La Force aérienne suédoise a officiellement réceptionné son premier chasseur multifonction Saab Gripen E lors d’une cérémonie tenue le lundi 20 octobre à la base aérienne F 7 de Skaraborg, principal centre de conversion et de formation au Gripen près de Lidköping.
Les Forces armées suédoises ont qualifié cet événement de « étape majeure dans le développement de la défense nationale », fruit de plusieurs décennies de collaboration étroite entre l’armée, l’Administration suédoise du matériel de défense (FMV) et Saab.
« Le Gripen E renforce notre capacité de défense nationale pour faire face aux menaces futures aux côtés de nos alliés. Il reste une source de grande fierté pour nous », a déclaré le général Michael Claesson, chef d’état-major de la Force aérienne.
Ce premier appareil fait partie d’une commande de 60 avions passée en 2013 entre la FMV et Saab, d’une valeur d’environ 47 milliards de couronnes suédoises (4,2 milliards de dollars). Les livraisons se poursuivront jusqu’à la fin de la décennie et permettront le remplacement progressif de l’ancienne flotte de Gripen JAS 39C/D, qui a constitué la colonne vertébrale de la chasse suédoise pendant près de vingt ans.
La Suède devient ainsi la première force aérienne européenne à intégrer le Gripen E, avant sa mise en service opérationnel complète prévue en 2027. Micael Johansson, président et directeur général de Saab, a qualifié cet événement de « moment décisif pour la défense suédoise et pour le rôle à long terme de Saab en tant que constructeur aéronautique européen ».
Les apports du Gripen E à la puissance aérienne suédoise
Tout en conservant le design delta-canard compact et la maniabilité multimission propres à la famille Gripen, le Gripen E représente un saut technologique important par rapport aux versions C/D.
Le colonel Mattias Ottis, commandant du groupement aérien de Skaraborg, souligne que « le Gripen E est un système entièrement nouveau, conçu pour répondre aux exigences futures en termes de survie, de rayon d’action, de capteurs et de coopération ».
Bien que les pilotes habitués aux Gripen C/D retrouveront une certaine familiarité dans la prise en main et l’agilité de l’appareil, Ottis précise que le Gripen E impose une nouvelle approche dans la prise de décision en cockpit grâce à sa fusion avancée des capteurs et à son intégration d’armes plus poussée.
Les améliorations clés du Gripen E comprennent :
- Motorisation et performances : Le nouveau réacteur General Electric F414-G génère 25 % de poussée supplémentaire par rapport au moteur RM12, améliorant la vitesse de montée, l’accélération et la performance en haute altitude.
- Rayon d’action et autonomie : Une capacité accrue en carburant interne porte le rayon de combat à environ 1500 km (800 milles nautiques), soit environ 40 % de plus que les versions antérieures.
- Avionique avancée : Le radar AESA Raven ES-05 et le système infrarouge Skyward-G offrent une conscience situationnelle à 360° et permettent le suivi des cibles dans un environnement contesté.
- Guerre centrée sur le réseau : L’ordinateur de mission et l’architecture avionique ouverte facilitent les mises à jour logicielles rapides et l’intégration avec les liaisons de données de l’OTAN et des partenaires.
- Compatibilité armement élargie : Autorisation à l’emploi des missiles Meteor BVRAAM, IRIS-T, AIM-9X, des bombes guidées JDAM ainsi que des futures munitions longue portée.
- Capacité de survie : Une suite électronique intégrée comprenante des détecteurs d’alerte radar digitaux, des brouilleurs actifs et des leurres traînés permet de contrer les menaces sol-air avancées.
- Interface pilote : Un grand écran tactile et un système de visée monté sur casque offrent un contrôle intuitif et accélèrent la prise de décision dans les missions complexes.
Ces avancées combinées font du Gripen E une plateforme multimission moderne, capable d’assumer des rôles de supériorité aérienne, d’attaque de précision et de guerre électronique, le tout avec un coût d’exploitation nettement inférieur à celui des chasseurs de cinquième génération.
