Article de 755 mots ⏱️ 4 min de lecture

Face aux enjeux croissants liés à l’utilisation des drones en zone de conflit, l’armée indienne a adressé un ultimatum sévère aux fabricants nationaux de drones et de munitions aviation : intégrer des systèmes de navigation robustes capables de fonctionner sans GPS, sous peine d’exclusion des futurs contrats. Cette directive fait suite à une série d’essais décevants réalisés après l’Opération Sindoor en août 2025, où 46 entreprises indiennes ont présenté leurs matériels, dont la majorité n’a pas su résister aux scénarios de guerre électronique simulant le brouillage ennemi. Cette mesure traduit une volonté claire de réduire la dépendance aux signaux satellites dans un contexte de tensions frontalières, en faveur de systèmes autonomes résilients.

Cette vulnérabilité critique, mise en lumière dans une récente enquête, réside dans le fait que de nombreux drones et munitions aviation disponibles sur étagère, essentiels pour la surveillance ISR, les frappes de précision et les tactiques en essaim, deviennent inopérants sans GPS, devenant ainsi des cibles faciles en espace aérien contesté. Avec la montée en puissance des capacités de guerre électronique de pays comme la Chine et le Pakistan, notamment le brouilleur CHL-906, l’armée indienne exige une évolution majeure plutôt que de simples améliorations incrémentales pour protéger ses doctrines centrées sur les drones.

Le déclic s’est produit lors d’une démonstration à enjeux élevés en septembre 2025, deux mois après le succès important de l’Opération Sindoor où les drones indiens avaient neutralisé les radars pakistanais. Lors de cet exercice organisé sur un site d’essais au Rajasthan, 46 fournisseurs, dont IdeaForge, Zen Tech et Solar Industries, ont dû affronter des conditions de brouillage intense visant à couper les liens GNSS. Le résultat a été sans appel : plus de 80 % des prototypes ont perdu leur système de navigation, dévié de leur trajectoire ou se sont carrément écrasés, révélant une lacune systémique en matière d’alternatives basées sur l’inertie, la vision ou l’intelligence artificielle.

Les munitions aviation n’ont pas mieux résisté. Si elles sont létales par ciel dégagé, elles basculaient en « mode sécurité » ou s’autodétruisaient dès qu’elles étaient privées des signaux satellites, ce qui affaiblit gravement leur potentiel d’attaque kamikaze contre blindés ou bunkers. « Dans une vraie situation de brouillage – le terme est bien choisi – ces engins deviennent comme des pigeons aveugles », a résumé un officier de la Commandement Nord, reprenant les conclusions d’une analyse de janvier 2025 sur les besoins d’autonomie des drones dans le cadre du Raksha Anirveda.

Les essais ont confirmé qu’en l’absence de GPS, beaucoup de modèles s’appuyaient sur des puces commerciales non renforcées, vulnérables au spoofing à l’aide d’appareils bon marché, comme ceux utilisés dans le conflit ukrainien en 2023. Seules quelques exceptions ont tiré leur épingle du jeu : le drone ZOLT d’IdeaForge, équipé de charges utiles Zeus Numerix, a brillamment réussi des missions autonomes grâce à la vélocimétrie visuelle et à une IA embarquée, parvenant à naviguer sur des parcours de 5 km sans aucun signal satellite.

Dans une communication adressée à la Drone Federation of India (DFI) le 15 octobre, l’armée a clairement fixé la règle : tous les futurs appels d’offres du programme UAV d’une valeur de 25 000 crores de roupies exigeront une certification de fonctionnement sans GPS. Les offres non conformes seront automatiquement éliminées. Cette exigence concerne également l’interopérabilité en essaim dans des environnements brouillés où des attaques par déni de service pourraient neutraliser 70 % d’une formation. « Nous n’achetons pas des jouets, mais des outils de combat », ont indiqué des sources proches de la DGCA, rappelant que cette orientation s’inscrit dans la feuille de route technologique 2025 (Technology Perspective and Capability Roadmap), qui privilégie la navigation par IA pour des drones invisibles aux radars.

Les enjeux sont majeurs. Avec l’initiative « Drone Shakti » prévue pour 2028, qui vise à jumeler chaque char de combat principal avec un drone intégrant la reconnaissance de cibles par intelligence artificielle, l’armée souhaite des systèmes capables d’évoluer en conditions de blackout, tout en allégeant la charge cognitive des opérateurs et en limitant leur exposition à la guerre électronique.