Face à une pénurie de squadrons et à une jeunesse plus attirée par les startups technologiques que par les cockpits, l’Indian Air Force (IAF) envisage de révolutionner sa communication. Plutôt que de s’appuyer sur des services d’information traditionnels strictement militaires, elle mise désormais sur une équipe de relations publiques civile, agile et dynamique, placée sous sa supervision. Cette nouvelle structure vise à captiver la génération Z avec des récits captivants et à promouvoir à l’international des programmes aéronautiques nationaux comme le Tejas Mk1A, MkII, l’AMCA, ou encore les hélicoptères indiens multi-rôles (IMRH), utilitaires légers (LUH) et de combat léger (LCH).
Dans un contexte où le programme Agnipath, avec ses contrats courts, limite l’attractivité des carrières aéronautiques, et où les ambitions d’exportation du Tejas visent un chiffre d’affaires annuel de 5 milliards de dollars d’ici 2025, cette stratégie s’impose comme un levier essentiel pour renforcer à la fois le recrutement et les revenus de l’IAF.
Le recrutement 2025 de l’IAF dans le cadre du programme Agnipath prévoit plus de 3 500 postes pour les trades Groupes X et Y, avec des campagnes ciblant notamment les candidats issus des filières non scientifiques et les assistantes médicales. Cependant, malgré ces appels classiques à des « candidats indiens célibataires, hommes et femmes », un défi persiste : pourquoi un nombre décroissant de jeunes, malgré une économie en croissance et un sentiment patriotique fort, aspire-t-il à rejoindre l’aviation militaire ?
Les critiques pointent notamment le caractère « risqué » du programme Agnipath, où seuls 25 % des engagés obtiennent un poste permanent après quatre ans, privilégiant la quantité au développement des talents. Dans un marché de l’emploi ultra concurrentiel, où le secteur privé offre stabilité et rémunérations attractives sans contrainte militaire, l’actuelle communication de l’IAF, souvent rigide et bureaucratique, peine à transmettre l’attrait et l’excitation du métier. Les jeunes se détournent des affiches statiques au profit de récits immersifs, tels que l’adieu au MiG-21 ou les combats aériens du Tejas. Une équipe civile spécialisée en relations publiques, maîtrisant les réseaux sociaux, les formats courts comme les reels Instagram et les partenariats avec influenceurs, pourrait changer la donne : simulateurs VR dans les cockpits, vlogs de pilotes, portraits de mentors… Autant d’éléments humains pour séduire la tranche 18-25 ans qui voit le service comme une expérience temporaire plutôt qu’une vocation à vie.
Parallèlement, les exportations aéronautiques indiennes recèlent un fort potentiel encore inexploité. Le Tejas Mk1A, qui vient de signer un contrat historique à 62 370 crores de roupies pour 97 avions en septembre 2025, avec des livraisons prévues sur six ans, affiche un taux d’intégration locale de 65 % et un coût quatre fois inférieur à celui du Rafale. Ainsi positionné, il est destiné à surpasser son concurrent pakistanais JF-17 sur le segment des chasseurs légers.
Hindustan Aeronautics Limited (HAL) prévoit de livrer 12 appareils Mk1A d’ici la fin de l’exercice 2026, tandis que les prototypes du MkII sont en préparation pour des premiers vols autour de 2029. Le projet furtif AMCA vise quant à lui les acheteurs de cinquième génération. La gamme est complétée par les hélicoptères IMRH (transports de troupes), polyvalent LUH et le LCH Prachand, équipé de missiles antichar, regroupant un portefeuille évalué à 1 000 milliards de roupies, prêt à être exporté. Le principal frein reste l’utilisation des moteurs GE F414 d’origine américaine, dont les exportations sont soumises à l’approbation de Washington, capable de bloquer des contrats au profit de concurrents comme la Chine.
Autre limite notable : la promotion commerciale. À la différence du Pakistan, qui mène des démonstrations convaincantes du JF-17 au Nigeria et en Birmanie, générant ainsi 2 milliards de dollars de ventes, les initiatives de HAL paraissent moins ambitieuses, souvent réduites à des présentations statiques lors de salons tels qu’Aero India. Une cellule dédiée aux relations publiques, intégrée aux ambassades et aux foires commerciales, pourrait organiser des démonstrations en vol en Argentine ou en Égypte, en exploitant la diplomatie numérique pour proposer une « létalité abordable » aux forces aériennes disposant de budgets limités.
On imagine alors une équipe civile composée d’une cinquantaine de spécialistes en communication, digital natives et anciens diplomates, rattachée à la Direction du personnel aérien de l’IAF, disposant d’un budget initial de 500 crores de roupies pour 2026-27. Affranchis des contraintes réglementaires militaires, ces experts mèneraient des campagnes adaptées aux jeunes : applications ludiques simulant les missions furtives de l’AMCA, podcasts avec des pilotes du LCH racontant leurs missions en zone de conflit, etc. Sur le front des exportations, ils porteraient haut la bannière du Tejas lors du Salon aéronautique de Dubaï en 2025, diffuseraient les succès de l’IMRH dans des opérations en haute altitude, et négocieraient des accords de coproduction du LUH en Asie du Sud-Est.
Cette démarche ne constitue pas une révolution, mais une amplification des efforts actuels. D’après des sources internes, l’IAF excelle en sécurité opérationnelle mais pêche dans la valorisation de ses récits – à l’image de la discrétion entourant la fin de carrière du MiG-21 dans le monde. Une gestion civile de la communication s’inspirerait, entre autres, du succès rencontré par l’US Air Force, qui a atteint ses objectifs de communication en 2024 et prévoit une hausse des recrutements de 20 % face à la concurrence intense pour les talents.
Pour l’Inde, cela pourrait se traduire par une augmentation des effectifs recrutés de 15 à 20 % grâce à des contenus modernes et engageants, tout en débloquant de nouveaux contrats à l’export pour le Tejas au Philippines ou au Nigeria, générant ainsi des fonds supplémentaires pour la recherche et développement.