Masood Azhar, chef du groupe militant Jaish-e-Mohammad (JeM), s’est quasiment effacé de la scène depuis l’Opération Sindoor. Cette opération des forces armées indiennes a durablement affaibli son organisation. Un commandant du JeM a même reconnu que la famille d’Azhar avait été décimée lors de cette riposte menée à la suite de l’attaque de Pahalgam.
Selon les services de renseignement indiens, Masood Azhar est désormais caché sur ordre, évitant toute apparition publique. L’armée indienne le surveille de près, tandis que l’armée pakistanaise, ne voulant prendre aucun risque, le maintient sous étroite surveillance.
Ce mutisme prolongé d’Azhar perturbe les cadres du JeM, dont certains perdent confiance face à l’absence manifeste de leadership. Par le passé, lorsque Masood Azhar se mettait en retrait pour des raisons médicales ou autres, son frère Rauf Azhar prenait la direction des opérations.
Rauf Azhar assurait la gestion globale du JeM et représentait un lieutenant fidèle et efficace pour son frère. Cependant, Rauf a été tué à Bahawalpur lors de l’Opération Sindoor, portant un coup dur au mouvement en privant le groupe de son chef opérationnel.
Masood Azhar, quant à lui, a toujours tenu un rôle plutôt idéologique. Désormais, sans la présence physique ni de lui ni de son frère, les membres du JeM montrent des signes de démoralisation.
Pour entretenir le moral des troupes, le JeM diffuse régulièrement des communiqués annonçant la création de nouvelles sections au sein de l’organisation. Dernièrement, il a été rapporté que le groupe comptait lancer une branche féminine.
Des responsables du Bureau du renseignement indien estiment que la reconstruction du JeM prendra du temps. Le groupe est également conscient que toute provocation envers l’Inde sera sévèrement réprimée, ce qui l’empêche de prendre des risques importants pour relever le moral de ses troupes. Ces annonces de nouvelles structures ne sont donc que des outils pour maintenir l’illusion d’une activité soutenue.
Affaibli et dirigé par une hiérarchie quasi-invisible, le JeM pourrait ne pas tenter de nouvelles provocations imminentes, avertissent néanmoins les agences de renseignement indiennes. En revanche, il pourrait intensifier la diffusion de vidéos de propagande générées par intelligence artificielle (IA).
Ces vidéos, en circulation massive au Pakistan et dans certaines régions de l’Inde, mettent en scène des images de Masood Azhar créées par IA. L’objectif est de convaincre les militants que leur leader est toujours actif, afin de maintenir leur engagement et leur moral.
Les experts précisent toutefois que cette propagande, bien qu’efficace à court terme, ne saurait être durable. Les cadres du JeM restent impatients de reprendre les attaques dans la région du Jammu-et-Cachemire. Si cette situation de stase perdure, ils risquent de remettre en cause la légitimité et le fonctionnement de leur organisation. Par ailleurs, il deviendra difficile pour les services de renseignement pakistanais (ISI) de contrôler ces éléments dissidents.
Un autre défi majeur pour l’ISI est l’insatisfaction croissante au sein du JeM vis-à-vis des relations avec les talibans afghans. Jadis fervent soutien des talibans, le groupe se trouve aujourd’hui contraint au silence, dans un contexte où l’État pakistanais affiche une posture hostile à l’égard des talibans afghans.
La direction du JeM prônait la coalition de tous les groupes islamistes radicaux contre l’Inde et l’Occident. Pourtant, la dynamique politique pakistanaise a radicalement changé à cause d’une mauvaise gouvernance. Désormais, l’État pakistanais est en lutte contre plusieurs groupes armés, notamment le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA) et les talibans afghans.
Plusieurs membres du JeM expriment leur mécontentement face à cette nouvelle donne. L’ISI redoute donc un risque de défection au sein de ses rangs. Pour maintenir la cohésion, la seule solution envisagée par les services pakistanais serait de lancer une grande opération contre l’Inde. Toutefois, un tel acte serait très risqué, surtout dans le contexte actuel où New Delhi a adopté une doctrine de réponse ferme à toute agression.