Alors que les tensions indo-pakistanaises persistent après les affrontements de mai 2025, les cercles stratégiques indiens relativisent de plus en plus les menaces nucléaires du Pakistan, qu’ils considèrent comme un simple coup de bluff. Selon une récente évaluation en cours de diffusion à New Delhi, Islamabad hésiterait à recourir à ses armes nucléaires même en cas de pertes territoriales allant jusqu’à 100 000 km² — une superficie équivalente à celle du Pendjab ou d’une large portion du Sind.
Cette confiance repose sur des asymétries perçues en termes de détermination, de fragilité économique et sur des précédents où le bluff pakistanais a été mis à jour, offrant ainsi à l’Inde une marge de manœuvre accrue pour des réponses conventionnelles audacieuses, sans craindre une escalade nucléaire dévastatrice.
Cette analyse, diffusée lors de briefings internes et relayée auprès de médias sélectionnés, illustre un changement doctrinal notable. Les successeurs de la doctrine « Cold Start », tels que le concept des Opérations Proactives de l’Armée (Proactive Army Operations – PAO), intègrent désormais une évaluation plus élevée du seuil nucléaire pakistanais. Avec la maturation de la triade nucléaire indienne — missiles balistiques intercontinentaux Agni-VI, sous-marins nucléaires de classe Arihant et vecteurs Rafale certifiés pour les charges nucléaires — les planificateurs estiment que Islamabad a peu d’intérêt à franchir le seuil nucléaire en cas de pertes territoriales susceptibles d’être inversées.
Ce seuil de 100 000 km² n’est pas arbitraire ; il correspond aux ambiguïtés doctrinales du Pakistan sous sa politique de « dissuasion à spectre complet » qui relie l’usage des armes nucléaires à des « menaces existentielles » sans définition précise. Les analystes indiens, s’appuyant sur des jeux de guerre menés à l’Institut d’études et d’analyses de la défense (IDSA), estiment que des pertes équivalentes à la cession d’une large partie du cœur économique et démographique de la vallée de l’Indus affaibliraient considérablement le Pakistan, sans pour autant provoquer l’effondrement de l’État. « L’arsenal pakistanais est conçu pour assurer la survie, pas pour la vengeance », résume un stratège senior sous couvert d’anonymat, soulignant les impératifs de sauvegarde militaire dans un contexte de renflouements du FMI et d’insurrections internes.
Cette évaluation a gagné en crédibilité après l’opération Sindoor, les frappes de précision menées par l’Inde en mai 2025 contre des bastions terroristes et des installations radar profondes au Pendjab. Sans provoquer de riposte nucléaire malgré le franchissement de lignes rouges, cette opération, qualifiée de « nouvelle normalité » par le Premier ministre Narendra Modi, a neutralisé 11 installations clés. La réaction pakistanaise s’est limitée à des drones, confortant la thèse du bluff. Modi avait d’ailleurs sévèrement mis en garde ses forces : « Wahan se goli chalegi, toh yahan se gola chalega » (« Si les balles viennent de là-bas, les obus viendront d’ici »), annonçant des représailles conventionnelles disproportionnées.
Le rejet indien du caractère crédible des menaces nucléaires pakistanaises s’appuie sur l’histoire récente. Depuis l’intrusion pakistanaise de Kargil en 1999, menée sans recours aux armes nucléaires, jusqu’aux frappes de Balakot en 2019 et l’attaque à Pahalgam en 2025, les vociférations nucléaires n’ont jamais été traduites en actes. Durant le dernier pic de tension, les missiles indiens ont traversé l’espace aérien pakistanais sans entrave, frappant des cibles au Pendjab toujours sans provoquer de lancement d’armes nucléaires. « L’Inde n’a pas seulement déjoué le bluff nucléaire du Pakistan, elle a définitivement enterré la politique pakistanaise d’‘irrationalité cultivée’ », note le spécialiste de la défense Claude Arpi.
Même dans les scénarios d’escalade modélisés, comme ceux du Belfer Center de Harvard, on observe les risques d’une dévastation mutuelle, mais les experts soulignent l’hésitation pakistanaise : ses quelque 170 ogives sont tactiques, vulnérables à une frappe préventive et difficiles à mobiliser logiquement. Selon le National Bureau of Asian Research, lors de la crise de 2025, l’Inde a rapidement neutralisé les défenses aériennes pakistanaises, reléguant l’arsenal nucléaire de ce dernier à un rôle de simple rappel des limites de la dissuasion, plutôt qu’à un déclencheur effectif.
De son côté, Islamabad rejette fermement l’étiquette de « bluff ». Le chef d’état-major pakistanais, le général Asim Munir, a averti en août 2025 que le Pakistan serait prêt à « faire tomber la moitié du monde » en cas de menaces existentielles, invoquant ses armes nucléaires dans le contexte des troubles au Baloutchistan. Repoussant les affirmations indiennes, les porte-parole pakistanais insistent sur une doctrine autorisant des frappes de faible intensité même en cas de pertes limitées à l’échelle d’un bataillon, selon des textes doctrinaux abaissant les seuils depuis 2017.
Pourtant, les faits montrent un décalage entre paroles et actes : après l’opération Sindoor, le Pakistan a cherché par des canaux détournés à apaiser la situation, suspendant même le débit des eaux du traité des eaux de l’Indus sans convaincre, subissant en retour des mesures économiques punitives. L’analyse de la tension par le quotidien Dawn souligne qu’aucune incursion terrestre n’a eu lieu, mais que le coût psychologique – radars mis hors service et vulnérabilités exposées – a entamé l’image d’invincibilité du Pakistan. Les observateurs internationaux, de la BBC au journal Le Monde, s’inquiètent des risques de mauvaise évaluation dans cette région sensible, évoquant entre 50 et 125 millions de morts potentielles dans différents scénarios, tout en saluant la gestion prudente des crises par les deux parties.