La Suède prévoit d’intégrer les 60 Gripen E d’ici 2030, répartis sur les bases de première ligne comme les F-7 Skaraborg, F-17 Kallinge et F-21 Luleå. La première unité opérationnelle engagée dans la conversion a déjà commencé à entraîner pilotes et personnels au sol, tandis que Saab et la FMV poursuivent la validation des systèmes et l’intégration des armements.
La capacité opérationnelle initiale (COI) est attendue pour la fin 2026 ou début 2027, suivie de la capacité opérationnelle pleine (COP) après la livraison de la majeure partie de la flotte. À la différence des transitions précédentes, comme celle du Viggen au Gripen, la Force aérienne suédoise exploitera simultanément les versions C/D et E du Gripen durant plusieurs années. Le Gripen E prendra progressivement en charge les missions de première ligne au fur et à mesure des livraisons et de la validation des tactiques et systèmes.
La Force aérienne insiste sur le fait que le Gripen E a été conçu pour opérer dans un « environnement contesté », un espace aérien où la liberté de mouvement n’est plus assurée. Contrairement aux générations précédentes opérant depuis des bases sûres, le Gripen E peut se disperser, décoller depuis des pistes courtes ou des routes, et fonctionner efficacement face à des brouillages électroniques ou une surveillance hostile.
Les réseaux de commandement terrestres seront également modernisés pour tirer pleinement parti des capacités en réseau du Gripen E, permettant l’échange de données en temps réel entre chasseurs, plateformes d’alerte avancée aéroportées et unités de défense aérienne.
Le Gripen E : un atout mondial pour Saab en matière d’exportation
La livraison du premier Gripen E à la Suède stimule les ambitions d’exportation de Saab pour ce chasseur de nouvelle génération. La société a déjà signé des commandes confirmées avec le Brésil et la Thaïlande, tandis qu’un accord est en cours avec la Colombie. Au total, ces contrats confèrent au programme Gripen E/F une crédibilité internationale en tant qu’alternative rentable et performante face aux avions occidentaux plus lourds.
Le Brésil est devenu le premier client étranger du Gripen E/F via un contrat signé en 2014 portant sur 36 appareils, comprenant 28 monoplaces E et 8 biplaces F, localement désignés Gripen E ou F-39. L’assemblage est réalisé dans les installations d’Embraer à Gavião Peixoto, où ingénieurs et pilotes brésiliens bénéficient d’une vaste formation et d’un transfert de technologie.
La dernière avancée export remonte à août 2025, lorsque la Thaïlande a conclu un accord pour l’acquisition de quatre Gripen E/F – trois monoplaces E et un biplace F – d’une valeur d’environ 5,3 milliards de couronnes suédoises (390 millions de livres sterling). La livraison est prévue entre 2025 et 2030, avec des options pour un total pouvant atteindre 12 avions.
Plus à l’ouest, la Colombie a annoncé en avril 2025 sa sélection du Gripen E/F pour remplacer sa flotte vieillissante d’IAI Kfir israéliens. Le contrat, évalué autour de 2 milliards d’euros pour 16 à 24 avions, est encore en négociation mais représente un positionnement stratégique pour Saab en Amérique latine, au-delà du Brésil.
Si ces clients donnent un élan significatif au programme, Saab continue de prospecter de nouveaux marchés. Le constructeur fait activement la promotion du Gripen E/F auprès des membres de l’OTAN en Europe de l’Est, où l’interopérabilité, la capacité de fonctionnement sur pistes courtes et le coût d’exploitation modéré séduisent. Des intérêts sont également évoqués au Pérou, aux Philippines et même au Canada.
Les dirigeants de Saab affirment que l’adoption du Gripen E par la Suède sert de preuve de maturité technologique, renforçant son attractivité à l’export.
Cependant, certains défis subsistent. Il reste crucial d’établir des réseaux locaux de maintenance et de support logistique pour assurer la pérennité des flottes hors Scandinavie, tandis que le financement et le contexte politique demeurent facteurs déterminants dans plusieurs marchés.
Malgré cela, le compromis entre un prix concurrentiel, une technologie avancée des capteurs et une architecture logicielle ouverte positionne le Gripen E/F comme une alternative sérieuse dans le segment des chasseurs globaux, particulièrement pour les forces aériennes recherchant des capacités proches de la cinquième génération à un coût plus raisonnable.