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L’Inde renforce considérablement ses capacités de surveillance aérienne avec le lancement du programme Netra MkII de systèmes aéroportés de détection et de commandement (AEW&C). Le Défense Research and Development Organisation (DRDO) pilote la conversion de six Airbus A321 d’occasion, en partenariat avec Air India Engineering Services Limited (AIESL) et Airbus Defence and Space en Espagne, afin de doter l’Indian Air Force (IAF) d’appareils capables de surveiller efficacement de vastes espaces aériens et maritimes.

Approuvé en juillet 2025 par le Cabinet Committee on Security (CCS) après l’aval du Defence Acquisition Council (DAC) en mars, ce projet stratégique représente un tournant vers des plateformes plus robustes à longue endurance. D’un coût estimé à environ 20 000 crores de roupies (soit 1,85 milliard d’euros ou 227 millions de dollars), il vise à combler les lacunes critiques dans l’architecture de défense aérienne indienne, dans un contexte de tensions régionales croissantes.

Le Netra MkII s’appuie sur le succès des systèmes indigènes Netra MkI, installés sur des Embraer EMB-145 offrant une couverture radar de 240 degrés. Toutefois, les limites de ces jets en termes de portée, d’endurance et de capacité de charge utile ont conduit à privilégier le plus grand Airbus A321. Ces six avions d’occasion, issus de la flotte retraitée d’Air India, disposent d’une capacité en carburant supérieure pour prolonger le temps de surveillance, d’un espace cabine plus large pour accueillir des consoles supplémentaires, et d’une structure adaptable aux améliorations militaires.

Sous la direction du Centre for Airborne Systems (CABS) du DRDO, la transformation de ces appareils se déroulera en plusieurs phases. Les premiers travaux de renforcement structurel, comprenant la rigidification de la cellule pour supporter les radars avancés et l’installation d’unités auxiliaires de puissance (APU) pour alimenter l’électronique de haute énergie, sont en cours chez Airbus Defence and Space à Getafe, en Espagne. Les avions seront ensuite rapatriés en Inde où AIESL et d’autres partenaires locaux intégreront une avionique indigène, incluant des suites de guerre électronique et des systèmes de mission. Ce travail combiné garantit un coût maîtrisé tout en favorisant l’autonomie technologique, avec la suppression des sièges passagers pour aménager un intérieur optimisé, comprenant des postes opérateur à annulation de bruit et des espaces de repos pour l’équipage.

Le cœur du Netra MkII est un radar AESA (Active Electronically Scanned Array) de nouvelle génération basé sur le nitrure de gallium (GaN), dérivé de la technologie Uttam AESA du DRDO. Monté sur le dessus de l’appareil offrant une couverture à 300 degrés, complété par une antenne frontale, ce système affiche une portée de détection dépassant les 450 à 500 kilomètres. Cette avancée améliore significativement les performances du MkI, avec la capacité de suivre simultanément plusieurs menaces telles que les avions volant à basse altitude, les drones, les missiles de croisière ou encore les missiles balistiques.

Outre le radar, les plateformes seront équipées de systèmes sophistiqués de mesures de soutien électroniques (ESM), de récepteurs d’alerte radar (RWR), de systèmes de contre-mesures (CMDS) et de liaisons de données sécurisées (LSO et SATCOM). En tant que centres de commandement aériens, les jets Netra MkII permettront une guerre en réseau en transmettant en temps réel les renseignements aux stations terrestres, escadrons de chasse, bâtiments de guerre, ainsi qu’aux systèmes comme les missiles sol-air Akash NG. Leur endurance améliorée, potentiellement plusieurs heures de plus que les modèles précédents, sera essentielle pour une surveillance constante de la région de l’océan Indien et des zones frontalières sensibles.

Les essais en vol sont prévus pour 2029, avec la livraison du premier appareil opérationnel entre 2033 et 2034. Ce calendrier coïncide avec un programme parallèle visant à moderniser six Netra Mk1A sur EMB-145, d’un coût de 11 000 crores de roupies (1,07 milliard d’euros), pour des livraisons prévues sous cinq ans. Ensemble, ces 12 nouveaux aéronefs porteront à 15 le nombre d’appareils AEW&C de l’IAF d’ici le milieu des années 2030, en complément des trois Phalcon israéliens montés sur Ilyushin Il-76.

Cette accélération répond aux leçons opérationnelles tirées, notamment de la frappe aérienne de Balakot en 2019 où les lacunes de surveillance avaient été mises en évidence. Actuellement, l’IAF fait face à un désavantage numérique face aux forces voisines : le Pakistan déploie neuf Saab 2000 Erieye et quatre ZDK-03 AEW&C, tandis que la Chine engage plus de 30 plateformes, dont le KJ-500, sur les frontières partagées. Le caractère majoritairement indigène du Netra MkII — plus de 70 % de ses composants sont produits localement — contribue également aux ambitions d’autonomie stratégique de l’Inde dans le domaine de la défense « Atmanirbhar Bharat ».