Selon des informations rapportées par la presse, la DRDO (Département de Recherche et de Développement en Défense) analyse actuellement un missile chinois PL-15E récupéré en mai 2025, afin d’intégrer des technologies avancées telles qu’un chercheur AESA compact et une propulsion à double impulsion dans son propre programme de missile air-air Astra Mark-2.
Le journal Hindustan Times a dévoilé cette information inattendue le 21 octobre, indiquant qu’un PL-15E intact, tiré par un chasseur pakistanais lors de l’Opération Sindoor, a été récupéré près de Hoshiarpur, dans le Pendjab, le 9 mai, après ne pas s’être autodétruit. La DRDO envisage d’incorporer les enseignements tirés de ce missile chinois dans le développement de la nouvelle génération de missiles air-air à longue portée en Inde, capables d’engager des cibles au-delà de la portée visuelle. Ces rapports témoignent d’une riche prise technique sur le champ de bataille qui influe déjà sur la feuille de route de la lutte aérienne indienne.
Le PL-15 constitue le cœur de l’arsenal air-air moderne chinois, associant un chercheur à réseau à balayage électronique actif miniature (AESA) à un moteur-fusée à propergol solide à double impulsion, permettant de conserver une forte énergie cinétique jusqu’à la fin de sa trajectoire. Selon les sources ouvertes, la portée du PL-15E, version standard d’exportation, est estimée à environ 145 km, avec des vitesses supérieures à Mach 5, tandis que la variante nationale chinoise bénéficierait d’une autonomie plus grande.
Un élément clé pour les ingénieurs indiens fut l’absence de dispositif de freinage sur le missile récupéré, offrant ainsi une visibilité quasi parfaite sur la conception du chercheur, la gestion de l’énergie et l’architecture anti-brouillage. Cette combinaison d’un matériel AESA à petite ouverture et d’une gestion robuste de l’énergie à mi-parcours correspond précisément au profil recherché par l’Inde.
Le bénéficiaire naturel de cette analyse est l’Astra Mark-2 : la DRDO annonce depuis longtemps une version améliorée de l’Astra Mk-1, intégrant notamment un moteur à double impulsion, un chercheur radar optimisé et des zones d’évasion étendues, portées au-delà de 140-160 km dans des conditions de lancement idéales. Les dernières communications officielles évoquent un développement vers une portée pouvant atteindre 200 km, avec un accent particulier sur la conservation de l’énergie terminale et la résistance aux contre-mesures électroniques.
Si le démontage du PL-15E confirme l’efficacité des modules AESA compacts et des formulations de propergol favorisant une meilleure énergie en milieu de trajectoire, la cinématique intermédiaire et la persistance finale de l’Astra Mk-2 pourraient s’en trouver améliorées concrètement, sans nécessiter de modifications majeures à la structure du missile.
Un chercheur AESA plus petit et plus performant permet de réduire la traînée aérodynamique tout en augmentant le volume disponible pour les batteries et les liaisons de données, offrant un contrôle plus précis du faisceau radar. Cela améliore les capacités de tir en piqué dans des environnements complexes et renforce la résilience face aux brouillages sophistiqués.
Associé à un moteur à double impulsion, l’Astra Mk-2 est capable de naviguer efficacement après la combustion initiale, puis de se réallumer pour une poussée finale maintenue, garantissant une manœuvrabilité élevée en proximité du cible sous fortes contraintes gravitationnelles. Ce profil complique les tactiques d’évasion ennemies et étend la zone d’interception efficace du missile, y compris contre des appareils AEW&C (alerte avancée et contrôle) plus profondément dans leur propre zone économique exclusive (ZEE).
Sur le plan tactique, l’escarmouche de mai a servi de véritable laboratoire de feu réel pour la Force Aérienne Indienne (IAF), illustrant les exigences modernes du combat au-delà de la portée visuelle (BVR). Les stratèges de New Delhi anticipent un virage vers une projection de puissance aérienne à distance, maintenant les avions tireurs à bonne distance des défenses sol-air adverses, comme celles du Quartier Général-9 pakistanais, tout en exploitant des armes air-air supersoniques à longue portée.
Par ailleurs, le Hindustan Times fait aussi état d’une initiative visant à augmenter les stocks de missiles Meteor pour les Rafale indiens, afin de prévenir toute pénurie de munitions dans des crises futures. Cette démarche traduit la volonté de l’Inde de développer à la fois une capacité domestique robuste et de sécuriser ses approvisionnements étrangers, alors que l’Astra Mk-2 monte en puissance. En somme, l’IAF ajuste ses capacités, ses tactiques et ses stocks pour affronter des environnements électromagnétiques disputés et pour mener des interceptions à longue portée.
L’emploi par le Pakistan du PL-15E d’origine chinoise a exporté vers l’Asie du Sud les doctrines clés du combat aérien de l’Armée Populaire de Libération (APL), accentuant le lien technologique entre Pékin et Islamabad. L’exploitation par l’Inde d’un missile intact inverse cette dynamique, réduisant les écarts capacitaires et accélérant la démarche d’Aatmanirbhar Bharat (autosuffisance indienne) dans un domaine où la rapidité de déploiement est cruciale.
New Delhi a exposé les restes du PL-15 quelques jours après l’échange, soulignant à la fois le gain en renseignement et le message dissuasif envoyé à ses voisins. Avec la montée en puissance des missiles air-air à longue portée et à haute capacité ECCM (contre-mesures électroniques) dans la région, la maturation de l’Astra Mk-2 dépasse désormais la simple acquisition : c’est une affirmation claire sur le contrôle de la géométrie du combat BVR en sous-continent.