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L’armée américaine adapte actuellement ses brigades de combat (BCT) aux nouveaux modes de guerre observés dans des conflits récents comme la guerre en Ukraine, avec un accent particulier sur l’emploi massif des drones et la guerre électronique. Cette modernisation concerne aussi bien les brigades blindées (Armored Brigade Combat Teams, ABCT) que les unités d’infanterie (Infantry Brigade Combat Teams, IBCT).

Dans le cadre de l’initiative « Transforming in Contact » (TIC), les IBCT doivent être largement transformées en Mobile Brigade Combat Teams (MBCT) au cours des deux prochaines années. Cette évolution implique notamment l’équipement avec le M1301 Infantry Squad Vehicle (ISV), un véhicule léger et mobile basé sur le châssis du pick-up Chevrolet Colorado ZR2. Conçu pour transporter un groupe d’infanterie de neuf soldats ou une charge utile de 1 500 kilogrammes, ce véhicule non protégé vise à accroître la mobilité des forces au sol.

Le M1301 ISV : un véhicule léger pour les brigades mobiles

Pesant à vide 2,2 tonnes, l’ISV peut être transporté par air, accroché à l’extérieur d’un hélicoptère UH-60 Black Hawk ou à l’intérieur d’un CH-47 Chinook. Il permet aux troupes d’être déployées en dehors des défenses ennemies et de progresser jusqu’à 80 kilomètres vers l’objectif. L’armée insiste toutefois sur le fait qu’il s’agit d’un véhicule de transport et non d’un engin de combat.

Au contact initial avec l’ennemi, détecté en amont par des drones, les soldats doivent descendre du véhicule pour engager le combat à pied en terrain maîtrisé. Pour renforcer les capacités de reconnaissance et de frappe, toutes les BCT seront bientôt dotées de compagnies multifonctions de reconnaissance et de combat électronique, dont l’organisation finale est encore en cours de définition.

Moins d’obus d’artillerie, plus d’efficacité grâce aux drones

Les bataillons d’artillerie, jusque-là intégrés aux BCT, sont désormais rattachés au niveau divisionnaire. Leur coordination avec les drones doit améliorer la précision et l’impact des tirs. À titre d’exemple, lors d’un exercice récent au centre multinational de préparation de Hohenfels (Allemagne), la 3e brigade de la 10e division de montagne a signalé que 90 % des tirs d’artillerie étaient dirigés par des drones. Malgré une réduction de 50 % du nombre d’obus tirés, l’effet au sol a été multiplié par trois.

Dans le cadre de l’initiative TIC, les brigades bénéficient aussi de capacités accrues en guerre électronique. Les exercices soulignent l’importance d’adapter l’émission électromagnétique aux environnements variés. Par exemple, la 2e brigade de la 25e division d’infanterie a pu se dissimuler efficacement dans le contexte dense en signaux de l’île d’Oahu à Hawaï, tandis que des opérations dans la zone rurale de Luzon, aux Philippines, ont nécessité la mise hors service de nombreux équipements pour éviter toute détection.

Après l’infanterie, focus sur les brigades blindées

Après une première phase centrée sur les IBCT, l’initiative « TIC 2.0 » étend son objectif aux brigades blindées (ABCT) et aux forces divisionnaires. La 2nd ABCT de la 1st Cavalry Division se prépare actuellement à une rotation au National Training Center de Fort Irwin (Californie). Le scénario prévoit de neutraliser trois brigades ennemies en 24 à 48 heures, tout en évitant un engrenage statique du combat lié à l’usage massif des drones, tel qu’observé en Ukraine.

Ce concept repose sur trois vagues successives de feu et de manœuvre : une première phase de reconnaissance, puis du tir de suppression et de destruction, et enfin la neutralisation complète de l’adversaire. Lors de sa propre rotation au NTC, la 1st ABCT de la 1st Armored Division a combiné les capacités de sa compagnie multifonctionnelle de reconnaissance, la guerre électronique, les drones et l’appui des mortiers afin d’obtenir un percée décisive et la victoire sur l’adversaire simulé.

La 1st Armored Division a récemment testé la mitrailleuse M134 Minigun sur le char M1 Abrams, destinée à la défense contre les drones.
La 1st Armored Division a récemment testé la mitrailleuse M134 Minigun sur le char M1 Abrams, destinée à la défense contre les drones. (Photo : U.S. Army)

Artillerie divisionnaire et impression 3D de drones pour renforcer les capacités

Les capacités essentielles sont également fournies par l’artillerie divisionnaire, composée d’un bataillon de lance-roquettes multiples HIMARS et de trois bataillons mixte d’artillerie tube et roquettes, ainsi que par la brigade d’hélicoptères divisionnaire. Par ailleurs, deux types d’organisation pour les compagnies blindées et mécanisées sont testés pour intégrer simultanément drones, défense anti-drones multicouche, guerre électronique embarquée et robots dédiés au franchissement.

À l’avenir, la production même des drones pourrait être maîtrisée directement par les unités au sol. Le général de division Charles Lombardo, commandant de la 2nd Infantry Division, a déclaré que les chefs de unités devront se préparer à fabriquer des centaines voire des milliers de drones par impression 3D au quotidien. Cette capacité permettra d’améliorer la protection et la réactivité des forces, en particulier au sein des formations mécanisées exposées à une menace permanente.

Dispersion tactique et allongement du temps d’entraînement

Le grand nombre de véhicules composant une brigade blindée offre d’importantes ressources en énergie pour alimenter les nombreux équipements électriques et électroniques embarqués. Cependant, cette massification engendre aussi de lourdes exigences en matière de maintenance et de logistique, dont les centres névralgiques deviennent des cibles vulnérables pour les drones omniprésents. Selon plusieurs doctrines, les postes de commandement doivent être réduits et dispersés afin de limiter leur détectabilité et leur destruction.

C’est pourquoi une meilleure dispersion des forces à tous les niveaux est mise en avant. Selon un dicton de la 1st Armored Division, si l’on peut se passer un ballon de football d’un véhicule à un autre, c’est que ces derniers sont trop rapprochés. Ces évolutions tactiques nécessitent également davantage de temps de préparation et de répétitions. Le 1st ABCT de la division, avant sa rotation au NTC, a passé 30 jours en garnison à s’approprier les nouvelles structures et moyens, suivis de 45 jours d’exercices sur le terrain.

Stefan Axel Boes