La Turquie a confirmé la réception prochaine de douze avions de transport C-130J Super Hercules, auparavant en service dans la Royal Air Force britannique, qui seront confiés à une entreprise britannique pour maintenance et modernisation avant leur intégration progressive à la Force aérienne turque. Cette opération intervient après plusieurs mois de rumeurs concernant l’intention d’Ankara de renforcer ses capacités de transport aérien tactique.
Cette acquisition coïncide également avec la finalisation de la mise hors service de la flotte de Hercules par la RAF, comblant ainsi rapidement une lacune opérationnelle entre les appareils légers CN235 et les plus lourds A400M en service en Turquie. Elle marque aussi un approfondissement de la coopération industrielle et militaire entre la Turquie et le Royaume-Uni.
L’annonce officielle a été faite lors du point hebdomadaire du ministère turc de la Défense nationale et relayée par les canaux institutionnels du gouvernement turc.
Le C-130J est un avion de transport tactique quadrimoteur turbopropulseur, conçu pour opérer sur des pistes courtes ou semi-préparées. Il est adapté aux missions d’insertion tactique rapide et aux parachutages aéroportés. Équipé de moteurs AE 2100D3 entraînant des hélices à six pales Dowty R391, le Super Hercules est doté d’une motorisation améliorée, d’une meilleure efficacité énergétique et d’une avionique numérique modernisée par rapport aux versions antérieures.
La version majoritairement acquise par la Turquie est le C-130J-30, une version allongée offrant une capacité utile de 19 à 20 tonnes, ainsi qu’un volume accru pour le transport de troupes parachutistes, de charges palettisées et de configurations d’évacuation médicale (MEDEVAC). Ce type d’appareil viendra compléter le A400M dans les missions stratégiques de grande envergure, tout en assurant des tâches de transport intermédiaire entre le CN235 plus léger et le gros porteur Airbus.
Par rapport à l’offre actuelle de transport aérien turque, le C-130J occupe une position cruciale intermédiaire : il propose une charge utile supérieure à celle du A400M, à un coût opérationnel moindre et avec une meilleure aptitude aux opérations sur terrains austères et itinéraires courts. Il s’avère donc idéal pour les opérations spéciales, les interventions humanitaires rapides et la logistique tactique au sein des théâtres d’opérations.
Face au CN235, le C-130J multiplie par trois à quatre sa charge utile et offre un rayon d’action nettement supérieur, ce qui réduit le nombre de rotations nécessaires pour transporter la même quantité de matériel, tout en limitant l’usure des appareils de la flotte. Ce schéma de capacité reflète l’évolution constatée dans plusieurs forces aériennes de l’OTAN qui passent progressivement d’anciens C-130H ou C-160 à une flotte mixte composée d’un gros porteur et d’un Hercules moderne.
Pour donner un ordre de grandeur, l’A400M d’Airbus affiche une charge utile d’environ 37 tonnes, tandis que le CN235 atteint une capacité maximale d’environ 5,9 tonnes, plaçant ainsi le C-130J en tant que solution pragmatique de transport tactique intermédiaire.
Stratégiquement, l’achat renforce l’interopérabilité avec l’OTAN et donne à Ankara un avantage supplémentaire pour appuyer des opérations allant des Balkans au Caucase, en passant par la Méditerranée orientale, ainsi que pour les déploiements humanitaires dans d’autres régions. Cette dynamique bilatérale Royaume-Uni-Turquie profite aux deux partenaires : Londres facilite la transition de la RAF vers l’A400M en recentrant les activités de maintenance et réparation (MRO) sur son industrie nationale, tandis qu’Ankara accélère la modernisation de sa flotte avec des appareils éprouvés, tout en préparant la montée en compétences pour assurer ultérieurement un entretien local.
Les autorités turques ont indiqué qu’après la maintenance et la modernisation au Royaume-Uni, les appareils seront progressivement intégrés à la flotte nationale. Parallèlement, la formation des équipages favorisera la capacité d’entretien autonome, réduisant ainsi le délai de mise en service et développant le savoir-faire local.
Le choix du C-130J par la Turquie permet de combler une lacune importante dans ses capacités de transport tactique, tout en renforçant la logistique nationale et alliée. Il s’inscrit également dans une stratégie de partenariat industriel et opérationnel profitable à long terme. En combinant une modernisation assurée au Royaume-Uni et une maintenance future confiée à ses propres structures, Ankara optimise ses coûts et établit une passerelle efficace entre transport léger et lourd pour ses missions prioritaires.
Teoman S. Nicanci