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L’Aeronautical Development Agency (ADA), l’organisme en charge du programme indien de chasseur furtif de cinquième génération, a lancé un appel d’offres pour la fabrication et l’assemblage de la porte centrale du fuselage (CF Door) du Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA). Ce composant structurel, crucial pour assurer l’intégrité aérodynamique et la furtivité de l’avion, marque une étape importante dans la stratégie d’industrialisation complète du programme. Alors que l’AMCA se rapproche de son premier vol prototype prévu pour 2029, ce marché témoigne de la volonté de l’ADA d’intégrer l’expertise du secteur privé dans la production aérospatiale de haute précision, dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat visant à renforcer la souveraineté industrielle.

L’appel d’offres, publié via la plateforme Government e-Marketplace (GeM), s’adresse à des fournisseurs indiens qualifiés capables de produire des structures composites avancées répondant aux exigences d’une plateforme furtive biplace et tout temps. Conçu pour concurrencer des avions de référence mondiale comme le F-35, le rôle de la porte centrale est capital pour loger les baies internes et assurer une intégration parfaite. Les acteurs industriels anticipent une forte concurrence, s’appuyant sur les succès récents dans les sous-traitances liées à l’AMCA.

Au cœur du fuselage central de l’AMCA se trouve la porte CF, un élément structurel clé directement relié au cadre porteur principal de l’appareil. Selon les documents de l’appel d’offres, la porte est fixée par plusieurs points d’attache répartis sur toute sa longueur, garantissant une résistance élevée aux charges aérodynamiques extrêmes, à des forces pouvant dépasser 9G, ainsi qu’aux contraintes thermiques générées par des vitesses supersoniques (Mach 2+). Cette conception minimise la traînée tout en intégrant des dispositifs de furtivité comme des matériaux absorbants les ondes radar et des joints limitant les signatures infrarouges.

Le montage utilise une méthode de construction skin-stiffened, combinant des assemblages co-collés et co-polymérisés offrant un excellent rapport résistance/poids. Cette technique avancée — consistant à polymériser simultanément les peaux composites avec les raidisseurs internes — supprime les fixations mécaniques, permettant une réduction de poids pouvant atteindre 20 % tout en améliorant la résistance à la fatigue. Cette innovation est essentielle au bon fonctionnement de la baie d’armement interne, où la porte CF facilite le déploiement rapide de missiles air-air comme l’Astra Mk3 ou de munitions guidées, sans compromettre la discrétion radar de l’appareil.

Comme illustré dans la figure 2 de l’appel d’offres (éléments de l’ensemble de la porte), la porte CF est composée de deux sous-ensembles principaux : la porte externe, formant la surface aérodynamique exposée au flux d’air, et la porte interne, apportant un renfort structurel et un accès aux sous-systèmes. La porte externe présente un bord dentelé et profilé pour une parfaite jonction avec la peau du fuselage, tandis que la porte interne intègre des charnières et des goupilles de verrouillage assurant une manipulation sûre. Ces éléments sont fabriqués en polymères renforcés de fibres de carbone (CFRP) de haute performance, garantissant durabilité et résistance dans les environnements hostiles.

Le périmètre du marché est complet : les soumissionnaires doivent réaliser la fabrication des portes interne et externe, comprenant la mise en forme des composites, la cuisson en autoclave, les contrôles non destructifs (CND) et l’assemblage final. Les livrables incluent deux prototypes pour validation en soufflerie, avec une montée en cadence visant à équiper cinq prototypes d’AMCA d’ici 2028. Les candidats doivent justifier de la certification ISO/AS9100 et d’une expérience confirmée dans les composites aérospatiaux, avec un délai de livraison des prototypes fixé à 12 mois après attribution du contrat.

Détails techniques : composants et précision dans l’assemblage de la porte CF de l’AMCA

La conception complexe de la porte CF impose une ingénierie de haute précision sur plusieurs sous-ensembles, dont la liste complète reste partiellement confidentielle. Parmi les éléments clés figurent :

  • Les peaux : panneaux multicouches en CFRP formant les surfaces extérieure et intérieure, optimisés pour la résistance balistique et la protection contre les interférences électromagnétiques.
  • Les raidisseurs : longerons et cadres en forme de chapeau co-polymérisés aux peaux, répartissant les charges et évitant le flambage sous des contraintes supersoniques.
  • Charnières et actionneurs : charnières électromécaniques à redondance fail-safe, permettant des cycles rapides d’ouverture/fermeture pour le largage des armes.
  • Joints et fixations : joints d’étanchéité absorbant les ondes radar et goupilles de cisaillement assurant la fixation, garantissant l’intégrité de la porte en haute altitude.
  • Éléments d’attache : pattes en alliage de titane réparties le long de la longueur (de 8 à 12 points typiques) pour le boulonnage aux couples centraux du fuselage.

Cette approche modulaire permet des essais itératifs, l’ADA conservant l’autorité sur le design tout en sous-traitant la fabrication pour accélérer les délais. L’appel d’offres insiste sur la validation par simulation, notamment via des analyses aux éléments finis (FEA) simulant le comportement en cas de collision avec des oiseaux, conformément aux normes environnementales MIL-STD-810.

Cette procédure intervient au moment d’une intense activité sur le programme AMCA. Il y a quelques semaines, l’ADA a finalisé l’évaluation de sept consortiums en lice pour le développement complet de l’ingénierie à grande échelle (FSED), avec des partenariats emmenés par HAL en bonne position pour l’intégration de l’airframe. Le marché pour la porte CF s’ajoute à des appels d’offres précédents concernant des verrières en acrylique allongé et des actionneurs de stabilité, confiés à Godrej en septembre 2025, illustrant un modèle de fabrication réparti visant à atteindre 70 % de composants d’origine nationale dès la mise en service initiale (IOC) prévue en 2032.