La France, initialement engagée à commander cinquante avions de transport Airbus A400M « Atlas », avait vu ce nombre réduit à « au moins » trente-cinq exemplaires dans la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030. Cette révision suscitait des inquiétudes quant à l’avenir de la production de cet appareil, en raison d’un plan de charge industrielle insuffisant.
« Pour nos besoins militaires, la Force aérienne et spatiale estime actuellement que trente-cinq avions sont suffisants pour accomplir la majorité des missions », expliquait en mai 2023 Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, devant le Sénat. Cependant, ce chiffre n’était pas définitif. « Quand je parle de ‘base’, cela signifie que lors des révisions que je vous propose, il s’agira évidemment de se demander s’il faut augmenter ce nombre ou non », ajoutait-il, en invitant Airbus à « étudier de près les perspectives à l’export ».
Le général Stéphane Mille, ancien chef d’état-major de la Force aérienne et spatiale (CEMAAE), avait auparavant souligné que la flotte de trente-cinq A400M permettrait, en matière de transport tactique, de déplacer cinq fois plus de cargaisons avec deux fois moins d’appareils qu’en 2012. L’A400M, par sa taille, représente une solution intermédiaire adaptée aux besoins en temps de paix et aux exigences maximales des réponses nationales aux urgences (ENU). « Soit on pousse davantage pour être totalement autonome, ce qui serait excessif au quotidien, soit on réduit trop, ce qui rendrait impossible la gestion des urgences », expliquait-il.
Pour certains observateurs, cette réduction du nombre d’appareils renouvelait le risque d’insuffisance face à l’accroissement des déploiements extérieurs et aux évolutions des contrats opérationnels de la Force aérienne et spatiale. « Cela conduira probablement à une augmentation de la taille de la force nationale renforcée du palier d’urgence (ENU-R), ainsi que de sa capacité de projection. Or seuls les A400M peuvent répondre à ce besoin de portée stratégique grâce à leur capacité de charge utile », soulignait le député Frank Giletti (Rassemblement National), rapporteur du programme 178 « Préparation des forces aériennes ».
Les récents développements donnent raison à cette analyse, notamment alors que de nouvelles missions sont envisagées pour l’A400M Atlas. L’an dernier, le général Jérôme Bellanger, nouveau CEMAAE, évoquait les tensions observées en Nouvelle-Calédonie comme source de réflexion sur les moyens permanents nécessaires pour gérer ce type de crise, estimant que « nous avons frôlé le désastre ». Il confirmait son objectif d’atteindre trente-sept à trente-huit appareils d’ici 2028, « afin de disposer d’une capacité projetée quasi permanente à l’étranger ».
Ce souhait commence à se matérialiser puisque le nombre d’A400M prévu dans le projet de loi de finances et la gestion 2024 (PLRG) a discrètement été relevé à « au moins trente-sept avions » en avril dernier. Pour assurer la pérennité des lignes de production d’Airbus, la France et l’Espagne ont par la suite signé une lettre d’intention conjointe avec Airbus et l’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR), prévoyant l’anticipation de la livraison de quatre appareils supplémentaires pour la France et de trois pour l’Espagne entre 2028 et 2029.
Dans le numéro 500 de la revue Air Fan, le général Bellanger a salué cet accroissement de la flotte, initialement fixé à trente-cinq avions dans la LPM puis porté à trente-sept, avec des livraisons prévues jusqu’en 2028. Il insistait cependant sur le fait que « la versatilité du A400M ne signifie pas son omniprésence, ce qui fait que la question de la quantité reste une préoccupation majeure ».
Pourtant, un format de trente-sept exemplaires reste insuffisant si le A400M se voit confier des tâches complémentaires dans les domaines de la guerre électronique, du renseignement, de la saturation d’armes et des attaques à longue portée, comme l’a précisé le CEMAAE. La décision de commander quatre appareils supplémentaires s’en explique donc.
Celle-ci est confirmée dans le Plan Annuel de Performance (PAP) du programme 146 « Équipement des forces », récemment publié par le ministère des Comptes publics. La LPM 2024-2030 prévoit une flotte d’au moins 35 A400M en 2030, tandis que l’accord global a relevé l’objectif à au moins 37 appareils livrables fin 2028. À la suite de la signature d’une lettre d’intention en 2025, lors du Salon aéronautique de Paris, la cible a été portée à 41 avions pour 2029, conformément au document officiel.
Cette révision à la hausse du plan de commande devrait notamment permettre au Groupe aérien mixte 56 Vaucluse, du Service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), de remplacer son C-130H Hercules. La version de l’A400M destinée au GAM 56 sera équipée d’une boule optronique L3Harris MX-20 EO/IR capable de fournir des images haute définition jour/nuit en vol, ainsi qu’un désignateur laser. Ce système intègre jusqu’à sept capteurs EO/IR, un télémètre laser, un suiveur automatique et la transmission en temps réel vers une station terrestre via un lien satellite (Satcom).
Par ailleurs, si la Force aérienne et spatiale bénéficiera de quatre A400M supplémentaires, elle devra accepter une réduction des C-130H Hercules modernisés, seulement six exemplaires sur quatorze actuellement en service devant être remis à niveau. Cette décision s’explique par la volonté de l’état-major de l’armée de prévoir anticipativement le retrait de ce type d’appareils.
En effet, le PAP du programme 146 précise que « le calendrier des commandes et des livraisons pour la modernisation du C-130 prend en compte la fin de carrière du C-130H dans ce programme de rénovation (seulement six appareils modernisés par l’OACI et aucune modernisation du COS au-delà du premier appareil commandé) ».
Laurent Lagneau