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Au lendemain des violents affrontements en mai 2025 le long de la Ligne de Contrôle, baptisés Opération Sindoor, l’armée indienne dresse un constat sévère sur son écosystème local de drones : aucun des 46 fabricants indigènes soumis à des essais rigoureux dans les terrains accidentés de l’Uttarakhand n’a réussi à maintenir la performance de ses appareils dans un environnement sans GPS. Une enquête approfondie révèle de graves lacunes en guerre électronique, où les brouillages sophistiqués pakistanais ont transformé les UAV indiens en cibles vulnérables, tandis que les drones israéliens continuaient d’opérer sans encombre.

Les essais, menés fin septembre en altitude près de Dehradun, reproduisaient les conditions chaotiques de l’Opération Sindoor : brouillage global, attaques de falsification (spoofing) et tentatives de piratage plongeant les drones dans un brouillard électronique total. Les fabricants, dont certains engagés sous la bannière iDEX, devaient démontrer leur capacité à coordonner des essaims (swarms), naviguer de façon autonome et appliquer des protocoles de récupération sans appui satellite. « Aucun succès », rapporte un officier chargé de l’évaluation. « Même des munitions circulantes basiques déviaient de leur trajectoire ou s’écrasaient quelques minutes après l’activation des contre-mesures électroniques. » Ce revers majeur ranime les débats sur la nécessité d’une réforme des acquisitions de défense, critiquant la dépendance excessive à des technologies non éprouvées, alors que l’ombre chinoise plane sur les chaînes d’approvisionnement.

L’Opération Sindoor, une intense confrontation de quatre jours déclenchée par des incursions pakistanaises dans le secteur de Poonch au Jammu, a exposé ces vulnérabilités en temps réel. Plus de 500 drones ont été déployés par l’armée indienne pour la reconnaissance ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance) et des frappes de précision, mais environ 70 % — principalement des modèles produits localement — ont été neutralisés par les contre-mesures électroniques avancées pakistanaises. Un brouillage massif du GPS sur un rayon de 150 km a perturbé les liens de positionnement et de commandement en bande L essentiels. « C’était comme éteindre un interrupteur : nos drones sont devenus aveugles », confie un opérateur du 15e Corps, dont l’unité a perdu 12 UAV en une seule nuit. Les équipements adverses, renforcés par des brouilleurs d’origine chinoise tels que le CHL-906, n’ont pas seulement interrompu les communications, mais ont aussi détourné certains appareils, les forçant à s’approcher des lignes ennemies avant une autodestruction.

À cette humiliation s’ajoute la difficulté des drones indigènes à coordonner des attaques en essaim — une tactique clé pour submerger les défenses. Tandis que les drones israéliens Heron et Searcher, opérationnels par des escadrons spécialisés, disposaient de systèmes de secours cryptés en bandes UHF/VHF et d’une navigation inertielle, les essaims indiens se sont fragmentés : les drones chefs ont perdu le contact, les drones suiveurs ont basculé en mode sécurisé, réduisant la formation à un chaos désorganisé. « Nous avons vu un paquet de 20 drones s’évaporer en quelques secondes », rapporte l’enquête, citant des journaux de mission déclassifiés. Dans un épisode mémorable, un essaim d’une valeur de 5 crores de roupies, produit par un fabricant basé à Mumbai, a été détourné pour tourner autour d’une avant-poste pakistanais, diffusant des images en direct avant que les opérateurs indiens ne coupent la liaison.

Les contre-mesures indiennes ont été rapides, mais insuffisantes. Les pilotes ont tenté d’élever les drones à 1,5 km d’altitude pour rétablir la liaison en ligne de vue, mais l’adversaire a fait évoluer sa tactique vers un brouillage directionnel — des réseaux d’antennes ciblant les récepteurs embarqués comme des projecteurs, les grillant littéralement. Le résultat fut une impasse tactique qui a coûté à l’armée environ 200 crores de roupies en pertes matérielles et retardé les contre-offensives de 48 heures. Comme l’a reconnu le lieutenant-général Rajeev Ghai, directeur général des opérations militaires, lors d’une réunion à huis clos dont des détails ont été divulgués : « Sindoor a été notre moment Ukraine — les drones comme épée et bouclier, mais chez nous, ils se sont brisés au contact. »

Les leçons à retenir sont nombreuses. Une communication satellitaire sécurisée apparaît désormais comme un impératif : les UAV doivent intégrer en complément des bandes Ku/Ka et des cryptages résistants aux techniques quantiques afin de maintenir des liaisons sol-air stables, immunisées contre les brouillages à large bande. Les revêtements furtifs et conceptions à faible observabilité — notamment à base de nanomatériaux absorbant les ondes radar — deviennent des exigences pour échapper aux radars JY-27A pakistanais. Les contre-contre-mesures électroniques (ECCM), telles que le saut de fréquence à large spectre et les algorithmes adaptatifs pilotés par intelligence artificielle, pourraient inverser la tendance, permettant aux drones de « comprendre » et d’anticiper les schémas de brouillage en vol.

Pourtant, le chemin reste complexe. Près de 60 à 70 % des composants des drones — moteurs, gyroscopes, batteries lithium — sont encore importés de Chine, ce qui crée une vulnérabilité structurelle. Suite aux essais, l’armée a ordonné une refonte complète pour le prochain cycle iDEX, en priorisant une navigation inertielle et par reconnaissance du terrain en substitution au GPS, ainsi que des solutions en réseau maillé pour des essaims résistants. « Nous ne renonçons pas à l’indigénisation, nous la renforçons », a déclaré le secrétaire à la Défense R.K. Singh, annonçant un investissement de 10 000 crores de roupies pour des prototypes renforcés contre la guerre électronique. Plusieurs startups réorientent leurs efforts : Tonbo Imaging et Zen Technologies ont présenté des modules anti-brouillage lors du salon Aero India 2025, tandis que le successeur du drone Rustom-3 du DRDO intègre dès sa conception des capacités ECCM.