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La Turquie a réalisé avec succès des tirs réels de ses missiles air-air Gökdoğan (hors portée visuelle) et Bozdoğan (dans la portée visuelle) à partir d’un F-16 le 21 octobre 2025. Ces deux missiles ont touché des drones cibles, confirmant ainsi leur efficacité opérationnelle. Ils s’inscrivent dans une vaste série de programmes nationaux, comprenant notamment des drones armés comme le Kizilelma, l’Anka III, le chasseur de cinquième génération Kaan, l’avion d’entraînement avancé Hürjet, ainsi qu’une large gamme de missiles sol-air et sol-sol.

Développés par TÜBİTAK-SAGE, les missiles Gökdoğan et Bozdoğan avaient déjà fait l’objet de tests individuels, mais cette opération semble être la première à les avoir engagés ensemble, et consécutivement, depuis un même F-16 au cours d’un seul essai. Le ministre turc de l’Industrie et de la Technologie, Mehmet Fatih Kacir, a qualifié cette réussite de fruit de « l’ingénierie avancée, de la détermination sans faille et de l’idéal d’indépendance » de la nation.

Le Bozdoğan avait été testé pour la première fois en conditions réelles le 14 avril 2021 depuis un F-16 turc, détruisant avec succès un drone cible Şimşek. Le Gökdoğan, quant à lui, avait réalisé son premier tir en 2018, suivi d’un autre test communiqué par le même ministre en février 2025.

La production en série des deux missiles a été annoncée le 3 juin 2022, avant la signature d’un contrat de « Production initiale en petite série » entre la Présidence des Industries de Défense (SSB) et TÜBİTAK-SAGE le 27 juillet 2023. Ce contrat prévoit la livraison de vingt-cinq exemplaires de chaque missile ainsi que quatorze lanceurs pour 2025.

Le déroulement de l’essai

Une vidéo de l’opération montre un F-16 spécialement équipé roulant puis décollant avec à son bord deux missiles d’essai Gökdoğan et Bozdoğan, identifiables à leurs marquages et leur couleur orange. Ces missiles sont installés sur les lanceurs en bout d’aile et sur des points durs externes.

Un second F-16, en rôle d’avion d’escorte, suit le premier, tous deux étant appuyés par un ravitailleur KC-135 Stratotanker de l’Armée de l’air turque. Grâce à plusieurs caméras embarquées ainsi qu’à la captation de l’avion de poursuite, les deux missiles ont intercepté de face les drones cibles sans pilote.

On observe aussi le lancement d’un des drones cibles depuis un lanceur sol-fer. Il n’est toutefois pas totalement clair si les autres missiles fixés à l’aile droite ont également été tirés, puisque seules les séquences des Gökdoğan et Bozdoğan de l’aile gauche sont montrées.

Des images infrarouges confirment les impacts sur les cibles. Fait notable, le missile Bozdoğan semble effectuer une montée en trajectoire prononcée immédiatement après son lancement, probablement pour réaliser une manœuvre d’élévation tactique.

Caractéristiques des missiles

Le Bozdoğan est un missile air-air à courte portée (dans la portée visuelle, WVR) avec une capacité supérieure à 25 km. Il est propulsé par un moteur à propergol solide à forte poussée et faible émission de fumée. Son autodirecteur utilise un capteur infrarouge à imagerie (IIR) et bénéficie d’un contrôle vectoriel de poussée permettant une grande maniabilité et un tir efficace avec visée sur de longues distances dans toutes les directions.

Le Gökdoğan, lui, atteint plus de 65 km de portée. Il est motorisé par un moteur-fusée à propergol solide et doté d’un autodirecteur actif en radiofréquence. Son mode « verrouillage post-lancement » repose sur un lien de données capable d’actualiser les informations de la cible depuis l’avion porteur. Selon Mehmet Fatih Kacir, ce missile est également équipé d’« algorithmes de contrôle avancés ».

Le développement des deux missiles a débuté en 2012 dans le cadre du projet plus vaste GÖKTUĞ. L’objectif est de doter les F-16 turcs modernisés, via le programme national PO-III (Peace Onyx III), de missiles air-air de conception locale.

Il est également important de noter que, d’après plusieurs sources, ces deux missiles ont été intégrés aux chasseurs JF-17 Thunder Block 3 de l’Armée de l’air azerbaïdjanaise, développés conjointement par le Complexe aéronautique pakistanais (PAC) et la Corporation aéronautique de Chengdu (CAC). L’Azerbaïdjan a signé un contrat portant sur l’acquisition de 40 JF-17, dont les livraisons sont en attente.

Les missiles Gökdoğan et Bozdoğan sont compatibles avec les interfaces américaines MIL-STD-1553 et MIL-STD-1760, respectivement standards des bus de données avion et des lanceurs LAU-129. Cependant, les systèmes de mission turcs spécifiques offrent des performances optimisées et simplifient les possibilités futures de mises à jour.

Par ailleurs, les versions officielles présentées incluent le Gökdoğan-ER (Extended Range) à portée prolongée, les missiles statoréacteurs Gokhan Block-1 et Block-2, qui semblent concurrencer des missiles comme le Meteor, ainsi qu’un autre statoréacteur nommé Gokbora. Une source turque a indiqué début 2025 que le Gokhan avait franchi les phases de conception conceptuelle et préliminaire, et était actuellement en essais au sol.

Les F-16 turcs

Les progrès des missiles Gökdoğan et Bozdoğan s’inscrivent dans le cadre plus large du programme Özgür, dont l’expansion a été annoncée par la Turquie l’an passé par l’intégration de nombreux F-16 supplémentaires à ce gigantesque projet national. Certaines sources évoquent même une deuxième phase baptisée Özgür II.

Cette initiative fait suite à la décision turque d’abandonner la modernisation de 79 kits pour les F-16 existants, au profit de l’acquisition de 40 appareils F-16 Block 70 directement auprès des États-Unis. Selon Reuters, la Force aérienne turque (Türk Hava Kuvvetleri) dispose de plus de 200 F-16 répartis entre les versions Block 30, 40 et 50, ce qui constitue la deuxième plus grande flotte de F-16 au sein de l’OTAN.

Au départ, le programme Özgür ciblait 35 F-16 Block 30 que les Industrias Aeroespaciales Turques (TAI/TUSAŞ), TÜBİTAK SAGE et Aselsan devaient moderniser avec un panel de logiciels, d’avioniques et d’électroniques indigènes renouvelées.

Ces améliorations incluaient une unité de calcul mission nationale, des interfaces systèmes, des panneaux de contrôle avant du cockpit, des indicateurs hydrauliques du carburant, des écrans moteur, des indicateurs d’urgence, des dispositifs acoustiques sécurisés nationaux, un système IFF national (Identification Ami/Ennemi), des récepteurs multimodes, des systèmes de navigation inertielle, des unités d’éblouissement d’interfaces, des systèmes de visée intégrés au casque, un indicateur central de cockpit, ainsi que des affichages multifonctions couleur.