La Défense indienne franchit une étape majeure dans l’autonomie de sa filière aéronautique militaire avec l’attribution par le DRDO, via son Centre de Certification et Homologation Militaire (CEMILAC), d’une Lettre d’Acceptation Technique (LoTA) à PTC Industries. Cette approbation concerne le développement et la production d’un composant stratégique en titane, la racine de dérive arrière, destinée au programme ambitieux de l’Avion de Combat Moyen Avancé (AMCA). Parallèlement, l’inauguration d’une usine spécialisée dans les matériaux en titane et superalliages vient renforcer la dynamique industrielle locale sous l’initiative Make in India.
Le 18 octobre, le ministre de la Défense Rajnath Singh a officiellement dédié cette nouvelle installation, située au Complexe Technologique des Matériaux Stratégiques de PTC Industries dans l’Uttar Pradesh, tributaire du Corridor Industriel de Défense régional. Cette usine, équipée pour le moulage de précision et l’usinage avancé, permettra la production de pièces aéronautiques à haute performance, limitant la dépendance de l’Inde aux importations en alliages de titane. PTC a également reçu une LoTA pour l’assemblage du réservoir d’huile du chasseur léger Tejas Mk1A, consolidant son rôle dans les programmes de chasseurs indiens.
La lettre d’acceptation technique constitue une certification cruciale dans l’univers exigeant de l’aéronautique militaire. Elle valide que la conception, le choix des matériaux ainsi que les procédés industriels proposés par PTC satisfont aux normes strictes de technicité et d’homologation aéronautique imposées par le DRDO et l’Armée de l’Air indienne. En d’autres termes, cette approbation réglementaire autorise le passage du composant de la phase expérimentale à la production en série, incluant des contrôles qualité rigoureux, des tests environnementaux et des validations de performances.
« Cette étape confirme non seulement l’expertise technique de PTC mais accélère aussi la concrétisation opérationnelle de l’AMCA », a déclaré un porte-parole du DRDO, mettant en avant la forte synergie entre laboratoires publics et acteurs industriels privés. Avec ce feu vert, PTC peut désormais intensifier la fabrication de la racine de dérive en titane, soumise à des essais destructifs et non destructifs avant son intégration finale dans la cellule de l’AMCA.
Ce composant clé joue un rôle essentiel dans l’assemblage de la dérive arrière de l’AMCA, garantissant la stabilité aérodynamique et la résistance structurelle face aux contraintes supersoniques. Située à l’interface entre la dérive et le fuselage, cette pièce doit supporter d’importantes charges aérodynamiques, des vibrations et des variations thermiques lors de manœuvres à forte accélération et de vols furtifs à faible signature.
Le choix du titane s’explique par son exceptionnel rapport résistance/poids, presque deux fois supérieur à celui de l’acier pour un poids nettement réduit. Cette caractéristique permet d’obtenir des cellules plus légères et plus maniables sans renoncer à la durabilité. En outre, le titane offre une excellente résistance à la corrosion et supporte des températures supérieures à 600°C, causées par les gaz d’échappement et les frottements atmosphériques. Ces propriétés sont essentielles pour les avions furtifs de 5e génération comme l’AMCA, permettant des formes optimisées pour réduire les signatures radar et infrarouges, indispensables pour des missions en espaces contestés.
Cette validation technique intervient à un moment clé du programme AMCA, projet phare de l’Agence de Développement Aéronautique (ADA) sous l’égide du DRDO. Depuis un an, plusieurs avancées majeures ont été réalisées : finalisation du design conceptuel avec une configuration bimoteur, validations aérodynamiques en soufflerie pour optimiser la furtivité, et intégration progressive d’une avionique nationale avancée, notamment des radars à réseau à balayage électronique actif (AESA) et des systèmes de fusion de capteurs.
Avec la production désormais approuvée pour des éléments critiques de la cellule comme la racine de dérive arrière, le programme se rapproche du début de la phase d’assemblage prototype, prévue en 2026. Les essais en vol pourraient suivre dès 2028, avec une induction dans les unités de l’Armée de l’Air indienne envisagée pour le milieu des années 2030. Cette démarche d’indigénisation ambitionne de déployer initialement jusqu’à 126 AMCA, avec un potentiel d’exportation en adéquation avec le renforcement de la diplomatie de défense indienne.