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En dépit des interrogations formulées en 2024 sur son maintien, la France confirme son engagement dans le programme européen de drone MALE Eurodrone, une étape majeure ayant récemment été franchie dans son développement. Ce projet collaboratif, piloté par l’Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement (OCCAr), associe Airbus Defence & Space, Dassault Aviation et Leonardo.

En octobre 2024, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, avait évoqué la possibilité d’un retrait français du programme. Il soulignait notamment un retard d’environ un an dans la livraison du drone, évoquant un risque financier important en cas d’abandon unilatéral. “Le défi est désormais de garantir la livraison aux forces armées d’un système demeurant pertinent sur le plan opérationnel”, déclarait-il lors d’une audition parlementaire, insistant sur la nécessité de discuter avec les partenaires européens impliqués.

Le drone Eurodrone, dit MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance), est conçu pour peser environ 10 tonnes, avec une envergure comprise entre 26 et 30 mètres, une longueur de 17 mètres et 5 mètres de hauteur. Il doit pouvoir voler plus de quarante heures à une altitude de 45 000 pieds (environ 13 700 mètres) et atteindre une vitesse maximale de 500 km/h, propulsé par deux turbopropulseurs “Catalyst” fournis par Avio Aero, filiale italienne du groupe américain General Electric. Sa charge utile est estimée à 2,3 tonnes, comprenant armement et capteurs.

Parallèlement, des solutions plus légères et moins coûteuses, portées notamment par des industriels français comme Turgis & Gaillard avec son drone Aarok ou Aura Aéro avec l’Enbata, sont également étudiées. La Direction générale de l’Armement (DGA) ainsi que l’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace ont exprimé certaines réserves quant à la pertinence opérationnelle de l’Eurodrone. Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, soulignait en octobre 2024 lors d’une audition sénatoriale que le drone européen devrait “être immédiatement opérationnel et répondre aux spécifications établies il y a plusieurs années”, mais que “les temps ont changé” et que son déploiement nécessiterait une infrastructure conséquente.

En juin, Sébastien Lecornu avait demandé à l’armée de l’Air et de l’Espace un rapport d’analyse opérationnelle sur l’employabilité de l’Eurodrone à sa livraison. Un rapport parlementaire prônait, lui, un abandon du programme, tandis que des discussions étaient engagées avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne pour examiner les conséquences industrielles et stratégiques d’un éventuel retrait français.

Cependant, aucune décision officielle de retirer la France du programme n’a été prise. Le Projet Annuel de Performance (PAP) du programme 146 “Équipement des Forces”, annexé au projet de loi de finances 2026, confirme clairement la commande de six systèmes Eurodrone (trois drones et deux stations au sol). Le PAP précise que les principaux engagements pour 2026 incluent la poursuite des études préliminaires et des essais techniques dans le cadre du contrat de coopération. Il confirme également l’armement du drone avec des missiles Akeron LP (anciennement MAST-F), missile tactique air-sol de nouvelle génération.

Après plusieurs retards, le développement de l’Eurodrone est entré dans une phase plus avancée. La revue interne de conception industrielle s’est achevée en juillet, laissant place à la récente validation critique de conception (Critical Design Review, CDR). Ce jalon essentiel marque la fin de la phase de conception et valide la maturité du design du système, ouvrant la voie à la fabrication des prototypes.

L’OCCAr souligne : “Cette réussite permet le lancement de la production des prototypes. Elle prépare également les essais au sol et le premier vol de l’Eurodrone. En avançant vers cette étape, notre programme intègre des technologies de pointe dans tous les domaines, faisant de l’Eurodrone la pierre angulaire de la puissance aérienne européenne de demain.”

L’agence insiste sur la combinaison d’équipements avioniques avancés, d’une navigation résistante et d’une architecture ouverte, offrant un drone aux performances, à l’interopérabilité et au potentiel d’évolution inédits à ce jour, faisant ainsi de l’Eurodrone un référent dans sa catégorie.