Le Département de la Marine américaine a lancé une enquête afin de déterminer si les publications sur les réseaux sociaux des marins et des Marines enfreignent les directives en vigueur, selon un récent message du secrétaire à la Marine, John Phelan.
« Sur instruction du secrétaire à la Marine, le Département de la Marine examine activement les rapports relatifs à l’activité sur les réseaux sociaux des militaires qui ne serait pas conforme aux directives actuelles du département », indique le message diffusé le 24 octobre à l’ensemble du personnel naval. « Ces directives restent pleinement en vigueur et nous sommes déterminés à maintenir les plus hauts standards de conduite. Les militaires doivent respecter les valeurs fondamentales de la Marine et du Corps des Marines, que ce soit en service, hors service ou en ligne ».
Le message ne précise pas ce qui a motivé cette revue ni en quoi les publications des personnels navals auraient pu être jugées non conformes aux directives officielles.

Le secrétaire à la Marine John Phelan s’adresse à près de 15 000 marins à la base navale de Norfolk, Virginie, le 5 octobre 2025. Photo Navy / spécialiste en communication de première classe Anderson W. Branch.
Les autorités navales n’ont pas souhaité faire de déclaration supplémentaire en raison de la fermeture partielle du gouvernement fédéral en cours.
Ce message de John Phelan fait suite à une mise en garde diffusée en mars par Terence Emmert, alors secrétaire par intérim à la Marine, relative aux politiques en matière de réseaux sociaux au sein du Département de la Marine.
Dans l’ensemble, le message d’Emmert était similaire, sans toutefois indiquer que des violations des directives officielles avaient déjà été constatées.
Les deux communications rappellent aux marins et Marines que le Code uniforme de justice militaire (Uniform Code of Military Justice, UCMJ) encadre strictement ce qu’ils peuvent exprimer, tant en service qu’en dehors, et qu’ils s’exposent à des poursuites pour divers manquements tels que le mépris d’autorité, le non-respect des ordres ou règlements, ou toute conduite portant atteinte à la discipline et au crédit des forces armées.
Par ailleurs, ces messages encouragent les militaires à insérer des clauses de non-responsabilité précisant que leurs publications reflètent leurs opinions personnelles, et ne représentent pas nécessairement les positions officielles du Département de la Marine, du Département de la Défense ou des États-Unis.
Cette réaffirmation des règles intervient alors que des élections sont prévues dans tout le pays la semaine prochaine. John Phelan et Terence Emmert ont tous deux rappelé que les militaires sont interdits de toute activité politique partisane pendant leur service et doivent éviter de laisser penser que leurs engagements personnels sont approuvés par l’institution militaire.
Ces derniers mois, les commentaires publics des soldats ont fait l’objet d’une surveillance accrue, notamment après la mort le 10 septembre de Charlie Kirk, fondateur du groupe conservateur Turning Point USA, abattu à Utah Valley University, à Orem, Utah.
Le lendemain, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a averti les militaires et civils du Département de la Défense que leurs publications sur les réseaux sociaux seraient surveillées afin d’identifier et de sanctionner tout commentaire se moquant de la mort de Kirk.
« Nous suivons ces messages de très près — et y répondrons immédiatement », a-t-il publié sur la plateforme X (anciennement Twitter), ajoutant : « Totalement inacceptable ».
John Phelan a également déclaré que le Département de la Marine ne tolérerait aucune publication sur les réseaux sociaux appartenant à des marins, Marines ou civils qui dénigrerait la mémoire de Kirk.
« J’ai connaissance de publications exprimant du mépris envers un compatriote assassiné. Je tiens à être très clair : tout militaire en uniforme ou employé civil du Département de la Marine qui agit de manière à discréditer le Département, la @USNavy ou le @USMC sera sanctionné rapidement et fermement », a-t-il publié sur X.
Le Département n’a pas précisé si les publications évoquées par John Phelan étaient liées à l’examen des réseaux sociaux annoncé le 24 octobre.
Cependant, suite au décès de Kirk, l’amiral Daryl Caudle, chef des opérations navales (CNO), avait publié le 15 septembre des consignes pour le signalement des « usages personnels non professionnels des réseaux sociaux ».
Au 30 septembre, 128 militaires ainsi que 158 civils du Département de la Défense avaient fait l’objet d’enquêtes concernant leurs commentaires en ligne sur cette affaire, selon le Washington Post.
La régulation des propos des militaires sur les réseaux sociaux représente une difficulté historique pour les forces armées américaines. En 2017, le Corps des Marines avait été secoué par le scandale du groupe privé Facebook Marines United, où des photos à caractère sexuel ou des images intimes de femmes avaient été partagées sans leur consentement par des militaires ou anciens militaires. L’année suivante, environ 130 personnes avaient été investiguées pour des comportements en ligne inappropriés allant du harcèlement sexuel à la vengeance pornographique, dont environ 60 avaient été sanctionnées.
Plus récemment, un soldat de réserve a perdu son poste à temps plein en affaires civiles pour des commentaires publiés sur les réseaux sociaux critiquant le soutien américain à Israël et partageant des applications de suivi d’agents d’immigration. En 2021, l’armée avait également procédé à la radiation d’un soldat qui avait plaisanté sur l’Holocauste sur sa chaîne TikTok.
La vigilance des autorités militaires sur les usages des réseaux sociaux illustre la volonté de préserver la discipline, la cohésion et la réputation des forces armées dans un contexte de forte visibilité médiatique des personnels.