Hindustan Aeronautics Limited (HAL) reporte une nouvelle fois la livraison des premiers chasseurs Tejas Mk1A à l’Armée de l’air indienne (IAF), en raison de retards dans l’arrivée de composants essentiels et de défis non résolus liés à l’intégration des systèmes. Ces décalages, qui pourraient repousser les premières remises à mars 2026, illustrent la complexité des dépendances d’approvisionnement et des validations techniques dans ce programme phare d’avion de chasse indigène indien.
Le Tejas Mk1A, version améliorée de l’avion de combat léger (LCA) dotée d’avioniques avancées telles que le radar AESA EL/M-2052 et des suites de guerre électronique modernisées, devait remplacer rapidement les escadrons déclinants de l’IAF. Avec 83 avions commandés en 2021 et une commande supplémentaire de 97 exemplaires approuvée en septembre 2025, ce programme est crucial pour renforcer la défense aérienne indienne. Cependant, les multiples reports suscitent des inquiétudes quant à la capacité opérationnelle de l’IAF, dont les effectifs actifs se situent actuellement en dessous de 30 unités, contre 42 autorisées.
Le 17 octobre, l’inauguration de la troisième ligne de production de HAL à Nashik, supervisée par le ministre de la Défense Rajnath Singh, a marqué un pas symbolique en avant, avec le premier prototype du Tejas Mk1A effectuant son vol inaugural depuis ce site le même jour. Cette nouvelle chaîne, adaptée à partir des lignes d’assemblage des anciens MiG et Sukhoï, vise une production de 24 appareils par an afin d’accélérer les livraisons une fois son rythme établi. Toutefois, lors de l’événement, D.K. Sunil, président et directeur général de HAL, a éludé les questions sur les dates précises de livraison, un silence récurrent qui exaspère les parties prenantes. « L’avion est prêt matériellement, mais nous insistons pour que tous les systèmes soient parfaitement intégrés avant toute promesse », a-t-il déclaré, soulignant la priorité donnée aux tests approfondis plutôt qu’aux échéances précipitées. Cette prudence intervient alors que l’IAF presse pour recevoir les trois premiers exemplaires fin 2025 afin de démarrer la familiarisation opérationnelle.
Le moteur General Electric F404-IN20 reste le principal facteur de retard. Bien que HAL ait reçu le quatrième moteur le 1er octobre et attende imminemment le cinquième, le rythme d’approvisionnement est insuffisant. Dans le cadre d’un contrat de 2021 portant sur 99 moteurs, GE devait en livrer 30 à ce stade, mais seuls quatre exemplaires ont été livrés, retardés par des perturbations mondiales dans la chaîne d’approvisionnement et des obstacles liés à la certification.
Cette pénurie affecte directement l’assemblage des appareils dans les usines HAL de Bengaluru et Nashik, où trois Mk1A attendent leur intégration finale. Sans flux régulier de moteurs, les lignes de production risquent de ralentir ou de s’arrêter, augmentant les coûts du contrat estimé à 48 000 crores de roupies.
Les problèmes matériels sont aggravés par des défaillances logicielles révélées lors d’un essai d’armement critique en mars 2025. Le tir d’un missile air-air Astra Mk1 à longue portée (BVRAAM), développé en Inde, a échoué à cause d’une mauvaise « communication » entre le système de guidage du missile et le radar AESA EL/M-2052. Il s’agit d’un problème d’interopérabilité logicielle, et non d’un défaut matériel.
En septembre, la direction de HAL a confirmé que ce dysfonctionnement nécessitait une révision importante du code, avec des retests encourageants réalisés plus tard dans le mois. « L’échec d’intégration relevait purement d’un problème logiciel ; après mise à jour, le missile et le radar ont fonctionné comme prévu », a précisé Sunil lors d’une conférence de presse. Néanmoins, la certification complète pour l’utilisation réelle en combat n’est pas encore obtenue, retardant la validation officielle de la capacité d’armement de l’appareil.
Dans le même temps, l’autorisation d’intégration du missile ASRAAM à courte portée, fourni par le Royaume-Uni et destiné à remplacer les R-73 actuels, est toujours en attente. Bien que des essais préliminaires aient eu lieu, les ajustements logiciels finaux pour garantir une communication fluide entre le radar et le missile se poursuivent, en parallèle des corrections apportées au système Astra.
Un rapport du 26 septembre estime que les premières livraisons devraient intervenir début 2026, confirmant les évaluations indépendantes qui ciblent mars comme échéance réaliste—soit près de deux ans après le vol inaugural du Mk1A en octobre 2024. Ce calendrier intègre les délais liés à la réception des moteurs et à la stabilisation logicielle, indispensables pour valider l’agrément opérationnel par l’IAF.
Ces retards, bien que source de frustration, témoignent de l’engagement de HAL à garantir la qualité et la fiabilité face aux pressions géopolitiques croissantes, notamment les incursions aériennes agressives de la Chine. L’IAF prévoit d’atteindre une flotte de 11 Mk1A d’ici la fin 2025, dès que la production s’intensifiera. L’attention se porte désormais sur le respect des engagements de GE et la maturation des missiles par le DRDO.
À l’approche des négociations de fin d’exercice, le parcours du Tejas Mk1A symbolise les compromis liés à l’ambition indigène : une progression méthodique plutôt que des promesses hâtives, assurant que ces chasseurs, une fois en service, soient parfaitement fiables. Pour l’IAF, gardienne des frontières indiennes, chaque mois de retard compte, mais chaque ligne de code aussi.