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Le chasseur de cinquième génération indien AMCA innove en intégrant un revêtement écologique, une avancée majeure alliant furtivité et durabilité. Ce nouveau traitement, totalement exempt de substances nocives, illustre l’engagement de l’Inde vers une industrie de défense plus verte sans compromettre les performances militaires.

Le programme Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), développé par l’Organisation de Recherche et de Développement en Défense (DRDO), a reçu l’approbation officielle du gouvernement indien en mai 2025. Le calendrier prévoit un premier vol prototype d’ici 2029 et une mise en service complète en 2034. Conçu comme un chasseur monoplace bimoteur multirôle, l’AMCA doit remplacer les flottes vieillissantes telles que le Sukhoi Su-30MKI, offrant des capacités accrues en supériorité aérienne, frappes en profondeur et missions de reconnaissance. Avec un coût estimé à environ 15 000 crores de roupies, le projet met l’accent sur une conception entièrement indigène, intégrant des soutes internes pour armement, une capacité de supercroisière et une avionique de pointe.

Ce qui distingue l’AMCA, c’est son approche globale de la furtivité, qui dépasse les simples matériaux radar-absorbants traditionnels pour inclure une forme aérodynamique optimisée, une gestion de la signature thermique et désormais un revêtement innovant « vert ». Cette combinaison vise à rendre l’appareil quasi invisible aux radars ennemis, augmentant sa survivabilité dans les espaces aériens contestés.

Au cœur de cette innovation se trouve le système de camouflage de surface à métamatériaux Anūlakṣhya (MSCS), développé par les chercheurs de l’Indian Institute of Technology de Kanpur (IIT-Kanpur). Lancé en novembre 2024, Anūlakṣhya — qui signifie « invisible » en sanskrit — utilise des métamatériaux avancés qui absorbent les ondes radar, notamment celles des radars à synthèse d’ouverture (SAR), pour dissimuler les actifs militaires, y compris les chasseurs AMCA. Contrairement aux peintures radar-absorbantes classiques reposant sur des substances toxiques pour capter les ondes électromagnétiques, Anūlakṣhya est conçu sans produits nocifs, constituant une première mondiale sur un avion indien.

Cette technologie couvre un large spectre d’ondes radar, convertissant les signaux en chaleur minime ou les diffusant, atteignant ainsi une invisibilité quasi parfaite. Plus de 90% de ses composants sont sourcés localement, réduisant la dépendance aux importations et limitant son impact environnemental lors de la fabrication. Des tests rigoureux menés entre 2019 et 2024 ont validé ses performances dans des conditions variées, allant des températures extrêmes aux vitesses élevées. Licenciée à l’entreprise Meta Tattva Systems Pvt. Ltd. pour une production commerciale, Anūlakṣhya améliore non seulement la faible signature radar de l’AMCA, mais résout également les problèmes des revêtements traditionnels, notamment leur toxicité et leur dégradation rapide, rencontrés sur des appareils comme le MiG-29.

Cette formulation écologique élimine les composés organiques volatils (COV) et les métaux lourds présents dans les peintures furtives conventionnelles, qui représentent un danger pour la santé des opérateurs et l’environnement lors de leur élimination. En priorisant les métamatériaux durables, l’Inde établit une référence mondiale en matière de technologies militaires « vertes », susceptible d’influencer ses futures exportations et partenariats internationaux.

L’intégration d’Anūlakṣhya à l’AMCA place l’Inde aux côtés d’une élite de nations — les États-Unis (F-35), la Russie (Su-57) et la Chine (J-20) — capables de développer un chasseur de cinquième génération entièrement indigène. Face aux tensions régionales croissantes, la furtivité avancée de l’AMCA offrira un avantage décisif dans les engagements au-delà de la portée visuelle et les conflits électroniques. Le double bénéfice de performance et de durabilité du revêtement ouvre également la voie à des collaborations internationales, comme celle en cours avec la France pour le développement des moteurs AMCA annoncée en août 2025.

Des défis subsistent, notamment pour l’intégration moteur et la montée en production, mais le directeur du DRDO, Samir V. Kamat, a réaffirmé la feuille de route avec une induction prévue pour 2035. Avec des maquettes en soufflerie déjà testées et des prototypes à l’échelle réelle en cours de développement, l’AMCA est bien parti pour redéfinir la puissance aérienne indienne.