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Dans un revirement majeur de sa stratégie d’armement aérien, l’Armée de l’air de l’Armée populaire de libération (PLAAF) semble réduire ses commandes du missile air-air à longue portée PL-15 au profit du PL-16 furtif émergent, selon les analyses de l’expert militaire chinois Wang Xiangsui. Cette évolution privilégie les performances accrues du PL-16, notamment sa portée et sa compatibilité avec les baies internes des plates-formes de cinquième génération comme le J-20 Mighty Dragon et le J-35A embarqué sur porte-avions, tandis que le PL-17 ultra-longue portée demeure réservé aux appareils plus anciens tels que le J-16 et le Su-30MKK.

Si Pékin n’a communiqué aucune explication officielle, des rumeurs dans les cercles de défense évoquent une fragilité révélée lors de l’Opération Sindoor en Inde : la capture quasi intacte de missiles PL-15E d’exportation sur des avions pakistanais abattus a permis à l’Organisme indien de recherche et développement pour la défense (DRDO) et à l’Armée de l’air indienne (IAF) d’analyser en détail cette technologie chinoise de tir et oubli.

Ce changement, d’abord signalé dans un numéro récent du China National Defense News et confirmé par Wang dans une série de publications sur Weibo, illustre une évolution doctrinale vers une guerre de « refus d’horizon », où la furtivité intégrée prime sur le simple volume de tirs. Dans un contexte de tensions persistantes le long de la Ligne de contrôle effectif (LAC), notamment avec des « verrouillages » récents de J-16 contre des appareils furtifs américains en mer de Chine orientale, ce choix tactique traduit la volonté de Pékin de préserver son avance qualitative dans la course aux missiles en Indo-Pacifique.

Le PL-15, en service depuis 2018 et exporté sous la version PL-15E au Pakistan, est longtemps considéré comme le missile de référence de la PLAAF pour les combats à longue distance, avec une portée cinématique de 200 à 300 kilomètres et une vitesse supersonique atteignant Mach 5 propulsé par un moteur à double impulsion.

Son chercheur radar actif et ses ailerons à poussée vectorielle créent des zones sans échappatoire pour des cibles stratégiques comme les AWACS ou ravitailleurs, comme l’ont montré des simulations contre des F-35 américains. Toutefois, ses dimensions (environ 4 mètres de long et 200 mm de diamètre) le rendent difficilement compatible avec les baies internes des chasseurs furtifs, ce qui contraint souvent à l’emporter sur des points durs externes, augmentant la traînée aérodynamique et la signature radar.

Le PL-16, en cours de production en série, se présente comme un missile à longue portée optimisé pour des opérations de furtivité « propres ». Sa portée effective pourrait atteindre 280 kilomètres en tir à haute altitude (11 500 mètres), avec un profil plus fin et une propulsion par statoréacteur pour un sprint terminal soutenu. Ce format le rend idéal pour les baies ventrales du J-20, pouvant embarquer 4 à 6 exemplaires, et les compartiments dorsaux du J-35A, facilitant des frappes rapides et furtives en espace contesté. Pour les avions non furtifs comme le J-16, le PL-17 se distingue : ce missile très volumineux (6 mètres) peut atteindre 300 à 400 kilomètres, conçu spécifiquement pour détruire les AWACS grâce à des trajectoires hautes et des phases hypersoniques.

Missile Longueur (m) Diamètre (mm) Portée (km) Vitesse (Mach) Plateformes principales Guidage/Propulsion
PL-15 ~4,0 200 200-300 5 J-10C, J-16, JF-17 Radar actif, moteur à double impulsion
PL-16 ~3,8 180 200-280 4+ J-20, J-35A Radar actif, statoréacteur assisté
PL-17 ~6,0 300 300-400 6+ J-16, Su-30MKK Inertiel + radar actif, moteur à propergol solide

Officiellement, les raisons de la PLAAF restent floues, évoquant éventuellement un réajustement budgétaire ou la maturation des technologies de statoréacteur. Mais le calendrier, à seulement quelques mois après l’Opération Sindoor, alimente les suspicions. Lors des affrontements indo-pakistanais en mai 2025, des Rafale et Su-30MKI de l’IAF ont abattu au moins quatre JF-17 Block III et un J-10CE, permettant de récupérer entre 12 et 15 missiles PL-15E quasi intacts dans les zones de Punjab et Rajasthan.

Ces « échantillons précieux », avec leurs capteurs et liaisons de données préservés, ont offert au complexe des missiles du DRDO à Hyderabad une occasion rare d’analyse approfondie, conduisant au développement de contre-mesures comme des brouillages à fréquence agile et des algorithmes de défaite cinématique.

« Le butin indien de Sindoor a levé le voile sur le PL-15, » commente le Group Captain retiré de l’IAF Ajay Ahlawat, faisant écho aux rapports sur les améliorations de l’Astra Mk-2 intégrant des suites ECCM dérivées du PL-15. Les forums chinois expriment une vive inquiétude, Wang Xiangsui suggérant que « l’exposition peut mener à l’obsolescence », justifiant ainsi la précipitation vers la technologie furtive du PL-16. De plus, l’audit post-conflit pakistanais, révélant un taux d’échec supérieur à 40 % des PL-15E face aux moyens de guerre électronique indiens, mine la confiance dans la variante d’exportation et exerce une pression indirecte sur les lignes de production chinoises.

Pour la PLAAF, cette réorientation annonce une flotte centrée sur la furtivité d’ici 2030, avec plus de 200 J-20 équipés de salves de PL-16 conçues pour défier les groupes aéronavals américains ou les AWACS indiens Phalcon. Néanmoins, cette transition révèle des limites : les Flankers, représentant 70 % des chasseurs chinois, dépendent toujours du PL-17 volumineux, dont l’encombrement limite à 2-4 missiles la charge utile par mission.