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La Royal Air Force (RAF) a annoncé une opération inédite réalisée la semaine dernière en coopération avec les États-Unis et la Norvège. Dans le cadre de cette mission, un avion de transport A400M Atlas de la RAF a effectué son tout premier atterrissage sur l’île norvégienne de Jan Mayen, en mer de Norvège, y déployant un JLTV (Joint Light Tactical Vehicle) du Corps des Marines américain, ainsi que du personnel britannique, américain et norvégien.

Il est important de noter que le JLTV était utilisé pour simuler le NMESIS (Naval Expeditionary Ship Interdiction System), un système faisant partie du concept d’Advanced Expeditionary Air Base Operations (EABO) développé par le Corps des Marines dans le Pacifique occidental. Le NMESIS a été testé en conditions réelles lors du dernier exercice Balikatan aux Philippines au début de l’année.

Cette mission a démontré la capacité de la RAF à projeter des capacités clés dans des environnements austères, renforçant ainsi la préparation de l’OTAN dans le Grand Nord. Les opérations se sont déroulées depuis deux points distincts de l’île, avec le concours des Royal Marines britanniques et des forces armées norvégiennes.

Ce partenariat trilatéral entre le Royaume-Uni, les États-Unis et la Norvège se préparait depuis plusieurs mois, dans un contexte de durcissement des postures face à la Russie, aussi bien à l’est de l’Europe que dans les espaces polaires au nord. L’OTAN considère le Grand Nord comme une zone d’importance stratégique majeure, la qualifiant de porte d’entrée entre l’Amérique du Nord et l’Europe, ainsi que de secteur clé pour garantir la sécurité des voies d’approvisionnement transatlantiques.

L’île volcanique de Jan Mayen, qui s’étend sur 377 km², se situe à environ 1 000 km à l’ouest de la côte continentale norvégienne, pratiquement à mi-chemin entre la Norvège et le Groenland, au nord de l’Islande. Le ministère de la Défense norvégien a annoncé le 19 juin 2025 un reconnaissance conjointe sur cette île avec le Royaume-Uni et les États-Unis, visant à mieux comprendre les conditions exigeantes de l’Arctique et à préparer d’éventuels entraînements futurs.

Le communiqué a souligné la position géographique stratégique de Jan Mayen dans la défense norvégienne, garantissant la liberté de manœuvre des alliés en mer de Norvège. Il a également rappelé les travaux de rénovation et de modernisation des infrastructures, notamment celles de la Force de Cyberdéfense norvégienne et de l’Institut météorologique norvégien, tous deux basés sur l’île. Ces installations bénéficient d’un appui régulier des avions C-130 Hercules de la Royal Norwegian Air Force (RNoAF).

L’atterrissage du A400M de la RAF à Jan Mayen s’inscrit également dans le cadre de la Force Expéditionnaire Conjointe (JEF) de l’OTAN, regroupant dix pays dont le Royaume-Uni, la Norvège, le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Suède, ainsi que les États baltes et les Pays-Bas. Dans le cadre de l’exercice TARASSIS, en cours au sein de la JEF, deux Typhoons de la RAF déployés depuis la base de Lossiemouth ont assuré le soutien aérien dans le Grand Nord norvégien, démontrant ainsi une « capacité de réaction rapide en tout lieu », selon un porte-parole britannique.

Le lieutenant-colonel Gard Ommedal, du Quartier général de la Défense norvégienne et responsable de la mission de reconnaissance, a déclaré : « Jan Mayen est un territoire norvégien et fait donc partie de la zone de responsabilité de l’OTAN. Il est essentiel que les Norvégiens comme les alliés connaissent sa géographie et ses conditions particulièrement exigeantes. La réalisation de reconnaissances conjointes facilite la planification d’éventuelles opérations futures. »

A400M et JLTV à Jan Mayen

L’A400M Atlas de la RAF (désignation britannique Atlas C.1), affecté au 206e Escadron basé à RAF Brize Norton, a transporté le JLTV depuis des emplacements prépositionnés en Norvège vers Jan Mayen, illustrant ainsi l’importance de l’île comme « un point névralgique des routes d’approvisionnement transatlantiques et de la liberté de navigation dans l’Arctique ».

Une vidéo de la RAF montre l’atterrissage de l’appareil sur une piste non revêtue, ainsi que les opérations de chargement et déchargement, et les mouvements sur l’île. D’autres véhicules tactiques accompagnant le JLTV ont été vus circulant sur les pistes non pavées des collines, se déplaçant vers des sites dédiés à la simulation des opérations NMESIS.

Le JLTV d’Oshkosh utilisé pour cette simulation était piloté, alors que le NMESIS est un système non habité reposant sur une version télécommandée du JLTV, appelée Remote Operated Ground Unit for Expedition (ROGUE). « Le JLTV a simulé le système d’interdiction navale expéditionnaire NMESIS, avec des opérations menées depuis deux points de l’île », précise le communiqué de la RAF.

Par ailleurs, un soldat norvégien a été vu déployant un nano-drone Black Hornet de FLIR Systems, destiné à être utilisé par de petites unités d’infanterie au niveau escadron. Cette visite sur Jan Mayen, située au nord du passage GIUK (Groenland-Islande-Royaume-Uni), intervient quelques semaines après une intense opération de recherches anti-sous-marines visant un navire russe en mer du Nord, conduite conjointement par des forces américaines, britanniques et norvégiennes à la fin du mois d’août.

« Préparation à défendre l’OTAN dans des environnements hostiles »

Le communiqué de la RAF souligne : « Le rôle de la RAF dans cette mission illustre sa capacité à projeter une mobilité aérienne dans des environnements complexes, garantissant ainsi la préparation de l’Alliance pour opérer dans des conditions contestées et extrêmes. »

Pour intervenir dans les rigoureuses conditions arctiques, où le climat et le terrain exigent une planification et une préparation rigoureuses, la RAF a pris soin d’emmener dès le départ les équipements, rations et fournitures essentiels. « Cela met en lumière, fondamentalement, l’importance de la puissance aérienne pour faciliter les opérations multidomaines et maintenir la préparation dans le Grand Nord. »

« En s’intégrant parfaitement aux forces alliées, la RAF contribue à sauvegarder la liberté de navigation et à assurer une dissuasion crédible dans la région », ajoute le communiqué. Selon un document officiel de l’OTAN, qui annonçait pour la première fois l’opération sans évoquer le NMESIS, « l’activité régulière des alliés dans la région témoigne de l’engagement de l’Alliance à protéger la liberté de navigation et à garantir l’accès aux routes maritimes critiques ».

Le vice-amiral Rune Andersen, chef du Quartier général conjoint norvégien, a déclaré : « Opérer conjointement avec les Alliés démontre tant la capacité que la volonté de défendre les îles arctiques, le Grand Nord et les eaux environnantes si nécessaire. »