Le Defence Research and Development Organisation (DRDO) incarne l’avant-garde de la révolution furtive en Inde, combinant les progrès dans les matériaux absorbants radar (RAM) et la suppression infrarouge (IR) pour contourner la détection accrue dans les spectres radiofréquence, infrarouge et visible. Face à l’équipement en chasseurs furtifs J-20 déployés par la Chine le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC), le programme pluridisciplinaire du DRDO, soutenu par un investissement de 15 000 crores de roupies dédié à l’AMCA, intègre façonnage 3D, RAM haute température, dispositifs de furtivité plasma aux entrées d’air, et gestion des signatures IR pour concevoir des plateformes à faible observabilité.
Présentées lors du salon Aero India 2025 avec une maquette grandeur nature de l’AMCA, ces technologies visent à obtenir des sections radar (RCS) inférieures à 0,01 m² ainsi qu’une signature thermique mimant le fond ambiant, assurant la discrétion des futurs chasseurs de cinquième génération indiens dans des espaces aériens contestés. Les prototypes devraient voler d’ici 2028. Par ces efforts, le DRDO équipe non seulement l’Indian Air Force (IAF) mais place aussi l’Inde comme un futur exportateur de technologies furtives, alliant innovation locale et standards internationaux.
Au cœur de la furtivité se trouve le RAM, conçu pour absorber les ondes radar plutôt que les refléter. Le Research Centre Imarat (RCI) de Hyderabad a finalisé un logiciel national de prédiction RCS permettant d’optimiser le façonnage des plateformes et le déploiement des RAM sur la structure facettée de l’AMCA.
Ces matériaux innovants, élaborés à partir de mousses imprégnées de nanotubes de carbone, atteignent une absorption de 90 % dans la bande X, réduisant la RCS jusqu’à 95 % par rapport aux composites classiques. Les versions haute température repoussent les limites en résistant à des flux d’échappement à 1 200°C sans dégradation. Développés au Defence Metallurgical Research Laboratory (DMRL), ces RAM en matrice céramique recouvrent les nacelles moteurs et les bords d’attaque des ailes, essentiels pour permettre un super-croisière à Mach 1,8 prolongé. Intégrés aux essais du Tejas MkII, ces matériaux préparent l’arrivée des prises d’air à géométrie variable sur l’AMCA, domaine où les signatures thermiques avaient jusque-là compromis la furtivité.
La détection infrarouge, via missiles à guidage thermique ou capteurs satellitaires, constitue un point faible majeur de la furtivité. Le DRDO répond avec ses systèmes de suppression de signature IR (IRSS). Le Naval Science and Technological Laboratory (NSTL) conduit ces développements, exploitant des dispositifs de suppression par turbine à gaz qui mélangent de l’air refroidi aux flux d’échappement, diluant la signature thermique dans les longueurs d’onde 8-14 μm jusqu’à 80 %. Pour l’AMCA, cette technologie évolue vers des chambres de mélange pour la bande 3-5 μm utilisant des additifs chimiques, rendant le rayonnement moteur indiscernable des formations nuageuses.
Des revêtements suppressifs de rayonnement thermique, sous forme de tissus conducteurs multifonctions développés par le Defence Materials and Stores Research and Development Establishment (DMSRDE), couvrent les fuselages et réduisent la signature IR de 97 %. Initialement conçues pour la marine, ces couches de métamatériaux appliquées par dépôt en aérosol atténuent également les reflets visibles, créant un effet « caméléon » sur plusieurs longueurs d’onde.
La géométrie est l’architecte silencieux de la furtivité. Le façonnage 3D du DRDO exploite la dynamique des fluides numérique pour concevoir des entrées d’air serpentines et des empennages inclinés, déviant les ondes radar hors des lignes de visée des émetteurs adverses. L’Aeronautical Development Agency (ADA) applique une intelligence artificielle pour optimiser ces facettes sur les prototypes AMCA. Ces configurations validées en chambre anéchoïque obtiennent une RCS inférieure à 0,005 m² avec un angle de 30° hors axe.
Les bords d’attaque des ailes à faible RCS intègrent des structures absorbantes radar (RAS) composées de composites en nid d’abeilles incrustés de ferrites, qui réduisent les retours radar sur ces zones critiques. Par ailleurs, la technologie de furtivité plasma injecte des flux gazeux ionisés devant les prises d’air, formant une « cape » dynamique qui disperse l’énergie radiofréquence sans pénalité aérodynamique ni traînée supplémentaire. Le dispositif plasma développé par GTRE, testé en soufflerie, offre une absorption large bande jusqu’à la bande Ku, avec une consommation électrique inférieure à 10 kW, adaptable aux versions furtives du missile BrahMos.
L’approche globale du DRDO combine ces innovations à la suppression de signature de panaches d’échappement et à des absorbeurs d’énergie électromagnétique, où les peaux d’avion jouent aussi le rôle d’antennes permettant de rediriger les impulsions électromagnétiques. Pour l’AMCA, cela se traduit par des revêtements RAS capables de gérer simultanément les signatures radar et IR, avec plus de 85 % de contenu local fourni par une cinquantaine de fournisseurs indiens.
Les défis techniques restent : résistance des RAM haute température dans des flux hypersoniques, consommation énergétique des dispositifs plasma. Toutefois, avec un budget furtivité annuel de 2 000 crores de roupies, renforcé par des partenariats public-privé incluant Tata-DRDO, le rythme des avancées s’accélère. Sur le plan export, des kits IRSS intéressent déjà le Vietnam tandis que la technologie plasma suscite des projets pour les drones du Quad.