales comme les missiles AIM-120 AMRAAM, mais les délais d’intégration contraignent les appareils hérités à maintenir l’effort. « Malgré la présence des F-16, nos avions soviétiques restent irremplaçables pour l’instant », explique un analyste basé à Kiev, soulignant la « pénurie critique » qui alimente le marché noir.

Les services de renseignement russes, surveillant ces circuits, ont identifié « plusieurs approches » auprès d’entités indiennes, réputées pour leurs solides capacités de MRO (maintenance, réparation, révision) via Hindustan Aeronautics Limited (HAL) et des sociétés privées comme Dynamatic Technologies. Ces opérations, souvent déguisées en « exportations civiles » vers des plaques-tournantes neutres telles que les Émirats arabes unis, viseraient à contourner les sanctions CAATSA et européennes, selon le briefing russe.

Cette mise en garde, relayée par Rosoboronexport et UEC aux homologues indiens, est présentée comme un risque partagé : fournir l’Ukraine pourrait entraîner des représailles américaines, rappelant les sanctions européennes d’octobre 2025 visant trois entreprises aéronautiques indiennes (Aerotrust, Ascend, Shree) pour leur participation présumée à des détournements au profit de la Russie.

La Russie, confrontée à une propre pénurie de pièces pour les plateformes qu’elle exporte, notamment les Su-30MKI indiens, insiste sur l’éthique dans l’approvisionnement : « Les détournements illicites compromettent nos partenariats », a déclaré anonymement un responsable de Rosoboron, en référence à des coentreprises comme le missile BrahMos.

L’Inde, partagée entre ses engagements au sein du QUAD et ses importants contrats d’armement russes évalués à 65 milliards de dollars, marche sur une ligne de crête. Les modernisations des escadrons MiG-29 de l’Indian Air Force, retardées par la pénurie de pièces russes, reflètent ironiquement la situation ukrainienne, ce qui pousse New Delhi à diversifier ses sources, notamment via des moteurs américains F414 pour les avions Tejas.

En tant que médiateur neutre, l’Inde abrite par ailleurs des centres de maintenance pour matériels ex-soviétiques au service de pays amis, ce qui en fait une cible privilégiée des mandataires ukrainiens.

Plateforme Effectif estimé en Ukraine (2025) Composants vulnérables principaux Compensation via F-16
MiG-29 50+ Moteurs RD-33, radars Phazotron Partielle ; appareils hérités pour les interceptions
Su-27 10-15 Turbofans AL-31F, avionique Limitée ; F-16 ne remplace pas totalement
Mi-8 60+ Turbines TVE-3, pales de rotor Aucune ; essentiel pour la logistique
Mi-24 30+ Moteurs TV3-117, pylônes d’armement Aucune ; manque persistant d’hélicoptères de combat

Les entreprises indiennes, auditées selon les directives de la DGFT (Direction Générale du Commerce Extérieur), n’ont pas signalé d’approches directes mais reconnaissent recevoir « des demandes provenant de courtiers obscurs », alimentant ainsi les alertes russes. Pour Moscou, la situation est ambivalente : souligner les difficultés ukrainiennes sert sa narrative, tout en maintenant la confiance indienne garantit les pièces nécessaires pour les plus de 1 200 appareils russes en service à Delhi. Avec la montée en puissance des F-16 – la Danemark et les Pays-Bas ayant livré 20 exemplaires d’ici la fin d’année – la pression s’accentue, mais les reliques soviétiques tiennent bon, contraignant à une ingéniosité clandestine.

Dans les cercles de New Delhi, ce rappel résonne comme une invite à la vigilance : la diplomatie de défense indienne repose sur la confiance, non sur les enchevêtrements illicites. Tandis que les cieux du Donbass s’assombrissent, la véritable bataille se joue dans les bureaux et les coulisses, où un seul chargement de pièces détachées peut faire basculer les équilibres d’alliances et d’hostilités.