Le Tejas MkII se positionne comme un avion de chasse de transition majeur entre la version Mk1A et le futur AMCA, incarnant une plateforme « génération 5-moins » dotée de technologies avancées. Ce nouvel appareil moyen-masse vise à renforcer les capacités aériennes de l’Inde tout en préparant le terrain pour l’arrivée d’un chasseur de 5e génération véritable.
Un haut responsable de l’Armée de l’air indienne (IAF) a récemment souligné le rôle clé du Tejas MkII dans l’évolution aéronautique nationale. Classé comme un chasseur moyen poids (MWF), ce biréacteur de 18 tonnes partage peu de points communs avec le plus léger Mk1A, mais présente en revanche une forte parenté technologique avec l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), un chasseur de 5e génération en développement. Connu sous l’appellation provisoire LCA-AF MkII dans la force aérienne (bien que Hindustan Aeronautics Limited préfère l’appellation MWF), cet appareil gardera ce nom jusqu’à son induction officielle, moment où un nom officiel reflétant son importance sera attribué.
Une génération 5-moins proche de l’AMCA
Grâce à des capteurs et une avionique largement inspirés du programme AMCA, le Tejas MkII se positionne comme un avion de 5e génération, ou « 5-minus », rivalisant, voire surpassant le Rafale dans plusieurs domaines clés. Loin d’être un simple Mk1A amélioré — bien qu’il reprenne la cellule et intègre désormais des plans canard — ce chasseur se rapproche en réalité d’un AMCA dépourvu de furtivité complète. L’IAF prévoit une commande initiale de 120 exemplaires, destinée à monter à environ 210 unités d’ici 2040. Ces appareils remplaceront progressivement les MiG-29UPG, Jaguar et Mirage 2000, garantissant une modernisation progressive riche en technologies issues du programme AMCA.
Une montée en gamme significative
Issu du programme Light Combat Aircraft (LCA) des années 1980, le Tejas a jusqu’ici été un chasseur léger de 13,5 tonnes (Mk1A) équipé de moteurs General Electric F404. Avec 83 exemplaires commandés et une première expérience opérationnelle validée, ses limites en charge utile et autonomie ont conduit au développement du MkII. Le LCA-AF MkII atteint désormais 18 tonnes en poids maximal au décollage, s’alignant sur le segment des chasseurs moyens comme le F/A-18 Super Hornet. Sa cellule allongée lui permet notamment d’emporter une charge utile de 6,5 tonnes et d’atteindre des rayons d’action dépassant les 3 500 km en configuration ferry.
Le maintien du nom LCA-AF MkII par l’IAF traduit une volonté de continuité facilitant l’adhésion politique et budgétaire dans le cadre de la politique Atmanirbhar Bharat (auto-suffisance indienne). Hindustan Aeronautics Limited insiste quant à lui sur la maturité structurelle du concept MWF. Le premier vol est prévu à la fin de 2026, avec une certification opérationnelle complète en 2029, puis une production en série dès 2031. Ce programme, valorisé à plus de 1,07 lakh crore de roupies, sera réalisé sur les sites HAL de Nashik et Bengaluru, créant un écosystème capable d’intégrer parallèlement les prototypes AMCA, espérés pour 2028.
Différences fondamentales avec le Mk1A
Malgré des ressemblances visibles, le Tejas MkII partage moins de 20 % de composants communs avec le Mk1A, notamment pour tenir compte de son rôle de chasseur plus lourd. La conception compacte du Mk1A est adaptée aux missions de type Quick Reaction Alert (QRA), tandis que la structure renforcée du MkII requiert de nouveaux outillages pour la fabrication des réservoirs, des bras d’atterrissage, et intègre des plans canard pour améliorer la stabilité et la maniabilité à 9g. Cette évolution, qui pourrait être perçue comme une simple mise à niveau du Mk1A, cache en réalité un ADN directement issu de l’AMCA : baies avioniques modulaires, bus de données et architecture logicielle communes qui permettent de réduire les coûts d’intégration de 25 à 30 % à l’échelle de la flotte.
« La quasi absence de compatibilité avec le Mk1A évite de lourds héritages et permet un transfert direct de technologies AMCA pour la fusion des capteurs et l’autonomie pilotée par intelligence artificielle », souligne un responsable. Cette interopérabilité facilite des tactiques combinées où les MkII assurent des missions SEAD (Suppression of Enemy Air Defenses) pour couvrir les frappes discrètes des AMCA, doctrine récemment validée lors d’exercices militaires.
Technologie radar et systèmes embarqués
Ce qui confère au Tejas MkII son statut « 5-minus », positionné entre les générations 4,5 et 5 complètes, est sa suite avionique quasi identique à celle de l’AMCA, à l’exception des entrées d’air supersoniques sans dérivation (Diverterless Supersonic Inlets) et des revêtements absorbants radars. Son radar Uttam AESA à base de GaN, doté de plus de 900 modules émetteurs/récepteurs, offre une portée de détection de 300 km ainsi qu’un suivi multi-cibles supérieur au radar RBE2 du Rafale, notamment en agilité de faisceau et en résistance au brouillage ECM.
Assisté d’un système de contrôle de vol triplex fly-by-wire et d’un pod IRST (recherche et poursuite infrarouges), l’avion combine les informations provenant d’une couverture électronique complète à 360° (EW), ainsi que des liaisons de données extérieures, le tout dans une architecture favorisant la guerre en réseau.
Mises à jour futures et perspectives
Les futures améliorations issues du programme AMCA, telles que des calculateurs de mission pilotés par IA et des affichages tête haute holographiques, feront leur apparition sur le MkII. Ces nouveautés dépasseront la suite Spectra du Rafale en matière de guerre électronique adaptative, tout en offrant une signature radar et infrarouge réduite comparable. Propulsé par un moteur GE F414-INS6, avec option de poussée vectorielle, l’appareil adopte une architecture ouverte favorisant l’intégration facile de nouvelles technologies, de la munition hypersonique à l’arme à énergie dirigée, garantissant sa pertinence jusqu’en 2050.
Un plan d’acquisition pragmatique
L’IAF prévoit une commande initiale de 120 Tejas MkII dans le cadre d’un premier accord pour une escadrille, suivie d’une commande supplémentaire pouvant atteindre 90 unités, totalisant ainsi environ 210 appareils d’ici 2040. Ce remplacement vise les 60 MiG-29UPG Fulcrum (réformés d’ici 2035), 120 Jaguar (retirés massivement après 2030), et 50 Mirage 2000 (en fin de cycle de vie), permettant le maintien de 11 escadrilles sans augmenter le déficit actuel de 42 escadrilles. Évalué entre 70 000 et 80 000 crore de roupies, l’approvisionnement s’étalera sur six livraisons annuelles. Des exportations potentielles vers des partenaires comme l’Arménie ou le Vietnam pourraient rajouter plus de 100 unités supplémentaires.