Une enquête parlementaire sur la fuite de données afghanes révèle que la discrétion du ministère de la Défense aurait contribué à mettre en danger des Afghans dont les informations personnelles ont été exposées. Des témoins dénoncent un manque de transparence ayant retardé l’alerte des personnes à risque.
Des témoins ont rapporté aux députés que le secret imposé par le gouvernement, notamment une super-injonction imposée pendant deux ans, a entravé les vérifications et retardé l’avertissement des populations concernées. Le ministère de la Défense (MoD) est désormais sous le feu des questions sur les circonstances de cette fuite, l’identité des victimes et la pertinence de sa réaction.
Une preuve écrite anonyme, soumise par un travailleur indépendant identifié comme Personne A, affirme avoir été le premier à signaler la fuite en août 2023. Ce dernier aidait alors des Afghans pris pour cible par les Talibans lorsqu’une personne est apparue en ligne, prétendant détenir la base de données de relocalisation du MoD. « L’internaute anonyme disait posséder 33 000 dossiers », indique ce témoignage. « Des Afghans ont subi des conséquences graves, dans certains cas mortelles, suite à cette fuite de données. »
Selon ce récit, le travailleur social a alerté responsables et ministres, mais n’a obtenu « aucune réponse du ministre des Forces armées jusqu’à ce qu’il soit mentionné dans un post sur Twitter ». Il a conseillé à plusieurs familles afghanes de changer de localisation et de numéros de téléphone après avoir appris des arrestations par les Talibans, qualifiant la gestion gouvernementale de « très mauvaise ».
Des journalistes du Daily Mail, The Independent et The Times ont également déposé des éléments témoignant de leur rôle durant près de deux ans de procédures judiciaires secrètes déclenchées après la fuite de 2023. Ils ont dénoncé la demande de super-injonction du MoD, initialement destinée à contenir la diffusion, comme un frein à la transparence, maintenant le Parlement dans l’ignorance. Selon eux, le juge Chamberlain, chargé du dossier, les a invités à suivre les audiences en tant qu’« observateurs publics de facto » afin d’assurer une certaine forme de contrôle indépendant.
Les documents fournis montrent que, en 2023 et 2024, le MoD évoquait à plusieurs reprises un « risque grave de mort ou de torture » pour les Afghans listés dans la base de données. Pourtant, à la mi-2025, une revue gouvernementale a conclu que ces informations étaient « probablement de valeur plus limitée » et que l’injonction n’était plus justifiée. Les journalistes qualifient cette évolution de langage de « dérive » quant à l’usage du secret et soulignent que les familles afghanes sont restées dans l’ignorance et la peur pendant toute la durée du processus.
Une étude académique de l’UCL Institute of Education a apporté un éclairage plus large sur les programmes afghans de relocalisation ARAP, ACRS et ARP. Ceux-ci sont présentés comme « un élément vital » pour de nombreux Afghans, offrant un soutien à l’immigration, des cours de langue et un logement. Toutefois, les chercheurs relèvent des dysfonctionnements initiaux dans la coordination et des séjours prolongés en hôtels, retardant l’intégration effective. Ils constatent également des phénomènes de déclassement professionnel et des difficultés psychologiques largement aggravées par la fuite de données, appelant le gouvernement à « restaurer la confiance avec les Afghans » en clarifiant ses responsabilités vis-à-vis des personnes concernées.
Le ministre de la Défense, Luke Pollard, a défendu la coopération du MoD avec la commission d’enquête, fournissant une réponse détaillée aux questions posées. Dans une lettre adressée au président du comité, Tan Dhesi, Pollard a confirmé que « des centaines de pages de documents » issus des procédures de super-injonction seraient remises au Parlement, comprenant des dossiers judiciaires ainsi que des versions expurgées des notes du Cabinet et des échanges interministeriels. Ces coupures sont appliquées « uniquement pour des raisons de sécurité nationale ou de protection des données personnelles ».
Le ministre a qualifié cette diffusion de documents du Cabinet, particulièrement ceux du gouvernement précédent, d’« exceptionnelle » mais justifiée par la nécessité de transparence. « Dans ce cas précis, en raison de la divulgation antérieure lors des procédures de super-injonction et du souhait de garantir un contrôle parlementaire total après avoir été tenus dans l’ombre trop longtemps, ces documents sont transmis au comité dans ces ensembles », précise-t-il. Il ajoute que cette mesure « ne doit pas être considérée comme un précédent pour de futurs dossiers ».
Luke Pollard a également proposé un briefing confidentiel aux députés sur les aspects classifiés du Programme de réinstallation afghan et annoncé une revue interne du ministère pour évaluer la gestion de l’incident. « Les conclusions de cette enquête, à laquelle nous souhaitons intégrer les recommandations du comité dans la mesure du possible, serviront à améliorer nos méthodes de travail à l’avenir », a-t-il déclaré, reconnaissant que le fonctionnement sous l’injonction avait été « profondément inconfortable ».
Le comité de la Défense devrait entendre prochainement des témoins supplémentaires, notamment des responsables impliqués dans les opérations d’évacuation et la protection des données. Les députés examineront si les démarches du MoD, y compris l’usage des pouvoirs de secret, ont été proportionnées et si les programmes de réinstallation afghans restent adaptés aux enjeux actuels, à la lumière de cette fuite et de ses conséquences.