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Dans le contexte du conflit prolongé en Ukraine, le ministère indien de la Défense adopte une position prudente vis-à-vis de l’achat du chasseur furtif Su-57E russe. Toute transaction, y compris les précommandes, est désormais suspendue en attendant la fin de la guerre. Cette retenue s’explique par la crainte de déclencher des sanctions américaines sous le régime CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act), qui menaceraient l’approvisionnement en moteurs General Electric (GE) indispensables aux programmes indigènes Tejas Mk1A et Mk2.

Alors que la Force aérienne indienne (IAF) fait face à un effectif de squadrons historiquement bas, autour de 30 contre 42 prévus, une rupture des livraisons de moteurs risquerait de retarder l’intégration de nouveaux avions de combat de 5 à 6 ans — un délai que New Delhi juge inacceptable.

Depuis plusieurs mois, la Russie intensifie ses offres d’exportation pour la version internationale de son avion de 5e génération, proposant plus de 100 unités avec transfert technologique et production locale chez Hindustan Aeronautics Limited (HAL). Toutefois, en coulisses, la priorité de l’Inde demeure la protection de ses programmes nationaux, et toutes les discussions restent confidentielles, dans l’attente d’un possible accord de paix entre Moscou et Washington.

Le conflit ukrainien, qui entre dans sa quatrième année après l’invasion russe de 2022, a profondément modifié la donne géopolitique. L’Inde, liée depuis longtemps à la Russie, doit désormais équilibrer ses relations tout en développant des partenariats stratégiques avec les pays occidentaux.

La principale source d’inquiétude est la dépendance de l’écosystème aérien indien aux moteurs étrangers. Le Tejas Mk1A, essentiel pour combler le déficit actuel de la flotte, utilise les moteurs GE F404-IN20, dont les livraisons accusent déjà du retard en raison de problèmes dans la chaîne d’approvisionnement. Le modèle plus avancé Mk2 dépend du moteur F414-GE-INS6, nécessaire pour ses performances accrues et ses capacités multirôles. Selon des sources, l’acquisition de plateformes russes comme le Su-57E pourrait entraîner des sanctions secondaires américaines, poussant Washington à suspendre la fourniture de ces moteurs, ce qui serait un coup dur pour le programme Light Combat Aircraft (LCA).

« Remplacer les moteurs GE à court terme est impossible ; les alternatives nationales comme le moteur Kaveri sont encore en phase de développement, et se tourner vers d’autres fournisseurs étrangers demanderait une requalification complète », souligne un informateur proche du dossier. Avec le retrait progressif des MiG-21 et la fin programmée des Jaguar, l’IAF ne peut se permettre d’être ralentie davantage. Les récents engagements de GE, notamment un accord de décalage de production en septembre 2025 pour fabriquer localement des moteurs F414, illustrent les enjeux, avec plus de 80 avions Mk1A attendus d’ici 2028.

Cette prudence rappelle les craintes éprouvées lors de l’achat des systèmes S-400 en 2018, qui avaient été évitées de justesse grâce à des dérogations américaines, mais au prix d’une relation de confiance tendue. Après plus de trois ans de conflit en Ukraine, les analystes y voient un signe d’une réorientation stratégique indienne, favorisant des coopérations occidentales comme avec le Rafale plutôt que des investissements russes.

Le message du ministère indien de la Défense à Moscou s’inscrit en parallèle des discussions diplomatiques entre la Russie et les États-Unis sur une issue possible en Ukraine. Un cessez-le-feu pourrait lever les menaces de sanctions, rendant ainsi possibles des contrats comme celui du Su-57E. Ce dernier avait été promu avec insistance lors du salon Aero India 2025, avec des propositions de technologies telles que le moteur AL-51 et un radar AESA intégré. Lors des récents sommets, notamment celui des BRICS en octobre, Vladimir Poutine a réaffirmé son soutien au programme indien AMCA (Advanced Medium Combat Aircraft), en l’associant à des collaborations sur le Su-57.

Cependant, des sources internes à l’IAF expriment une préférence pour des solutions intermédiaires éprouvées, signalant des inquiétudes concernant la cadence de production du Su-57 et les retards dans la maturation de ses moteurs. La société russe United Aircraft Corporation vise actuellement une production annuelle de 20 à 24 appareils, mais les modèles d’exportation accusent du retard, le moteur AL-41F1 provisoire étant pointé du doigt pour ses compromis sur la furtivité.