Article de 818 mots ⏱️ 4 min de lecture

À la suite de l’opération Sindoor — une frappe transfrontalière audacieuse menée en mai 2025 visant à démanteler l’infrastructure terroriste au Pakistan — l’Armée de l’air indienne (IAF) plaide pour une réorganisation ambitieuse de sa structure opérationnelle afin de faire face à une menace renouvelée sur deux fronts, à savoir la Chine et le Pakistan. L’objectif est de porter la flotte d’escadrons autorisée de 42 unités, chiffre inchangé depuis longtemps, à 55 voire 60 escadrons, afin de retrouver la supériorité aérienne dans un contexte régional de plus en plus tendu.

Cette démarche interne, détaillée dans les bilans post-opération, ne concerne pas uniquement le nombre d’avions de chasse, mais souligne également le rôle crucial d’un ensemble de forces de soutien indispensables : les systèmes de détection et de contrôle aéroportés (AWACS) et les avions ravitailleurs. Un haut responsable de l’IAF a indiqué que toute approbation du ministère de la Défense à cette expansion devra impérativement s’accompagner d’un « effort important » sur ces outils stratégiques pour maintenir un tempo opérationnel élevé sur de vastes zones d’engagement.

L’opération Sindoor, saluée par le maréchal de l’air AP Singh comme la réalisation majeure de l’année avec un tir record à 300 km, a mis en lumière des lacunes en matière de surveillance instantanée et de capacités de frappe à longue portée, déclenchant des réévaluations urgentes. Alors que la force de combat actuelle de l’IAF se situe autour de 29 à 31 escadrons, nettement inférieure au seuil des 42 fixé avant l’émergence de la menace chinoise, le schéma directeur prévoit une augmentation de 30 à 35 %, soit entre 864 et 1 080 appareils. Cette révision, en attente de l’aval du Comité de sécurité du Cabinet (CCS), rejoint les recommandations de Vivek Kapur du prestigieux Institute for Defence Studies and Analyses (IDSA), qui préconise 55 à 65 escadrons pour assurer une dissuasion crédible.

Le plan de l’IAF dépasse la simple multiplication des effectifs et met l’accent sur l’intégration de moyens de guerre en réseau destinés à renforcer l’efficacité des escadrons. « Dans une situation à deux fronts, les avions de chasse seuls ne suffisent pas ; nous avons besoin d’yeux dans le ciel et d’ailes capables d’endurance », a expliqué le responsable, soulignant l’importance des AWACS pour une conscience complète de l’espace aérien à 360 degrés et des avions ravitailleurs pour des missions de pénétration profonde sans interruption. Actuellement, les flottes sont mises à rude épreuve, affectées par le retrait progressif de matériels anciens et des retards dans la maintenance : seules trois plateformes AWACS héritées sont opérationnelles, tandis que la capacité de ravitaillement est assurée par six Il-78MKI et un Boeing KC-135 loué récemment en configuration ravitailleur.

Pour combler ces déficits immédiats, l’IAF accélère l’acquisition de 12 AWACS supplémentaires, probablement des versions indiennes Netra Mk1A développées par le DRDO sur des plateformes Embraer ou des systèmes intégrés Saab 340, portant à 18 le nombre total de ces aéronefs d’ici le début des années 2030. Ce chiffre correspond aux standards requis pour couvrir les frontières hostiles de l’Inde, s’étendant sur 15 000 km. Toutefois, pour atteindre l’objectif de 55 à 60 escadrons, une augmentation équivalente des forces de soutien s’impose, car les multiplicateurs opérationnels doivent suivre la densité de la force de combat.

Selon la doctrine actuelle, 18 AWACS suffisent pour 42 escadrons, soit un ratio d’environ un AWACS pour 2,3 escadrons, tandis que 12 avions ravitailleurs assurent la couverture minimale. Ainsi, pour 55 escadrons, soit une hausse de 31 %, les besoins estimés passent à environ 24 AWACS et 16 ravitailleurs, garantissant une présence constante au-dessus des lignes de contrôle (LoC) et d’armistice (LAC) sans zones découvertes. Pour 60 escadrons, soit une croissance de 43 %, il faudrait 26 AWACS et 18 ravitailleurs, en incluant une réserve stratégique pour pallier les pertes et soutenir des opérations intensives.

Effectif d’escadrons Besoins projetés en AWACS Besoins projetés en ravitailleurs (FRA) Besoin supplémentaire par rapport aux plans actuels
42 (autorisation actuelle) 18 12 Base (12 nouveaux AWACS ; 6+ ravitailleurs)
55 24 16 +6 AWACS ; +4 ravitailleurs
60 26 18 +8 AWACS ; +6 ravitailleurs

Ce schéma illustre l’ampleur du défi financier et logistique : passer à 55 escadrons pourrait entraîner des coûts supplémentaires de 5 à 7 milliards de dollars liés aux multiplicateurs, en sus des plus de 100 milliards de dollars nécessaires pour renouveler la flotte de chasseurs via les programmes MRFA et AMCA. Comme le souligne l’officiel, « ce ne sont pas des luxes ; ce sont les nerfs de la puissance aérienne moderne », permettant des frappes de précision comparables à celles de l’opération Sindoor, qui a notamment intégré des capacités hypersoniques.