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Israel Aerospace Industries (IAI) développe sa famille de missiles Barak avec le Barak EA, un intercepteur sol-air à longue portée capable d’atteindre 250 kilomètres, destiné à redéfinir la défense aérienne à longue distance. Ce projet s’inscrit en parallèle avec l’initiative indienne Projet Kusha, où l’intercepteur M2 de classe similaire, développé par la Defence Research and Development Organisation (DRDO), partage la même base technologique issue du missile moyen-portée Barak-8/LR conçu en coopération. Tandis que l’Inde déploie son MR-SAM à 100 km dans ses forces terrestres, aériennes et navales, cette évolution conjointe reflète une maturité accrue du partenariat indo-israélien, conjuguant héritage commun et innovations locales face aux menaces nouvelles telles que les missiles hypersoniques et les avions furtifs.

Le Barak EA s’appuie sur la lignée éprouvée des missiles Barak-ER (150 km) et Barak-LR (100 km), ce dernier étant identique au MR-SAM indien co-développé avec DRDO depuis 2009. Selon des sources exclusives de l’Indian Defence Research Wing (IDRW), les versions EA d’IAI et M2 de DRDO conserveront des éléments clés du Barak-8, tels que le système de lancement vertical (VLS) et le chercheur actif en radiofréquence (RF), tout en intégrant des améliorations spécifiques : des boosters étendus pour le Barak EA et des moteurs indigènes à double impulsion pour le M2. Cette démarche symbiotique garantit une montée en gamme rentable, avec un objectif d’entrer en service complet du Projet Kusha d’ici 2030, en complément du S-400 russe et du programme national de défense antimissile balistique.

Le MR-SAM, mis en service dans plusieurs escadrons depuis 2021, illustre la coopération indo-israélienne à son apogée. Produit conjointement par Bharat Dynamics Limited (BDL) et Rafael sous supervision d’IAI, le système équipe plus de 18 batteries tri-services, offrant une couverture à 360° contre drones, missiles de croisière et aéronefs, avec une portée de 70 à 100 km. Le missile Barak-LR, capable de vols à Mach 2+, doté d’un chercheur ECCM (contre-contre-mesures électroniques) et d’une ogive à détonation proximale, a passé avec succès des essais rigoureux en 2024, incluant des salves anti-saturation.

Le passage à Barak-ER, qui a réussi ses essais à 150 km en 2021, a apporté des capacités cinématiques améliorées pour contrer les menaces balistiques, préparant ainsi le terrain pour le saut technologique du Barak EA à 250 km. Parallèlement, le Projet Kusha de DRDO, lancé officiellement en 2023 dans le cadre de la Mission Sudarshan Chakra, prévoit une famille de missiles en trois variantes : M1 (150 km), M2 (250 km), et M3 (350 km). Le M2, destiné à l’intégration dans l’Armée de l’air indienne, conserve l’architecture de guidage par commande du MR-SAM tout en adoptant des technologies locales comme les radars à nitrure de gallium (GaN) et la discrimination de cibles assistée par intelligence artificielle, assurant plus de 70 % d’indigénisation.

Ce double développement, avec IAI axé sur des variantes export et DRDO sur des adaptations nationales, permet d’optimiser les investissements initiaux du Barak-8. Selon les informations de DRDO, les deux acteurs poursuivent leurs travaux sur des technologies dérivées du MR-SAM, notamment la poussée vectorielle pour manœuvres à forte accélération et les chercheurs multimodes adaptés à des conditions météorologiques diverses.

Synergies dans le Projet Kusha : le M2, un jumeau indigène du Barak EA

Le Projet Kusha vise à constituer un bouclier intégré rivalisant avec le système russe S-500, positionnant le M2 comme l’intercepteur de milieu de gamme pour engager des objectifs stratégiques tels que les avions de détection avancée, les chasseurs furtifs et les armes à longue portée à 250 km. Les essais pour le M1 débuteront en 2026, ceux pour le M2 en 2027 et pour le M3 en 2028, avec un centre de recherche à Hyderabad, le Research Centre Imarat, responsable des systèmes de propulsion, de guidage, de contrôle et de navigation (GCN).

Le Barak EA constitue un modèle de référence voire un partenaire possible de co-développement : les deux missiles utiliseront un système de lancement vertical « plug-and-play » compatible avec des batteries à échange rapide montées sur lanceurs mobiles ou plates-formes navales telles que l’INS Vikrant. Là où l’EA d’IAI met l’accent sur une modularité adaptée aux marchés internationaux (comme l’intérêt récent du Danemark pour le Barak MX), le M2 de DRDO privilégie l’intégration avec des systèmes nationaux tels que le radar antimissile Ashwin et le réseau de commandement Akashteer.

Le patrimoine commun garantit l’interopérabilité — les batteries MR-SAM pourraient évoluer vers des configurations hybrides mêlant M2 et EA — tandis que les spécificités locales répondent à des exigences distinctes : l’allongement de la structure pour une meilleure endurance à l’export versus l’utilisation de matériaux composites légers pour les patrouilles en haute altitude le long de la Ligne de Contrôle Actuel (LAC).

Variante Développeur Portée (km) Héritage / Innovation clé Rôle en Inde
MR-SAM / Barak-LR DRDO-IAI 70-100 Base commune : chercheur RF actif, VLS Défense ponctuelle / moyenne tri-services
Barak-ER IAI 150 Boosters étendus, cinématique antimissile balistique Modèle export long rayon d’action
Barak EA IAI 250 Moteur à double impulsion, ECCM avancé Partenariat potentiel pour l’extension Kusha
Projet Kusha M2 DRDO 250 Chercheur GaN indigène, fusion IA Intercepteur moyen de l’IAF, entrée en service en 2030

Ce tableau illustre la continuité entre des origines communes et des développements divergents mais complémentaires, les deux variantes à 250 km atteignant des phases terminales hypersoniques à 30-35 km d’altitude.