Le programme indien de missile anti-navire à courte portée NASM-SR entre dans une phase décisive avec un essai dynamique majeur : un lancement en vol depuis un hélicoptère décollant du pont d’un navire. Cette étape, prévue dans les prochains mois, marque une avancée significative par rapport aux précédents tests statiques, soulignant à la fois le degré de maturité du missile et les risques élevés associés aux systèmes de missiles lancés depuis les airs en milieu maritime.
Le NASM-SR, missile léger subsonique pesant environ 380 kg et doté d’une portée maximale de 55 km, constitue une pièce maîtresse de la stratégie indienne d’autonomie stratégique dans le domaine de la dissuasion navale. Conçu pour équiper principalement des plateformes comme le Sea King Mk.42B et les futurs hélicoptères MH-60R, il intègre des technologies avancées de guidage, dont un contrôle en boucle fermée assurant une précision accrue en phase terminale.
Après des essais de vol réussis en février 2025 sur le site d’essais intégré (ITR) de Chandipur, en Odisha, où le missile a touché une cible navale simulée en mode rase-mottes, le programme progresse désormais vers des conditions dynamiques plus exigeantes. Lors du prochain test, l’hélicoptère décollera depuis le pont d’un navire avec le missile pleinement armé et intégré, puis effectuera un tir en vol simulant un scénario opérationnel en mer.
Les experts soulignent l’importance des phases initiales de tests au sol, limitant les risques pendant la maturation du système. « Au début, tous les essais sont réalisés à terre car la technologie est encore en développement et reste instable, de nombreux paramètres pouvant perturber la mission », explique un responsable de la DRDO, sous couvert d’anonymat, en charge de l’intégration du missile. Les tirs statiques permettent notamment d’optimiser le moteur-fusée, les systèmes de guidage et l’avionique sans la complexité des contraintes aérodynamiques. Les essais de février effectués depuis un Sea King en stationnaire ont validé les paramètres fondamentaux du vol, mais sans intégrer une phase complète de lancement depuis un pont de navire.
La transition vers un système air-sol, notamment un missile à moteur-fusée solide tel que le NASM-SR, présente des dangers importants. Les vibrations générées par les rotors et les moteurs de l’hélicoptère, amplifiées pendant le décollage et le vol, peuvent induire des charges électrostatiques potentiellement capables de déclencher involontairement les charges pyrotechniques du missile. « Tout lancement aérien est une opération à haut risque, surtout avec des charges à moteur-fusée. L’accumulation de charges statiques peut provoquer un tir ou une explosion prématurée mettant en danger l’équipage, l’aéronef et le navire », précise le même interlocuteur. Des incidents historiques dans divers programmes à travers le monde, allant d’éjections accidentelles à des explosions en vol, illustrent l’importance capitale des mesures de sécurité.
Pour atténuer ces risques, le NASM-SR est équipé de dispositifs antivibrations performants, installés à la fois sur les pylônes d’armement de l’hélicoptère et dans les racks de stockage sur le pont du navire. Ces isolateurs—des amortisseurs élastomères avancés et des cales anti-chocs—désolidarisent le missile des sources de vibrations, empêchant toute résonance nuisible pouvant entraîner des défaillances. « La charge utile est totalement isolée, assurant une stabilité optimale du stockage au lancement », ajoute la source de la DRDO. Par ailleurs, des protections environnementales contre l’humidité et la corrosion saline, ainsi qu’un système de surveillance en temps réel via liaison de données, permettent d’abandonner le tir en cas d’alerte anormale.
Ce test dynamique s’appuie sur les succès acquis : son premier test de portage captif en mai 2022 depuis un Sea King, suivi par des validations guidées en vol. Adaptable aux tirs depuis la surface ou depuis la terre, le missile utilise un booster éjectable pour une accélération rapide, avant une propulsion soutenue favorisant un vol bas et des manœuvres d’évasion. Avec l’intention de la Marine indienne d’intégrer ce missile à sa flotte d’hélicoptères polyvalents, une démonstration réussie depuis un pont de navire pourrait accélérer les essais utilisateurs et la production, avec un déploiement prévu dès 2027.