Un avion Hawker Hunter appartenant au contractant civil ATAC s’est écrasé en mer au large de la côte californienne le mercredi 15 octobre. Selon les médias locaux, le pilote a été récupéré avec des blessures graves.
L’appareil impliqué, identifié comme ATAC 12, volait en formation avec un autre Hunter, le ATAC 11, au moment de l’incident. Les causes et les circonstances de l’accident restent pour l’instant inconnues.
ATAC, ou Airborne Tactical Advantage Company, exploite une flotte de plus d’une douzaine de Hawker Hunter classiques, régulièrement engagés dans le cadre de contrats avec des clients militaires et gouvernementaux, dont l’armée américaine.
La société présente le Hunter, entré en service dans la Royal Air Force britannique dans les années 1950 comme intercepteur de première ligne, comme un « adversaire polyvalent ». Cet appareil est utilisé à la fois pour des missions d’attaque air-air et air-sol lors des exercices de combat.
Grâce aux enregistrements postés par un utilisateur sur le réseau social Twitter/X, on a pu reconstituer certaines étapes de l’accident. Après la chute du ATAC 12, le ATAC 11 a survolé la zone du crash et relayé l’information au contrôle aérien par le biais d’avions civils présents à proximité.
Un hélicoptère de recherche et sauvetage (SAR) MH-60S Seahawk a été rapidement déployé depuis la station aéronavale de Lemoore, où un dispositif SAR permanent est maintenu précisément pour ce type d’incidents.
Le MH-60 a pu repêcher le pilote du ATAC 12 dans l’eau, probablement après l’éjection. La station locale KSBW Action News 8, citant la Garde côtière américaine, rapporte que le pilote a été transporté au centre médical de Stanford. Son état demeure inconnu, bien que l’on redoute une lésion médullaire grave.
L’accident s’est produit peu après 11h00, heure locale du Pacifique (18h00 UTC), à quelques milles marins des côtes de Big Sur, au centre de la Californie.
Le ATAC 11 a émis un signal de détresse général (code 7700) vers 11h25, alors qu’il survolait toujours la zone. La région maritime et le ciel californien sont des lieux très actifs pour l’entraînement, les exercices et les essais militaires. Il est courant d’y voir évoluer les Hawker Hunter d’ATAC et d’autres appareils presque quotidiennement.
ATAC participe à l’entraînement des pilotes militaires américains en jouant le rôle d’ennemi lors de simulations de combat aérien. La société utilise de véritables avions pour simuler des menaces que les forces américaines pourraient rencontrer en situation réelle. Ses pilotes sont civils, mais majoritairement d’anciens aviateurs militaires expérimentés sur des chasseurs de haute performance.
Fondée en 1994 à Newport News (Virginie) par Jeffrey Parker et Larry Payne, ATAC a débuté modestement, avec quelques chasseurs britanniques et suisses retirés du service. Elle exploite aujourd’hui plus de 90 avions et soutient la Marine, le Corps des Marines et l’Armée de l’air américaines. En 2016, le groupe Textron, maison mère de Cessna, Beechcraft et Bell, a racheté ATAC, l’intégrant à sa division d’entraînement défense.
La flotte d’ATAC combine des avions anciens mais performants. Le Hawker Hunter, construit dans les années 1950, reste opérationnel après plusieurs décennies d’améliorations. La société exploite également des Mirage F1 français, des Kfir israéliens, des Douglas A-4 Skyhawks et des avions d’entraînement L-39 Albatros tchèques. Ces appareils décollent de plusieurs bases américaines pour jouer les adversaires simulés, servir de cibles radar ou mener des attaques lors d’exercices réels.
Ce dernier accident n’est pas une première en ce qui concerne les Hunter d’ATAC. Le réseau de sécurité aérienne recense au moins neuf incidents antérieurs impliquant ces appareils, dont quatre ont causé la perte totale de l’avion et deux ont entraîné des décès.
La mention d’une lésion spinale rappelle la perte d’un autre Hunter en 2018 au large d’Hawaï. Le pilote avait attribué sa blessure à l’éjection via le siège ancien de l’appareil. En effet, ces sièges de première génération, technologiquement moins avancés, imposent des contraintes physiques beaucoup plus importantes que ceux plus modernes équipant les avions actuels.
Comme le ATAC 12 ne figurait pas sur les plateformes de suivi aérien au moment de l’accident, l’identification précise de l’appareil reste inconnue. ATAC exploite des versions monoplace du Hunter F58, originaires de la Force aérienne suisse, ainsi que quelques variantes biplaces. Au Royaume-Uni, Hawker Hunter Aviation utilise aussi l’appareil pour des prestations similaires sous contrat avec le ministère britannique de la Défense.
Malgré ces événements, le Pentagone continue de dépendre fortement d’ATAC et d’autres prestataires privés pour ses entraînements. La Marine et l’Armée de l’air font appel aux contractants pour réduire les coûts et prolonger la durée d’utilisation de leurs chasseurs de première ligne. Ces entreprises réalisent aujourd’hui des milliers de missions annuelles autrefois dévolues à des escadrons militaires.
L’accident près de Big Sur souligne les risques liés à l’utilisation d’avions anciens dans des scénarios d’entraînement intensifs. Les pilotes d’ATAC effectuent des vols exigeants, souvent aux limites de la conception des appareils, afin d’offrir aux forces américaines une expérience au plus proche du combat réel. Ces opérations nécessitent compétences, rigueur et vigilance constante en matière de sécurité. Les enquêteurs s’emploieront désormais à déterminer les causes exactes de la panne.
Esteban Pope