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La France prépare le lancement en 2026 d’une nouvelle flotte d’avions de patrouille maritime basée sur l’Airbus A321, dans le cadre du programme PATMAR Futur de la Direction générale de l’Armement (DGA). Ce nouvel appareil, équipé de capteurs développés par Thales, est destiné à remplacer l’Atlantique 2 de la Marine nationale et à renforcer les capacités de surveillance maritime.

Le gouvernement a inscrit dans le projet de loi de finances pour 2026 un budget de 2,96 milliards d’euros (Programme 146, ligne « ACT PATMAR FUTUR ») pour cette phase d’exécution, laissant cependant à venir les détails concernant le volume exact des commandes et le calendrier des livraisons. Airbus a obtenu, pour une période de 24 mois débutant en février 2025, un contrat visant à la réduction des risques et à la définition précise du projet. Le constructeur présente l’A321 MPA comme une « frégate volante » capable de mener des missions de guerre anti-sous-marine, de lutte anti-surface et d’intelligence, surveillance et reconnaissance (ISR), avec des essais en soufflerie pour optimiser la conception.

L’A321 MPA repose sur la structure éprouvée de l’A321XLR et intègre un ensemble complet de capteurs et de liaisons de données pour la surveillance maritime et la coordination des attaques. Parmi les éléments technologiques majeurs figurent :

  • un radar de recherche de surface AESA de dernière génération,
  • un système acoustique complet pour le traitement des sonobouées passives et actives,
  • un détecteur d’anomalies magnétiques (MAD) réintroduit pour la guerre anti-sous-marine terminale,
  • des dispositifs d’autoprotection avancés.

Le futur patrouilleur aérien pourra emporter des torpilles légères et le missile anti-navire FMAN, supporté par une soute à mission de grande capacité et par une architecture électronique ouverte.

Comparé à l’Atlantique 2 Standard 6, l’A321 MPA offrira un volume intérieur plus important, permettant d’accueillir davantage de consoles et d’équipements de mission. Sa capacité à embarquer des sonobouées, des torpilles et des missiles anti-navires sera supérieure, tout comme sa charge utile, favorisant ainsi son évolution future. Son rayon d’action sans ravitaillement devrait être au moins équivalent, avec des déplacements plus rapides à haute altitude vers des zones de patrouille éloignées. La suite de capteurs associe un radar AESA moderne, une électro-optique renouvelée, un traitement acoustique avancé, et maintient l’usage du détecteur MAD. Elle inclut également une avionique à architecture ouverte, des communications satellitaires et une connectivité multi-liaison.

La configuration des équipages sera adaptée pour des missions très longues, surpassant les limitations actuelles de l’ATL2 en termes d’espace cabine. Cette modernisation permettra une plus large couverture sensorielle par mission, plus d’armements disponibles sans nécessiter un réarmement immédiat, ainsi qu’une marge accrue pour des charges et logiciels supplémentaires. Les chiffres finaux concernant l’autonomie, la charge utile et la taille des équipages seront précisés lors de la finalisation de la configuration française.

Face au Boeing P-8A Poseidon, appareil actuellement en service dans plusieurs marines alliées, l’A321 MPA vise les mêmes types de missions : guerre anti-sous-marine, lutte anti-surface et ISR maritime. Le Poseidon, dérivé du 737, est largement éprouvé et dispose d’un soutien logistique mondial ainsi que d’un système robuste de déploiement de sonobouées. Il faut noter que la plupart de ses opérateurs ne disposent pas de détecteur MAD arrière, exception faite du P-8I indien.

Le projet français prévoit un radar AESA de recherche de surface, un ensemble acoustique complet et le maintien du MAD, profitant de la cabine spacieuse et de l’autonomie étendue de l’A321XLR pour loger les consoles et offrir un potentiel d’évolution important. En résumé, tandis que le P-8A est une solution lourde reconnue et éprouvée, l’A321 MPA se positionne comme une alternative européenne ouverte, intégrant le MAD et bénéficiant de la capacité de charge et de l’autonomie de la plateforme XLR, en attente des chiffres définitifs français.

Le lancement commercial de l’A321XLR prévu en novembre 2024 fournit une base solide pour la militarisation de la cellule et des systèmes de propulsion. La large diffusion mondiale de la famille A320 facilite l’accès aux pièces détachées et réduit les coûts d’entretien sur le long terme, un avantage souvent négligé lors des comparaisons avec des plateformes plus spécialisées.

Opérationnellement, les priorités restent la surveillance des zones stratégiques liées à la Force océanique stratégique (FOST), la sécurisation des approches de la base navale de Lann-Bihoué, ainsi que la protection anti-sous-marine des groupes porte-avions et amphibies. Des missions secondaires impliquent la surveillance des pêches et les opérations de recherche et sauvetage (SAR) à longue portée dans les zones économiques exclusives (ZEE) ultramarines. Les profils de vol alterneront entre le transit à haute altitude et des segments à basse altitude pour le déploiement des sonobouées, suivis d’interventions avec le MAD et les torpilles, tout en maintenant une connectivité via des liaisons de données et des communications satellitaires. La Marine nationale prévoit également la capacité d’embarquer des équipages renforcés pour des missions de longue durée.

Airbus, en tant que maître d’œuvre principal, et Thales, responsable des capteurs et systèmes de mission, mèneront la définition détaillée du programme entre 2025 et 2027, incluant des essais en soufflerie. Une transition vers la phase de production avec un standard évolutif est programmée à l’issue de cette période. Le budget inscrit en 2026 encadre cet effort, la négociation des phases ultérieures et de la mise en place des infrastructures restant à conduire.

Cette modernisation de la flotte de patrouille s’inscrit dans un contexte de compétition accrue dans le domaine sous-marin, notamment en Atlantique Nord, en Méditerranée orientale et dans la région indopacifique. Alors que plusieurs alliés ont choisi le P-8A pour assurer leur interopérabilité au sein de l’OTAN, la France privilégie une solution européenne pour préserver son autonomie opérationnelle et la maîtrise logicielle, dans une capacité couvrant la dissuasion, la présence et l’interdiction maritime.

Les perspectives d’exportation à court terme restent incertaines en raison de la popularité établie du Poseidon, mais une alternative européenne consolidée pourrait influencer certaines décisions à moyen terme.

Erwan Halna du Fretay