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Allemagne signe un contrat pour 20 Eurofighters du cinquième lot, destinés à remplacer les Tornados de la Luftwaffe. La livraison des appareils est prévue entre 2031 et 2034, dans le cadre d’un engagement stratégique visant à renforcer la défense aérienne nationale et l’intégration au sein de l’OTAN.

Le 15 octobre 2025, l’Allemagne a officialisé la commande de 20 nouveaux Eurofighters, communément appelés simplement « Eurofighter » sans l’appellation Typhoon, pour constituer le cinquième lot de la flotte. Cette signature intervient une semaine après l’approbation par la commission budgétaire du Bundestag, le 8 octobre, confirmant le financement du projet.

Selon le contrat, Airbus assurera la production finale des avions sur sa ligne de montage de Manching, en Allemagne, de façon similaire aux précédentes commandes de la Luftwaffe. La livraison du premier appareil est attendue pour 2031, tandis que le dernier sera remis en 2034.

« La signature d’aujourd’hui est un moment de fierté et résulte d’une collaboration étroite ainsi que d’un travail acharné entre NETMA, les nations participantes et nos partenaires industriels », a déclaré le Vice Maréchal de l’Air Simon Ellard (retraité), Directeur Général de NETMA (NATO Eurofighter and Tornado Management Agency).

Ni Eurofighter ni Airbus n’ont communiqué officiellement le montant du contrat. Toutefois, un communiqué du ministère allemand de la Défense indique que celui-ci s’élève à environ 3,75 milliards d’euros (4,36 milliards de dollars).

Le cinquième lot : un engagement stratégique

Lors de l’inauguration du salon aéronautique ILA de Berlin en 2024, l’ancien chancelier Olaf Scholz avait annoncé cette commande, positionnée en complément des 38 appareils acquis dans le cadre du projet Quadriga. Cet engagement témoigne de la volonté allemande de maintenir et développer ses capacités industrielles de défense tout en renforçant son rôle au sein de l’OTAN.

« Cette commande confirme l’importance que revêt l’Eurofighter pour la Luftwaffe, ainsi que son rôle stratégique dans la défense aérienne allemande et les capacités de l’Alliance », a souligné Mike Schoellhorn, dirigeant d’Airbus Defence and Space.

Airbus a annoncé que ces 20 Eurofighters seront équipés des capteurs les plus modernes, notamment du nouveau radar à balayage électronique actif (AESA) E-Scan, intégré dans le Système Commun Européen de Radar (ECRS) Mk 1. Par ailleurs, des capacités avancées de guerre électronique seront ajoutées, grâce à l’intégration du système de capteurs Saab Arexis, qui sera déployé tant sur les nouveaux appareils que sur ceux en service.

Ces nouveaux modèles devraient bénéficier de la configuration dite Phase 4 Enhancements (P4E), introduite l’an passé. Cette mise à niveau comprend notamment la gestion automatisée des capteurs, permettant au radar AESA d’exécuter simultanément plusieurs missions tout en allégeant la charge de travail du pilote.

L’ensemble intègre également une interface cockpit améliorée et une meilleure interopérabilité des communications radiofréquences (RFIO), renforçant ainsi la survie et l’efficacité opérationnelle. Une grande dalle tactile (Large Area Display, LAV) est en cours de développement, mais il reste à confirmer sa présence dans cette nouvelle interface.

Ces évolutions garantiront que l’Eurofighter demeure un pilier de la Luftwaffe jusqu’aux années 2060. Le ministère allemand de la Défense a précisé que les appareils du cinquième lot seront destinés à prendre progressivement la relève des Tornados ECR (Combat et Reconnaissance Electronique).

En parallèle, l’Eurofighter est destiné à opérer de concert avec le Futur Système Aérien de Combat (FCAS), attendu à partir de 2040. Dans cet écosystème, il sera interconnecté avec des plateformes habitées et non habitées, actuelles et futures, assurant ainsi une capacité de combat intégrée et évolutive.

Cette modernisation continue constitue un pont technologique essentiel vers le FCAS, assurant une transition fluide vers la prochaine génération d’avions de combat tout en renforçant la capacité allemande à surveiller et protéger l’espace aérien national et celui de l’OTAN.

Le programme Eurofighter EK : l’avenir de la guerre électronique

Outre ce cinquième lot, un autre contrat a été approuvé pour poursuivre le développement de l’Eurofighter EK, une variante spécialisée dans la suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD). Ce projet avait reçu le feu vert initial du gouvernement allemand en 2023, après une annonce de développement par Airbus dès 2019.

L’Eurofighter EK doit remplacer le Tornado ECR dans les missions de guerre électronique. Airbus doit adapter 15 Eurofighters allemands pour ces tâches, prévoyant une certification OTAN en 2030.

Cette version sera dotée du missile AGM-88E AARGM, de la suite de guerre électronique Saab Arexis et d’autres technologies issues de PME et de start-ups innovantes, incluant notamment une intelligence artificielle capable d’analyser en temps réel les données radar embarquées et de déterminer des contre-mesures précises.

Le ministère de la Défense a déclaré : « L’Eurofighter sera optimisé avec le système d’autoprotection AREXIS et les missiles air-sol guidés correspondants, et sera davantage apte à la guerre électronique ». Le système Arexis intégrera un radar AESA haute puissance à GaN (nitrure de gallium), des récepteurs à large bande ultra-large et des mémoires radiofréquence numériques (DRFM). Il est conçu pour neutraliser les systèmes anti-accès/zone déniée (A2/AD), remplaçant ainsi les deux pods de pointe d’aile actuellement utilisés sur l’Eurofighter.

Le développement s’étendra jusqu’en 2033, avec un budget estimé à 1,13 milliard d’euros, tandis que l’acquisition des composants spécifiques s’élèvera à 82 millions d’euros.

Il semble désormais que ces 15 appareils seront issus du parc existant, reconvertis à leur nouvelle mission, tandis que les avions du cinquième lot devraient être livrés directement avec cette configuration électronique, assurant une continuité opérationnelle cohérente.