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Cochin Shipyard Limited (CSL), fleuron de la construction navale indienne, joue un rôle central dans la montée en puissance et la modernisation de la marine. Son président-directeur général, Madhu S Nair, a dévoilé des programmes ambitieux de rénovation des frégates de classe Brahmaputra, un chantier stratégique pour renforcer l’autonomie et la capacité de maintenance des forces navales indiennes.

CSL mène la rénovation des frégates Brahmaputra dans un contexte de forte montée des tensions maritimes

CSL s’impose comme un acteur clé du système de maintenance, réparation et révision (MRO) en Inde, un écosystème qui regroupe le chantier naval, la Marine, les entreprises publiques de défense et les fournisseurs privés. Comme l’a souligné Madhu S Nair, ce dispositif couvre désormais la quasi-totalité des plateformes navales, à l’exception des sous-marins, illustrant le renforcement de l’autonomie stratégique du pays en matière de soutien opérationnel.

Cette dynamique de modernisation intervient dans un contexte géopolitique tendu dans la région de l’Océan Indien, notamment après le succès de l’opération Sindoor en mai 2025, où les forces navales ont joué un rôle clé dans des frappes conjointes. Face à la fin de vie opérationnelle des frégates Brahmaputra, entrées en service dans les années 1990, CSL déploie des efforts pour prolonger leur durée d’utilisation grâce à des mises à niveau structurelles, des modernisations des capteurs et une amélioration des systèmes de propulsion. Cette rénovation vise à maintenir une capacité de combat efficace tout en maîtrisant les coûts par rapport à un remplacement complet.

Les trois frégates Brahmaputra (INS Brahmaputra, INS Betwa et INS Beas) constituent une colonne vertébrale du projet 16 de la Marine indienne. Armées de missiles Barak-1 et de missiles anti-navires Kh-35, elles ont toutefois souffert de nombreuses missions intensives, avec notamment un incendie à bord de l’INS Brahmaputra en 2024 révélant certaines lacunes en matière de maintenance. Le plan de révision à mi-vie de CSL, intégré dans un programme global de MRO évalué à 5 000 crores de roupies, intègre des systèmes développés localement comme le radar Revathi et les torpilles Varunastra, conformément à l’objectif d’« Atmanirbhar Bharat » qui promeut une localisation à hauteur de 70 %.

Des projets navals ambitieux et une augmentation significative de la production indigène

Outre la rénovation des Brahmaputra, CSL gère un carnet de commandes dynamique, reflétant une montée en puissance de la construction navale nationale. Au premier plan, le projet 28A porte sur huit corvettes anti-sous-marines pour opérations en eaux peu profondes (ASW-SWC), dont la classe Mahe, spécialement conçue pour la chasse aux sous-marins côtiers. Ces navires sont équipés de sonars à coque et de leurres anti-torpilles. Le sixième navire, l’INS Magdala, a été mis à l’eau le 18 octobre 2025, tandis que le premier bâtiment, l’INS Mahe, sera livré sous peu et mis en service en novembre. Selon Madhu S Nair, la procédure d’industrialisation intégrant les retours d’expérience permettra d’accélérer la cadence pour achever la flotte d’ici 2028.

Parallèlement, six navires lance-missiles de nouvelle génération (NGMV) de 900 tonnes, conçus pour la furtivité et armés de missiles BrahMos-NG en systèmes à lancement vertical, sont en phase avancée de conception et d’acquisition, avec la découpe des premières tôles prévue prochainement. La première livraison est attendue pour 2027. Ces plateformes sophistiquées, rapides et agiles, intègrent une forte composante locale et visent à renforcer la défense asymétrique des côtes face aux menaces régionales.

De la rénovation des frégates à la préparation du futur porte-avions : le rôle incontournable de CSL

CSL maîtrise également la maintenance des plus gros navires : l’année dernière, le chantier a signé un contrat majeur pour une courte remise à niveau de l’INS Vikramaditya, le seul porte-avions MiG-29K indien. Fort de plus de trois décennies d’expérience dans la gestion des porte-avions – d’INS Viraat à INS Vikrant – Madhu S Nair a rappelé que Cochin Shipyard est le seul chantier national capable d’assurer les opérations de MRO sur tous les types de plateformes navales indiennes, excepté les sous-marins.

Le futur grand défi consistera à construire le prochain porte-avions indigène (IAC-2). Enthousiaste, Nair a affirmé : « Nous serions extrêmement honorés et privilégiés de construire le prochain porte-avions. Nous espérons tirer pleinement parti de l’expérience acquise avec Vikrant et plus de 30 ans de travaux de maintenance navale… Nous attendons la décision du ministère de la Défense et serons prêts lorsque l’opportunité se présentera. » Ce nouveau porte-avions de 65 000 tonnes envisagé devrait être doté de catapultes électromagnétiques, intégrer des systèmes intelligents tels que la gestion des dégâts assistée par intelligence artificielle, ainsi que des zones dédiées aux drones sans pilote, s’appuyant sur les prototypes de navires autonomes développés en interne par CSL.