Article de 713 mots ⏱️ 4 min de lecture

Dans un contexte de tensions croissantes dans la région Indo-Pacifique, la marine indienne s’apprête à conclure un contrat majeur de 4 milliards de dollars pour l’acquisition de six appareils supplémentaires Boeing P-8I Poseidon, avions de reconnaissance maritime à longue portée, d’ici mi-2026. Selon des sources proches des négociations, des pourparlers de haut niveau récents à New Delhi avec une délégation de Boeing ont permis de lever l’impasse estivale provoquée par la hausse des droits de douane américains. Cette avancée devrait rapidement obtenir l’approbation du Cabinet de Sécurité et renforcer la capacité de surveillance de l’Inde face aux menaces sous-marines provenant de rivaux comme la Chine et le Pakistan. Cet achat portera à dix-huit le nombre total de P-8I, étendant la couverture des patrouilles maritimes depuis le détroit de Malacca jusqu’à la mer d’Arabie.

Cette percée fait suite à une visite en septembre qui a permis de réduire les écarts sur les coûts, les négociations se concentrant désormais sur les compensations industrielles, l’indigénisation et l’intégration des missiles NASM-MR développés par le DRDO, traduisant un partenariat de défense américano-indien renforcé malgré les tensions commerciales.

La saga du P-8I avait connu un coup d’arrêt en août 2025 lorsque le ministère indien de la Défense avait suspendu l’achat, invoquant une augmentation des coûts de près de 50 % à 3,6-4 milliards de dollars, conséquence des droits de douane américains sur les importations de pétrole russe, héritage de mesures imposées sous la présidence Trump et pesant sur les relations bilatérales. Initialement estimé à 2,42 milliards de dollars en juillet, le surcoût a conduit l’Inde à envisager d’autres options, comme le C-295 MRMR d’Airbus.

Le dégel en septembre est intervenu grâce à une délégation américaine menée par des responsables de Boeing, arrivée en Inde le 12 septembre pour des négociations intenses portant sur la révision des tarifs et le transfert de technologies. Selon les sources, des suivis en octobre dans le cadre du dialogue ministériel 2+2 ont abouti à des concessions notables, notamment un engagement de 20 % en compensations pour le renforcement des capacités de maintenance à l’INS Rajali et une meilleure compatibilité avec les missiles NASM-MR pour des frappes anti-navires.

« Les progrès sont concrets ; nous nous alignons sur la valeur, pas seulement sur le volume », a commenté un acteur proche du dossier, anticipant un feu vert du Cabinet de Sécurité au second trimestre 2026 pour des livraisons débutant en 2029. Ce redémarrage fait écho à la rencontre au sommet entre le Premier ministre Modi et la Maison Blanche en septembre 2025, où le dossier P-8I figurait en tête des discussions, aux côtés de la coproduction du moteur GE F414, contribuant à atténuer les tensions liées aux droits de douane.

Depuis l’intégration du premier P-8I en 2013, la marine indienne exploite ce dérivé du Boeing 737-800 pour asseoir sa supériorité asymétrique en guerre anti-sous-marine (ASW). L’aviation navale a accumulé plus de 35 000 heures de vol lors de missions de surveillance des incursions chinoises de la PLAN (Marine de l’Armée populaire de libération) et de zones à risque de piraterie. Les douze appareils actuels, basés à l’INS Rajali (Arakkonam), disposent d’une endurance de 12 heures ainsi que d’armements comme les missiles Harpoon et des réseaux de bouées acoustiques, éprouvés notamment lors des patrouilles en mer Rouge dans le cadre de l’opération Sankalp.

L’ajout de six nouveaux exemplaires devrait tripler la capacité de génération des sorties, permettant une couverture continue 24/7 de la zone économique exclusive indienne de 7 500 km et des points stratégiques des îles Andaman, un enjeu crucial face à la progression des sous-marins nucléaires d’attaque chinois Type 093B. Des améliorations telles que l’intégration des missiles LRASM (en phase de tests avec la marine américaine sur l’AGM-158C-3) allongeront la portée des frappes anti-surface à plus de 500 km. Par ailleurs, des évolutions indigènes, comme les radars Uttam AESA, augmenteront le degré de localisation à 60 %.